Dans la Cour d’honneur du Palais des papes, Julien Gosselin signe une traversée monumentale entre Lautréamont, Roberto Bolaño, dictature chilienne et fascination du mal.
Introduction
Le Festival d’Avignon a rouvert ses scènes. Dirigée par Tiago Rodrigues, cette 80e édition se tient du 4 au 25 juillet. Dans la Cour d’honneur du Palais des papes, lieu cardinal du festival, Julien Gosselin a choisi d’installer Maldoror, spectacle d’ouverture présenté du 4 au 12 juillet.
La pièce concentre d’emblée les curiosités par son format : cinq heures annoncées par le Festival, près de six heures selon plusieurs retours, entractes compris. Un volume qui n’a rien d’accidentel chez Julien Gosselin, metteur en scène habitué aux traversées littéraires massives, de 2666 à Extinction.
De quoi parle Maldoror ?
Le titre renvoie aux Chants de Maldoror, texte noir et halluciné publié au XIXe siècle par Lautréamont, pseudonyme d’Isidore Ducasse. Mais l’adaptation ne suit pas littéralement ce livre : le spectacle puise surtout dans deux textes de Roberto Bolaño, La littérature nazie en Amérique et Étoile distante. Il y traque la figure d’un poète criminel, Carlos Wieder, lié à la dictature chilienne.
Le récit plonge ainsi dans l’Amérique latine des années 1970 au moment où les dictatures militaires et les idéologies fascistes contaminent les milieux politiques comme les cercles littéraires.
Que disent les premiers avis ?
Les premiers retours sont largement favorables, même lorsqu’ils soulignent l’effort demandé au spectateur. Le Monde parle d’un « spectacle fondamental » et décrit un Gosselin « à la puissance 1 000 », porté par « ses écrans géants, ses caméras voltigeuses, ses vidéos tournées en direct, son théâtre filmé, ses musiques anxiogènes ». Pour le quotidien, la durée semble justifiée par l’ampleur du sujet.

Télérama évoque une « fascinante réflexion sur l’âme humaine et ses démons », menée avec « une grande maîtrise » et portée par des « acteurs impressionnants ». La critique insiste aussi sur la force du dispositif et sur une séquence où les spectateurs sont invités à monter sur le plateau, au milieu des artistes.
France Inter, de son côté, donne la parole aux spectateurs. Certains sortent « subjugués », « épuisés et fascinés ». Une spectatrice reconnaît : « Je ne capte pas tout », mais décrit un spectacle « percutant ». Une autre affirme : « Ce n’est pas trop long », estimant que la fatigue fait partie de l’expérience.
Quelles réserves reviennent ?
Quelques nuances existent malgré tout sur cette densité et sur la lisibilité de l’œuvre. Télérama relève « quelques longueurs » et juge que la réflexion finale sur la poésie « peine à trouver sa place » tant les deux premières parties sont déjà riches. Libération pointe aussi un risque d’écrasement intellectuel au début, lorsque le spectacle privilégie le paratexte, les noms, les références et les biographies fictives.