La romancière est de retour en librairie avec un livre inédit qui place le lecteur au cœur de l’action. Un nouveau souffle salvateur ? Critique.
Introduction
Désormais, il ne faut attendre que quelques mois, voire quelques semaines, pour découvrir en France un nouveau livre de Freida McFadden. Depuis le succès sans précédent de La femme de ménage, l’autrice est l’une des plus lues en France et continue de convaincre son lectorat. Entre les retournements de situation, les différents points de vue et une appétence affichée pour l’horreur psychologique moderne, les thrillers de Freida McFadden sont toujours très efficaces.
Seulement, après plusieurs romans construits selon des schémas similaires, l’effet de surprise a légèrement disparu, obligeant l’écrivaine à se réinventer. Avec Le dîner (City Éditions), elle s’adonne à un exercice de style bien particulier : le livre dont vous êtes le héros.
Dans Le dîner, Freida McFadden place le lecteur au centre de l’intrigue. Elle s’adresse directement à ce dernier et le plonge dans la peau de sa protagoniste, Sloan, une jeune femme fauchée en quête d’argent pour payer son loyer. Quand une opportunité professionnelle se présente un soir, l’occasion semble trop belle pour être vraie. Une amie lui propose en effet de rejoindre un manoir isolé au sommet d’une montagne pour faire le service lors d’un dîner entre gens fortunés.
À partir de ce postulat, le lecteur devient maître de la destinée de Sloan : dans la pure tradition du Livre dont vous êtes le héros, il choisit les décisions de la protagoniste. Freida McFadden invite alors à naviguer de page en page selon le choix fait. Une façon pour l’autrice de gérer différemment ses retournements de situation, tout en s’autorisant des chemins particulièrement improbables.
Plaisir immédiat, intérêt limité ?
Cela a toujours été la force et la limite de cet exercice de style. Comme dans un jeu de société ou un jeu vidéo, le lecteur a le choix au point de modifier le récit selon la décision prise. Avec plus de 20 fins différentes, Le dîner se permet donc d’aller dans des directions plus ou moins surprenantes. Car, derrière la promesse d’un travail bien rémunéré, Sloan sent que quelque chose cloche dans cette opportunité professionnelle. Le dîner est un thriller s’inscrivant dans la continuité des présents romans de Freida McFadden.
On comprend très vite où l’histoire veut en venir, mais cela fait partie du plaisir coupable que représente le livre. Freida McFadden force presque le lecteur à se confronter à son voyeurisme le plus primaire. Nous contrôlons le destin de la protagoniste, mais nous ne cherchons pas toujours à la mettre en sécurité. Au contraire – curiosité morbide oblige –, on se trouve surpris à faire constamment le choix qui rapproche un peu plus Sloan du danger.
Freida McFadden se fait plaisir. Fin abrupte, dénouement choquant, mort instantanée, accident funeste… De manière générale, Le dîner se finit mal. À partir de là, l’exercice de style prend une forme ludique. Il est toujours possible de recommencer l’histoire, de faire un choix différent et de voir où cela mènera Sloan. Cette sensation de « reset », inhérente au Livre dont vous êtes le héros amoindrit l’attachement au personnage – rien n’est définitif, il suffit de revenir au chapitre précédent –, mais se marie bien avec le style habituel de l’autrice. Totalement débridée, elle peut se permettre d’aller dans des dénouements surprenants et inconcevables.
Une histoire de sacrifice
Freida McFadden utilise en outre un décorum efficace, bien que vu et revu : un manoir isolé, aucun moyen de contacter l’extérieur, une organisation secrète richissime, et un « allié » qui tente de prévenir la jeune fille du danger… Nombre de livres ou de films au postulat similaire jaillissent à l’esprit : Get Out (2017), Midsommar (2019), Wedding Nightmare (2019), The Menu (2022)… Entre histoire de sacrifice et de cannibalisme, Le dîner est sombre et violent. Par ailleurs, il joue avec le mystère et le fantasme d’un manoir immense aux nombreuse pièces cachées. Efficace et ludique, le livre se dévore vite.
Seulement, cette liberté de ton et cette envie évidente de satisfaire le lecteur dans son nouveau rôle obligent Freida McFadden à compromettre sa précision habituelle. Certains événements arrivent (ou non) selon les choix effectués sans logique ou cohérence. Choisir de prendre la porte de droite ou de celle gauche ne devrait pas avoir d’impact sur le téléphone qui sonne… Hors, les décisions prises changent également tout le cadre posé dans l’histoire, donnant une légère sensation de facilité, comme si l’autrice n’avait pas assez construit son monde et inventait les rebondissements au fur et à mesure, quitte à se contredire.
Le dîner possède les qualités et les limites de l’exercice. Incontestablement fun et ludique, le roman utilise des symboles d’horreur et de thriller qui ont fait leurs preuves.
À contrario, l’aspect « reboot » empêche de s’attacher réellement aux personnages. L’écriture est légèrement en deçà des standards habituels de l’autrice. Néanmoins, et c’est peut-être la plus grande force du livre, Le dîner éveille l’imagination et donne envie, à son tour, d’écrire ses propres histoires.