Le roman de William Golding renoue avec sa noirceur sous forme de mini-série. Une adaptation en quatre épisodes qui convainc la critique par sa puissance visuelle, ses jeunes interprètes et sa fidélité au texte original.
Introduction
Classique scolaire, fable politique, cauchemar d’enfance : Sa majesté des mouches trouve une nouvelle vie à l’écran. Déjà adapté au cinéma, notamment par Peter Brook en 1963, le roman de William Golding devient pour la première fois une série. En quatre épisodes, elle arrive ce 1er juin sur Canal+, après une diffusion au Royaume-Uni en début d’année. Derrière cette relecture, on retrouve Jack Thorne, scénariste récemment mis en lumière par Adolescence, et Marc Munden, réalisateur d’Utopia.
Quelle est l’intrigue de Sa majesté des mouches ?
Le texte originel, publié en 1954, suit un groupe de jeunes garçons livrés à eux-mêmes après un crash aérien sur une île tropicale. Sans adultes, ils tentent d’organiser leur survie, avant que la peur, la rivalité et la soif de pouvoir ne fissurent peu à peu leur fragile communauté. Au centre du récit, Ralph tente de maintenir un ordre collectif, secondé par Piggy, figure de raison moquée par les autres enfants. Face à eux, Jack préfère la chasse, les jeux et la domination aux règles communes.

Sa majesté des mouches observe la disparition progressive des repères sociaux : l’élection d’un chef, les corvées, l’entraide, puis la scission du groupe. Sous les allures d’aventure insulaire, Golding racontait déjà l’effondrement de la civilisation, la violence du collectif et la tentation de la loi du plus fort.
Quels sont les retours de la presse ?
Les médias français accueillent très favorablement cette nouvelle version de l’histoire. Le Parisien y voit « une réussite », soulignant une œuvre « glaçante de violence et sidérante de beauté ». Le quotidien insiste sur la force de la mise en scène de Marc Munden, jugée « vraiment immersive ».
Même enthousiasme du côté des Numériques, qui salue « une relecture de l’histoire […] véritablement frappante ». Pour le média, la série réussit surtout « le pari de moderniser un monument de la littérature sans jamais en édulcorer la noirceur originelle ».

Côté casting, les jeunes garçons sont jugés « époustouflants » (Le Parisien), « criant de justesse tout au long des épisodes » (Les Numériques). La BBC note que David McKenna confère à Piggy « un tel charme et une telle assurance que le fait qu’il soit si ouvertement ignoré par les autres n’en est que plus injuste ». Lox Pratt, lui, est salué pour sa capacité à capter « la vulnérabilité qui se cache derrière la bravade méprisante du personnage ».
La série est-elle fidèle au roman ?
Sur ce point, les avis convergent. Télérama note que Jack Thorne « conserve l’architecture dramatique du texte d’origine, le simplifie habilement, ôte un peu de son ambiguïté et de sa violence, ajoute des émotions ».

La Croix parle quant à elle d’une « adaptation audacieuse », portée par une esthétique plus proche du « conte fantastique » que du réalisme de Peter Brook. Le journal souligne « la beauté vénéneuse de l’île » et « une atmosphère envoûtante », renforcée par « la musique originale composée de chœurs d’enfants ».
Que reproche-t-on à la série ?
Malgré les trois étoiles qu’il donne à la série, The Guardian livre un avis plus nuancé, estimant que « le scénario laisse à désirer » et que le show « manque de la tension dramatique du roman ». Le quotidien britannique estime également que l’ajout d’explications psychologiques des personnages « amoindrit la force brute du récit, ainsi que son propos ». La Croix, enfin, note « quelques longueurs », tout en reconnaissant que l’on reste « happés par les robinsonades de ces gamins à la dérive ».