Entretien

Laura Aikman pour Archie : “Cary Grant est tombé amoureux de Dyan Cannon parce que c’était une femme forte et libre”

17 mars 2024
Par Agathe Renac
“Archie” sera diffusé dès le 19 mars sur OCS.
“Archie” sera diffusé dès le 19 mars sur OCS. ©OCS

Sensible, surprenant et intime, Archie capture la vie d’un acteur de légende : Cary Grant. Le biopic s’intéresse à son enfance, ses galères, ses traumatismes, mais aussi à son mariage avec Dyan Cannon. Un rôle taillé sur mesure pour Laura Aikman, qui incarne avec brio cette actrice libre et pleine de vie. La comédienne a accepté de nous faire entrer dans les coulisses de la série, le temps d’une interview.

Qu’est-ce qui vous intéressait dans ce projet, avant même de vous lancer dans l’aventure ?

J’espérais profondément avoir ce rôle, à la minute où j’ai lu le scénario. Quand j’ai passé l’audition et que j’ai réalisé que Jeff Pope [producteur et scénariste britannique qui a notamment travaillé sur Philomena, ndlr] avait écrit cette série et que le réalisateur Paul Andrew Williams était dans l’équipe, je me suis dit que je voulais absolument en faire partie. Ensuite, j’ai commencé à regarder les films et les interviews de Dyan Cannon, et je suis complètement tombée amoureuse. J’aime tout chez elle, je voulais absolument interpréter son rôle à l’écran.

Archie s’inspire librement de la vie de Cary Grant et s’intéresse à l’homme qui se cache derrière la légende. Quel regard portiez-vous sur cet acteur avant le tournage ?

C’est sûrement lié au fait qu’il appartienne à une autre époque, mais je le mettais clairement sur un piédestal. Pour moi, il faisait partie de ces stars de cinéma absolument inaccessibles et intouchables. Cependant, le fait de passer du temps avec la vraie Dyan et d’en apprendre plus sur les coulisses de leur mariage m’a permis de le voir d’une manière bien plus réaliste. Le masque est tombé, et j’ai réalisé que leurs vies n’étaient pas plus glamour ou réussies que celles des acteurs d’aujourd’hui. Nous avions simplement moins d’informations sur eux.

Archie le dit dans le premier épisode : il a inventé le personnage de Cary Grant “pour survivre”. Que vous a appris la série sur cet acteur incontournable ?

C’était un homme très privé et discret. Je pense qu’il détesterait les réseaux sociaux et toutes ces technologies s’il était toujours en vie. En réalité, je ne suis pas sûre qu’il aimerait l’idée qu’une série se focalise sur sa vie (rires). Tout le monde – et moi la première – a en tête cette image de l’acteur culte et charmant, mais il a été confronté à de nombreux problèmes personnels dans sa vie. Il avait du mal à se gérer lui-même, à affronter ses propres démons, et j’imagine qu’il ne voulait pas partager cette facette avec les autres.

Vous l’avez dit : vous incarnez l’actrice et quatrième femme de Cary Grant, Dyan Cannon. Comment la décririez-vous ?

Oh mon Dieu, j’aime tellement cette femme ! Quand j’ai commencé à m’intéresser à sa vie, je me suis plongée dans les interviews de Johnny Carson, car elles nous en apprennent beaucoup plus sur elle que ses propres films. Elle est plus elle-même, plus détendue. C’est une personne très drôle, sûre d’elle et sexy. Je l’adore. Quand j’ai eu le rôle, ils m’ont donné son numéro et j’avais l’impression d’être comme Gollum avec son anneau (rires) ! J’étais à la fois super excitée et très nerveuse à l’idée de lui parler.

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La première fois que je l’ai appelée, elle m’a dit : “Oh, est-ce que j’entends un accent ?” Elle ne savait pas que je suis Anglaise. Je me suis dit : “Ok, je vais me faire virer tout de suite”, mais elle a été très cool et m’a beaucoup aidée pour ce rôle. On a énormément échangé, par téléphone et par mail, on a dîné toutes les deux et on a passé du temps ensemble quand elle est venue à Londres. J’ai réalisé à quel point elle est forte et libre, et je pense que c’est précisément pour ces raisons que Cary Grant est tombé amoureux d’elle.

Comment vous êtes-vous préparée pour interpréter ce personnage si complexe et haut en couleur ?

J’ai lu le livre de Dyan, qui est une mine d’or. Il dit tellement de choses sur ce qu’elle a pu ressentir durant son mariage. Quand je préparais mes scènes avec Jason [Isaacs, qui incarne Cary Grant dans la série, ndlr], je me référais à certains chapitres pour mieux comprendre le vécu et les émotions de mon personnage à ce moment-là. Ensuite, j’ai regardé des tas d’interviews et j’écoutais sa voix en boucle : quand je courais, quand je marchais dans Londres… Je m’entraînais encore et encore, pour avoir son intonation et son accent.

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J’ai aussi souhaité montrer l’impact de sa relation avec Cary sur son physique. La première fois qu’on la voit dans la série, elle est authentique, jeune et libre. Mais plus son histoire d’amour évolue, plus elle s’efface. Je voulais que cet enfermement se voie sur mon corps et ma manière de parler. À la fin, sa rupture s’exprime dans sa tenue – le retour des jupes courtes – et sa coiffure volumineuse. On retrouve la vraie Dyan, elle est de nouveau dans son élément.

Vous reconnaissez-vous en elle ? Dans votre façon d’être, de penser… ?

Dans les bons jours, sûrement (rires). J’admire vraiment cette femme et j’adorerais avoir des points communs avec elle – ou qu’ils soient apparus en l’incarnant à l’écran. Elle sait s’amuser, elle veut profiter de l’instant présent et elle vous le fait ressentir quand vous êtes en sa compagnie. C’est un plaisir de partager des moments avec elle. Quand elle rit, elle le fait d’une manière très forte et c’est contagieux. C’est aussi une personne très spirituelle qui pense que tout arrive pour une raison. J’ai essayé de m’inspirer de sa manière d’être et de vivre, et d’être plus ancrée dans l’instant.

Elle a d’ailleurs confié dans une interview qu’elle avait été époustouflée par votre performance, votre accent et même votre rire !

Elle a été absolument géniale avec moi. Elle m’a soutenue durant toute cette aventure et a répondu à toutes les questions que je pouvais avoir quand je préparais ce rôle. Une fois sur le plateau, elle m’a dit : “Maintenant, c’est ton moment. Tu prends tes propres décisions.” À partir de cet instant, elle m’a tout laissé faire à ma manière. Elle n’aurait pas pu mieux me soutenir que ça.

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Quand elle a vu la série, elle m’a félicitée et a été ultra-élogieuse. Quand on y pense, ça doit être très difficile de laisser une autre personne jouer son propre rôle et sa vie, mais elle a réagi d’une manière exceptionnelle.

Au début de leur relation, Dyan et Cary sont confrontés à un vrai problème : ils ne partagent pas la même vision du couple et n’ont pas les mêmes objectifs de vie. Vous êtes-vous déjà sentie tiraillée entre ces désirs contradictoires ?

Pas vraiment, car je suis en couple depuis des années. Cependant, je pense que nous pouvons tous comprendre ce que ressentait Dyan. Elle voulait fonder une famille, Carry ne partageait pas cette envie. Elle avait du mal à croire qu’il pouvait l’aimer alors qu’il était l’une des plus grandes stars du monde. Comment aurait-il pu la vouloir, elle, cette fille qui venait d’une petite ville ? C’est comme si Brad Pitt vous demandait de sortir avec lui. Nous avons tous des rêves qui nous semblent inaccessibles. Par exemple, je voulais profondément ce rôle, et je ne pensais pas que je l’aurais !

Votre alchimie avec Jason Isaacs est flagrante à l’écran. Quels étaient vos rapports sur le tournage ?

Il a été très chaleureux avec moi, dès notre première rencontre. J’étais nerveuse à l’idée de travailler avec lui, parce que c’est un grand acteur. Mais dès le début, il m’a dit : “Darling, j’ai regardé tous les films dans lesquels tu as joué !” C’est une personne d’une grande gentillesse. En raison de sa transformation physique, Jason passait beaucoup de temps au maquillage – ce qui est rare pour un comédien –, donc on parlait, tous les deux sur nos chaises, plus d’une heure par jour. J’ai alors fait la connaissance d’un homme très encourageant, avec un grand sens de l’humour et qui aime débattre, sur tout et n’importe quoi !

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Dans la série, Cary Grant dit que tout le monde adore les années 1960. Avez-vous, vous aussi, un lien particulier avec cette période ?

Je pense que oui. Durant cette décennie, personne n’était encore collé à son téléphone à longueur de journée. J’ai l’impression que c’est une époque inaccessible, avec une tout autre expérience de la vie. J’ai adoré me plonger dans les sixties pour Archie, car tout était différent à ce moment-là : les vêtements, les coiffures, le maquillage, les comportements… Mais c’était très agréable de plonger et de se perdre dans ce monde.

Confiez-nous vos pires et meilleurs souvenirs de tournage !

Je garde un souvenir incroyable de notre séjour en Espagne. Le tournage était quasiment terminé, toutes les grosses prises étaient derrière nous et, d’un point de vue humain, nous avions tous appris à nous connaître et à nous aimer durant les semaines qui étaient passé. Ce n’était que du bonheur. En revanche, mes pires souvenirs concernent les scènes musicales. Au final, ils ont dû doubler ma voix, car je ne sais pas chanter et ça me rendait très nerveuse. Je détestais ça ! (rires)

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On sent néanmoins que vous avez adoré incarner Dyan Cannon. Quel personnage aimeriez-vous interpréter, maintenant ?

Après le tournage d’Archie, j’ai joué le rôle d’une autre personne “de la vraie vie” et c’est quelque chose que j’aime beaucoup. J’adore faire des recherches à leur sujet, me perdre dans leur histoire. Donc pour vous répondre : j’aimerais réitérer l’expérience, mais je n’ai pas de nom précis en tête. Tant qu’il s’agit d’une personne intéressante et complexe, je suis partante !

C’est le moment où je vous laisse la parole pour convaincre les lecteurs les plus sceptiques. Pourquoi doivent-ils absolument binger Archie, ce 19 mars ?

Que vous soyez ou non fan de Carry Grant, vous devez connaître sa vie. C’est une histoire surprenante qui vous fera voyager. De plus, j’imagine que le temps chez vous est le même qu’ici : pluvieux et déprimant. Cette série vous embarquera dans le Hollywood des années 1960, et ça fait du bien de s’évader de sa réalité.

Archie, le 19 mars sur OCS et MyCanal.

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Article rédigé par
Agathe Renac
Agathe Renac
Journaliste