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Pablo Neruda : pourquoi l’ouvrage Résidence sur la terre fait-il tant parler ?

05 mars 2026
Par Louise Lepense
“Résidence sur la terre”, de Pablo Neruda.
“Résidence sur la terre”, de Pablo Neruda. ©Gallimard

Un détail de la mise en scène a particulièrement retenu l’attention lors de l’intervention d’Emmanuel Macron sur la guerre en Iran : la présence d’un ouvrage du poète chilien Pablo Neruda.

Un livre aussi lourd par son épaisseur que par sa symbolique. Lors de son allocution consacrée à la guerre en Iran, le 3 mars dernier, Emmanuel Macron s’est adressé aux Français et au Françaises avec, devant lui, un volumineux recueil du poète chilien Pablo Neruda. Dans ce décor soigneusement composé, Résidence sur la terre (aussi traduit en Résider sur la terre) n’est pas passé inaperçu : dans les heures qui ont suivi l’intervention, analyses et commentaires se sont multipliés, nourrissant de nombreuses interprétations.

Que raconte ce recueil ?

Publié entre 1933 et 1947, l’ouvrage compte parmi les œuvres majeures de l’ancien diplomate et intellectuel, décédé en 1973. Il rassemble des poèmes écrits des années 1920 à la Seconde Guerre mondiale. Neruda s’éloigne de la poésie amoureuse qui l’avait rendu célèbre pour adopter une écriture plus sombre, introspective.

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Les textes dépeignent un monde instable, traversé par l’angoisse et la perte de repères, explorent la solitude humaine, la fragilité de l’existence et la difficulté de trouver une cohérence dans un univers bouleversé.

Pourquoi ce symbole dans le contexte actuel ?

Dans un billet publié par Libération, Philippe Lançon rappelle une évidence : « Les livres qu’on exhibe ne sont pas forcément faits pour être lus, mais ils sont toujours faits pour être vus. » Dans le climat actuel, le choix de cet ouvrage n’a donc rien d’un simple détail décoratif. Au moment où Les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran et où la région tout entière retient son souffle face au risque d’embrasement, le choix d’un tel auteur ne peut qu’alimenter les lectures politiques.

Dans son éditorial, France Info rappelle que Pablo Neruda fut « très anti-impérialiste, très critique de l’interventionnisme américain », une position qui fait écho aux déclarations d’Emmanuel Macron, qui a dénoncé une opération menée « en dehors du droit international », tout en appelant à éviter une spirale de représailles.

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La symbolique tient aussi au recueil lui-même. Interrogée par Le Parisien, la spécialiste de l’œuvre de Neruda, Montserrat Pavez, docteure à l’université de Poitiers, rappelle que Résidence sur la terre propose « une vision poétique du monde comme un lieu hostile, fragmenté et sans protection », où l’individu se retrouve confronté à la violence de son époque. Une description qui, selon elle, fait écho à l’incertitude de la nôtre. Le HuffPost rappelle ainsi ces mots du poète : « Ah ! Si seulement avec une goutte de poésie ou d’amour nous pouvions apaiser la haine du monde ! »

Pourquoi cette œuvre est-elle majeure ?

Au-delà de la séquence politique, Résidence sur la terre occupe une place singulière dans l’histoire de la poésie du XXe siècle. Publié en plusieurs volumes, ce cycle de poèmes a contribué à installer Neruda parmi les grandes voix de la littérature mondiale.

Ces textes marquent une étape décisive dans son parcours et participent à sa reconnaissance internationale, bien avant l’attribution du prix Nobel de littérature en 1971. Aujourd’hui encore, de nombreux critiques y voient le sommet de son œuvre, tant par son audace que par la profondeur de sa vision du monde.

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