À peine la finale de Ligue des Champions terminée, avec une nouvelle victoire du PSG, que la Coupe du monde de football aux États-Unis, au Canada et au Mexique pointe le bout de son nez avec une réelle chance pour l’Équipe de France. Quelques recommandations de lecture pour s’échauffer.
| David Peace, Munichs et 44 jours
Impossible de commencer autrement qu’avec le plus grand écrivain du football qui, hasard du calendrier, signe un retour fracassant sur les terrains après dix ans d’absence. Le sport le plus populaire au monde est paradoxalement assez peu représenté dans la littérature. Heureusement, il a trouvé, en la personne de David Peace, un chantre fabuleux.
Figure des lettres britanniques, auteur de séries policières acclamées comme Le cycle du Yorkshire, il n’a jamais cessé de revenir à sa première passion, publiant les meilleurs romans jamais écrits sur le ballon rond, comme Rouge ou mort, portrait électrisant de Bill Shankly, prophète du Liverpool glorieux des années 1960 et 1970, ou encore 44 jours, qui vient d’être réédité en poche. Un mot sur cette merveille. Portrait truculent de l’entraîneur star Brian Clough, le livre choisit paradoxalement de retracer son expérience ratée à Leeds United en 1974 comme l’antichambre du succès à venir : son double titre de champion d’Europe avec Nottingham Forrest en 1979 et 1980. Flashbacks, introspection, immersion au cœur des matchs et foire aux vanités en dehors du terrain : une fresque pop de l’Angleterre des années 1970.
Mais l’écrivain signe surtout son retour avec un roman inspiré d’une histoire vraie. Après la catastrophe d’Hillsborough en 1989 – mouvement de foule dans le stade de Sheffield qui coûta la vie à 97 personnes et fit plus de 700 blessés –, le crash de Munich est le drame emblématique du football anglais. Le 6 février 1958, après une escale, un avion s’écrase en bout de piste au moment du décollage, faisant 20 victimes sur les 44 passagers présents à bord. Parmi elles, 11 membres de l’équipe de Manchester United qui avait remporté la veille au soir un match de coupe d’Europe contre l’Étoile rouge de Belgrade.
En adoptant le point de vue d’une douzaine de protagonistes, David Peace raconte de l’intérieur le drame qui sonna le glas de l’ère grandiose des « Busby Babes », ces jeunes formés au club, entraînés par le légendaire Matt Busby, qui venaient de glaner deux titres de champion. Mais, dans un pays qui a inventé le football et une société qui s’est toujours construite avec lui, il raconte aussi le deuil d’une communauté, sa solidarité sans faille, la renaissance en tribune et sur le terrain. Avec, en point d’orgue, une image, comme une revanche : Bobby Charlton, survivant du crash, soulevant la Coupe du monde avec l’Angleterre en 1966.
| Philippe Vilain, Maradona
Il faut saluer le travail des éditions Les Pérégrines avec la formidable collection « Icônes« . Cette petite bibliothèque de livres colorés, souvent présentés en majesté dans les librairies de quartier, rassemble des biographies libres et décomplexées de grandes figures immortelles de la littérature, du cinéma, de la peinture, de l’exploration – de Prince à Beauvoir, en passant par Cousteau –, mais aussi du sport. Alors qu’un ouvrage passionnant consacré à Roger Federer et écrit par l’historien de l’art Fabien Lacouture vient de paraître, on ne saurait trop vous conseiller de vous replonger dans le Maradona de Philippe Vilain, qui vient d’être réimprimé à l’occasion de la Coupe du monde.
Célèbre romancier, récompensés de nombreux prix, l’auteur de Paris l’après-midi, La femme infidèle ou, plus récemment, Mauvais élève, est un fan inconditionnel de Diego Armando Maradona, dieu de l’Argentine, légende du football mondial, mort seul, à seulement 60 ans, après une vie de gloire et de débauche. Avec style et une plume habitée, Philippe Vilain entreprend de réhabiliter l’icône polémique. La « main de la discorde » contre l’Angleterre lors du mondial 1986 et les démêlés avec la justice sont sans cesse mis en balance avec la beauté du funambule, sa magie ballon au pied et sa figure de héros révolutionnaire marquant au nom des opprimés. C’est beau, c’est émouvant, c’est politique, comme l’était le « Pibe de oro ».
| Valentin Deudon, Cantona, une butographie
Comment croquer de la meilleure des façons le monstre, la bête, le joueur de légende que fut Éric Cantona ? Comment raconter le destin hors du commun d’un attaquant français qui a transcendé le public partout où il est passé, de ses débuts à Auxerre, en passant par l’OM dans la ville où il est né, jusqu’à Leeds et surtout Manchester United, où il fut même proclamé roi.
L’écrivain angevin Valentin Deudon a inventé, ou plutôt détourné, un genre et la biographie est devenu sous sa plume une butographie retraçant les 82 buts du King lors de son passage inoubliable à Manchester. Des œuvres d’art mêlant puissance et rage, esthétique et finesse, comme le manifeste d’un bad boy au grand cœur qui est longtemps demeuré un mystère. Cinq saisons en état de grâce, avec son lot de polémiques et de scandales, des coups de pieds parfois mal placés, mais la naissance d’un amour débordant, immortel, entre une ville et son héros. Le symbole d’un football qui s’écrit sur le terrain, mais dont les plus belles histoires s’inscrivent dans les cœurs. « Ooh Aah Cantona ».
| Nicolas Cartelet, Qui se souvient de Joseph Diop ?
Le titre, en soi, est une provocation ou plutôt une invitation à se pencher sur l’une des figures les plus mystérieuses de la planète football, Joseph Diop. Éditeur normand, écrivain de fantasy, Nicolas Cartelet se pique de ballon rond pour un roman-enquête qui dépasse le simple cadre du terrain. Il retrace la carrière d’un enfant de Dakar obsédé par le foot, au talent immense, passé par le Stade rennais avant d’exploser en Premier League à Wolverhampton, puis à Liverpool. Un vainqueur de la coupe d’Afrique des nations avec les Lions de la Teranga qui s’est offert le droit d’un dernier contrat juteux en Chine en 2010, à moins que ce ne soit en 2011, car, très vite, le joueur sénégalais disparaît sans laisser de trace.
Que les connaisseurs de foot se rassurent : si le nom de Joseph Diop ne leur dit rien, ce dernier n’a jamais existé. Mais peu importe, au fond, tant le récit se fait naturaliste et entend croquer les réalités du football d’aujourd’hui. À l’aide de ce joueur africain fictif, Nicolas Cartelet explore des thématiques aussi variées que le déracinement, la solitude, l’ascension qui vous monte à la tête, le mal-être des sportifs de haut niveau et, bien sûr, la redescente, souvent brutale. Portrait sensible et désenchanté des nouveaux héros d’aujourd’hui.