La Commission européenne voit d’un mauvais œil que le géant des réseaux sociaux ait fermé la porte à ses concurrents sur sa messagerie instantanée.
Introduction
Depuis le 15 janvier dernier, Meta AI est le seul maître à bord de WhatsApp. La messagerie instantanée aux 3,3 milliards d’utilisateurs et utilisatrices mensuels a en effet fermé les portes à ChatGPT, Claude ou Gemini en début d’année afin de favoriser sa propre intelligence artificielle. Forcément, la Commission européenne voit rouge et demande des comptes au géant américain, qu’elle accuse d’entretenir une situation anticoncurrentielle.
Meta contraint par la Commission européenne de revenir sur sa décision
Déjà rattrapé au col par Bruxelles en début d’année pour les mêmes motifs, Meta a tenté la pirouette en mars dernier, en acceptant, à nouveau, la présence de chatbots d’IA tiers sur WhatsApp… moyennant des frais d’accès. Une condition jugée inacceptable par la Commission, qui la trouve semblable au maintien de l’interdiction. En bref : c’est insuffisant.
Cette semaine, le ton est monté à Bruxelles. La Commission a formellement ordonné à Meta de rouvrir les accès à ses concurrents tels qu’ils l’étaient avant le 15 octobre 2025, sous peine de se voir infliger une lourde amende, dont le montant est indexé sur le chiffre d’affaires (colossal) de l’entreprise.
Dans l’attente des conclusions de l’enquête ouverte par l’exécutif européen en début d’année, Meta est donc invité à s’exécuter dans les plus prefs délais (cinq jours ouvrables, précise le communiqué partagé par l’AFP, via La Tribune). « Nous ne pouvons pas laisser les grands acteurs numériques historiques tirer profit de leur domination existante pour dicter qui, en Europe, a le droit de rivaliser et d’innover dans le domaine de l’IA », a déclaré Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission européenne chargée de la concurrence. Meta a déjà annoncé sa volonté de faire appel de la décision.
« La Commission européenne a décidé qu’OpenAI [l’éditeur de ChatGPT, ndlr] et certaines des plus grandes entreprises du monde pouvaient utiliser gratuitement les fonctions payantes de WhatsApp. Il s’agit d’un abus de pouvoir […] et nous allons en faire appel. »
L’Europe serre la vis sur la tech américaine
Ce n’est que la deuxième fois dans l’histoire de la Commission européenne que ce dispositif exceptionnel est déclenché. La dernière fois, c’était en 2019 pour contraindre Broadcom à revenir sur des politiques jugées anticoncurrentielles sur le marché des puces embarquées dans les boîtiers multimédia et les box internet. Un temps fort de la législation européenne, qui semble durcir le ton envers la tech américaine, notamment depuis l’émergence de l’intelligence artificielle et la réalisation, brutale, que l’essentiel des produits utilisés aujourd’hui par les Européen·nes proviennent des États-Unis.
Avec le RGPD et, plus récemment encore, avec le Digital Markets Act (DMA), l’Union européenne s’est progressivement dotée d’un arsenal législatif particulièrement contraignant pour lutter contre les pratiques anticoncurrentielles sur le territoire. Mais, cela a aussi pour effet de créer une « tech à deux vitesses ».
On l’a encore vu cette semaine avec les annonces d’Apple : l’essentiel des nouveautés attendues dans les prochaines versions du logiciel de l’iPhone n’arriveront pas en Europe jusqu’à nouvel ordre. La Commission et le géant américain se renvoient la balle, s’accusant mutuellement d’une rigidité qui, d’une part, nuirait à l’innovation et, d’autre part, briderait le libre arbitre des consommateur·ices européen·nes.