Critique

Kaiju n°8 : du déjà-vu savamment orchestré

05 novembre 2021
Par Ugo Bocchi
Un record : 22 041 exemplaires écoulés la première semaine pour le premier tome de Kaiju n°8.
Un record : 22 041 exemplaires écoulés la première semaine pour le premier tome de Kaiju n°8. ©Kazé

Meilleur lancement pour un manga en France, Kaiju n°8 ne réinvente pas le genre, mais manie à la perfection les codes du shōnen. Juste ce qu’il faut pour séduire les fans de bandes dessinées japonaises.

De l’humour soigneusement disséminé, des monstres profilés, des personnages attachants, des dessins variés et soignés, du suspense bien dosé… Rien à dire, le premier tome de Kaiju n°8 est de bonne facture. Et pourtant, le shōnen n’a rien de neuf. Que ce soit au niveau des personnages : le héros à la fois gauche et attachant est un classique. Que ce soit au niveau des méchants monstres : quelque part entre Godzilla, Shenron et Léviator. Ou même au niveau du scénario : Kaiju n°8 a quelque chose de l’Attaque des Titans (un héros tenace qui possède le pouvoir des ennemis) et d’Ultraman (une série japonaise dans laquelle une patrouille doit combattre des monstres). L’originalité n’est définitivement pas la principale qualité du manga.

Il faut dire que les Kaiju, mot commun pour désigner les monstres au Japon, sont présents dans le paysage visuel japonais depuis de nombreuses années et que le public en est friand. Le kaijū eiga (cinéma de monstre en VF) est un genre à part au pays du soleil levant. Depuis la fin des années 1950, les maquettes de ville en carton et les costumes de monstre en latex remplissent très souvent les salles de cinéma japonaises. Idem pour les mangas. De Full Metal Alchemist à Demon Slayer, en passant par One Punch Man, les kaiju barrent souvent la route des héros. Mais ça ne veut pas dire que Kaiju n°8 n’est pas efficace ou singulier. Au contraire : c’est souvent dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures.

Séisme, duo dissonant et des scènes d’action hyper réalistes

Un Kaiju de fortitude 6 vient de s’écraser à Yokohama. Pas de risque de tsunami, et comme avec les tremblements de terre, c’est au Japon que l’apparition de ces monstres est la plus élevée. Heureusement, Mina et la troisième division des Forces de Défense anti-kaiju (JAKDF) s’en occupent rapidement. Le monstre meurt en plein centre-ville. Il faut maintenant nettoyer la scène de crime. C’est le travail de Kafka, 32 ans (assez vieux et rare pour un shōnen, le public adolescent s’identifie généralement aux personnages de son âge) légèrement désabusé depuis qu’il a été recalé à la JAKDF. Il est accompagné par Reno, 18 ans, fougueux, vif, ambitieux. Le duo dissonant fonctionne assez bien. C’est d’ailleurs la caution humoristique de ce premier tome.

Mais tout ne se passe pas comme prévu. Après une rencontre malheureuse, Kafka devient lui aussi un kaiju. Il peut se transformer (plus ou moins) à sa guise et risque de se faire chasser par la JAKDF. Les scènes de course-poursuite et de combat sont impressionnantes. Celles de nuit tout particulièrement. Le trait est précis, les protagonistes quoiqu’un peu caricaturaux sont charismatiques et la variété des points de vue rythme parfaitement le récit. Ces sept premiers chapitres nous laissent sur un cliffhanger difficilement soutenable. Aucun doute : ce premier tome de Kaiju n°8 fait le job et même plus.

Le deuxième tome à paraître le 8 décembre 2021

Ce n’est pas pour rien qu’avec 22 041 exemplaires vendus la première semaine, Kaiju n°8 a réussi le meilleur démarrage d’un manga en France. Il détrône ainsi un monument tel que Dragon Ball Z (17 299 exemplaires). Au Japon, on parle d’au moins quatre millions de ventes pour les quatre premiers tomes sortis depuis fin 2020. C’est énorme. Les éditions Kazé avaient donc mis le paquet pour sa sortie dans l’Hexagone le 6 octobre dernier avec notamment un affichage géant sur la Bibliothèque Nationale de France. Le rendez-vous est pris le 8 décembre prochain pour la sortie du deuxième tome.

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Ugo Bocchi
Ugo Bocchi
Journaliste