Imaginée par Sorbonne Université avec l’aide d’une intelligence artificielle, la pièce s’inspire de l’œuvre et du style de Molière.
Introduction
L’intelligence artificielle est un sujet omniprésent dans le monde de l’art et touche aussi bien le cinéma, la musique, la création graphique que la littérature. Dernier exemple en date avec un projet qui va largement faire débat, intitulé L’astrologue ou les faux présages. Cette pièce de théâtre a été imaginée par un collectif de Sorbonne Université avec l’utilisation constante de l’IA.
Le but était de créer une pièce écrite dans le style de Molière, en respectant la parole et la rythmique du XVIIe siècle. La comédie de deux heures suit les péripéties d’un astrologue charlatan qui profite de la crédulité d’un homme fortuné.
Quiproquos, histoires de cœur, affaires d’argent et critique de la société sont au programme, comme l’aurait (peut-être) imaginé Molière en son temps. Si l’IA a conçu le texte, plusieurs spécialistes de l’œuvre du dramaturge auraient ensuite peaufiné la pièce, demandant à l’IA de recommencer chaque fois que le mot ne convenait pas ou que le rendu s’éloignait trop du « style Molière ».
La pièce a été présentée à l’Opéra royal de Versailles et alimente le débat autour de l’utilisation de l’IA et de ses conséquences.
Quel regard porter sur ce projet ?
Si L’astrologue ou les faux présages intrigue, questionne ou au contraire rebute, la démarche du collectif a en réalité une double portée : montrer le génie de Molière, d’une part, et mettre en lumière la façon dont le dramaturge est devenu synonyme d’un style d’écriture. D’autre part, elle démontre les limites des outils d’intelligence artificielle. Comme on peut le lire dans Le Nouvel Obs, l’équipe derrière la pièce l’affirme : « Molière pouvait écrire une pièce en deux semaines. Avec l’IA, on a mis deux ans », insistant sur le génie créatif de l’homme et sur l’incapacité de l’IA à s’en rapprocher sans une intervention humaine constante. Il a fallu en effet trois ans à Sorbonne Université pour arriver à un résultat présentable sur le papier, avant d’être joué et mis en scène par une troupe – bien humaine, elle.
La démarche s’approche d’une « uchronie » selon Le Monde. « Et si Molière n’était pas mort en 1673 ? Et si l’on découvrait aujourd’hui une pièce inédite du dramaturge ? À quoi ressemblerait-elle ? » Pour Télérama, qui a assisté à la première, le résultat « offre un spectacle total et accomplit la prouesse de faire revivre Molière le temps d’un soir ». Hérésie, expérimentation créative, utilisation intéressante des nouvelles technologiques ? Chacun jugera, mais L’astrologue ou les faux présages ne passe pas inaperçu et pourrait bien créer un précédent.