Entretien

Hoshi pour Cœur parapluie : “Ma musique, c’est un bordel organisé”

30 août 2023
Par Lisa Muratore
Hoshi est de retour ce 1er septembre avec son album “Cœur parapluie”.
Hoshi est de retour ce 1er septembre avec son album “Cœur parapluie”. ©Emma Birski

Hoshi est de retour avec Cœur parapluie. Dans ce nouvel album, la chanteuse française nous plonge dans son intimité pour offrir une création en forme de guérison, rythmée par des sonorités rock, inédites dans son univers. Rencontre.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de la musique ? 

C’est quelque chose que j’ai envie de faire depuis que je suis toute petite. Mon grand-père m’a fait découvrir Jacques Brel avec ses vinyles. Je les écoutais en boucle à l’époque. Puis, j’ai voulu faire comme ce que j’entendais. J’ai voulu apprendre le piano ; tout s’est fait étape par étape. Mais ce n’est que plus tard, à l’âge de 15 ans, que j’ai commencé à écrire. 

Comment se déroule votre processus d’écriture ? Comment le vivez-vous ? 

J’ai l’impression que je ne peux pas mentir, dans le sens où je n’ai pas l’impression d’extrapoler en chansons. Je joue avec les images et les métaphores, c’est vrai, mais j’essaie quand même d’être assez brute. Dans la vie, je suis comme ça, je fais pas mal de jeux de mots quand je parle, j’utilise des métaphores. J’ai l’impression d’être comme j’écris. Ça ne m’est jamais arrivé de m’asseoir, de prendre une feuille blanche et de commencer à écrire pendant des heures.

Pour composer ma musique, je commence par faire des accords et ça vient tout seul. Je n’ai pas de formule toute faite. Et ça varie en fonction des textes. Sur certaines chansons, je vais plus appuyer sur les mots et sur les images, mais j’avoue que je n’ai pas de formule magique [rires].

Comment travaillez-vous votre univers ? Les mots viennent-ils avant la mélodie, ou bien est-ce l’inverse ? 

Sur le premier album, Il suffit d’y croire (2018), c’était le texte avant et la musique après. Aujourd’hui, ce sont les deux en même temps, car j’ai commencé à réaliser et à produire mes propres chansons. Parfois, j’ai des idées de production et de mélodie en premier, du coup je fais les deux en même temps. Je ne fais plus la production d’un côté et le texte de l’autre. Généralement, ce sont des bouts de phrase qui naissent, ou bien des titres. 

En parlant de titre, justement, que signifie Cœur parapluie ? 

J’ai souvent l’impression d’être dépassée par la vie. Je suis quelqu’un d’hypersensible, je suis vraiment fragile. Un jour, une image m’est venue ; celle que mon cœur était parfois trop rempli et souffrait un peu trop. J’ai vraiment le mal “du” cœur, et je me suis dit qu’il faudrait un petit parapluie pour le protéger.

« J’ai vraiment le mal “du” cœur, et je me suis dit qu’il faudrait un petit parapluie pour le protéger. »

Hoshi

C’est une image qui m’est venue grâce au film Mon voisin Totoro (1988) : il a un parapluie à moment donné, ça m’est venu comme ça. Je trouve que c’est très beau comme image, de protéger son cœur des larmes. 

Vous dites avoir mis “toute votre âme” dans cet album. Qu’est-ce qui rend cet opus si unique ? 

J’ai l’impression qu’il s’est passé beaucoup de choses ces dernières années vis-à-vis du harcèlement, mais aussi car j’ai perdu mon grand-père. Ça a été un moment horrible. C’est la première fois que j’ai été mise face à la mort. J’ai eu l’impression de perdre pied par moments avec tout ce qu’il se passait, donc je me suis dit que cet album devait me faire du bien. Et pour qu’il me fasse du bien, il fallait que je revienne à ce que j’étais avant tout ce bordel. 

Ce que j’étais avant tout ce bordel, c’était un groupe de rock. Je faisais du rock, sans pression, avec deux personnes dans la salle, c’était super cool. Ce n’était pas très sérieux, mais j’avais besoin aussi d’avoir du second degré dans tout ça. Je reviens à ce que j’aime faire et à ce que j’écoute du côté du rock et du métal. 

L’album n’est pas 100 % rock, et surtout pas métal, mais en tout cas, cela fait partie de moi. Du coup, j’ai remis des guitares saturées ; j’avais besoin de retrouver cette partie-là de moi. Je pense que cet album me fait beaucoup de bien, parce que je me retrouve en lui. 

Pourquoi avoir tant attendu avant de dévoiler votre âme de rockeuse ? 

À la base, c’est un rejet, car au début j’avais ma guitare acoustique et je jouais dans la rue. J’ai été très vite lassée sur scène parce que j’avais l’impression de me cacher derrière ma guitare. J’avais un rapport difficile avec moi-même, donc je voulais vraiment me cacher derrière cet instrument.

Aujourd’hui, j’ai décidé que ça faisait partie de moi, c’est le prolongement de mon bras. J’aime trop la guitare. Je ne suis pas une excellente guitariste, mais j’en fais beaucoup chez moi, elle était là au début de mon projet, donc je me suis dit que c’était trop dommage de m’interdire ça.

Hoshi.©Emma Birski

Qui sont vos idoles et vos références rock ? Quelles sont celles qui vous ont servi d’inspiration dans la fabrication de cet album ? 

J’ai toujours énormément écouté Nirvana, mais aussi Metallica, les Guns, Patti Smith… Finalement, tous les grands du rock et du métal. J’ai été bercée par ça. Plus tard, j’ai découvert Yungblud. Toutes ces personnalités m’inspirent. À l’inverse, j’écoute aussi beaucoup de musique électronique, mais c’est vrai qu’ici j’avais besoin de retrouver quelque chose de pur avec des guitares et une batterie ; d’avoir l’impression d’être beaucoup plus brute sur scène. D’ailleurs, je pense que la scène va aussi être beaucoup plus rock. 

L’album commence avec Mauvais Rêve et fait référence à ce “bordel” intérieur pour finir avec J’ai appris, qui est un morceau optimiste. Comment ces deux chansons se font-elles écho à travers l’album ? 

Cet album m’aide à guérir. Mauvais Rêve possède une forme d’ironie, dans le sens où je dédramatise mes galères en chantant : « J’ai dû faire un mauvais rêve. » C’est un peu ma vision de la vie. D’un autre côté, J’ai appris est une chanson importante pour moi. Je me suis entourée de seulement deux personnes sur cet album : Gia, qui est ma manageuse et ma copine, et Eddy, qui est mon guitariste et qui va me suivre sur la tournée. Ça m’a aidée à ouvrir des cases et en quelque sorte à guérir certains maux. J’ai appris, je l’ai faite toute seule. C’était important pour moi de finir sur une chanson que j’avais réalisée de A à Z. 

J’avais besoin de faire un bilan positif de ma vie avec cette chanson. Au début, je fais un bilan assez négatif, notamment avec Mauvais Rêve, mais j’ai réalisé que j’avais appris énormément avec toutes ces galères. Finalement, finir l’album sur J’ai appris, ça montre que l’on ne vit pas que des trucs très cool, mais qu’on en sort grandi à chaque fois. 

Hormis ces deux titres, une chanson de l’album occupe-t-elle une place particulière pour vous ? 

Si je devais en choisir une autre, qui est moins rock et qui va plus du côté de la variété française, c’est Marcel, parce que c’est la chanson pour mon grand-père. Elle a vraiment une signification particulière, parce qu’on avait commencé à l’écrire avec Gia quand il était à l’hôpital. On n’a pas réussi à la terminer avant qu’il disparaisse et quand il est mort, le lendemain on a fini par la signer.

« Certaines personnes citent Goldman comme référence, moi je cite souvent Calogero. »

Hoshi

C’est la première fois que l’on ne finissait pas une chanson en une nuit. On a aussi pris du temps pour la digérer ; je pense d’ailleurs que je ne l’ai toujours pas digérée. Ça va être dur de la chanter sur scène, mais je pense qu’il l’aurait aimée. 

Sur Cœur parapluie, vous partagez un duo avec Calogero, Ne Saute pas. Que retenez-vous de cette collaboration ?

Déjà, je ne fais jamais de duo lorsque que je ne connais pas les gens. Je me rappelle que Calogero m’avait invitée à chanter sur son titre Un jour au mauvais endroit. Après ça, on a eu envie de retravailler ensemble. Nos voix allaient tellement bien ensemble et, surtout, j’ai rencontré une personne adorable. 

« Avec cet opus, je vais être dans une liberté totale sur scène. »

Hoshi

Pour moi, c’est un des plus grands compositeurs français. C’est quelqu’un que j’admire énormément. Certaines personnes citent Goldman comme référence, moi je cite souvent Calogero. C’est vraiment du très haut niveau. Du coup, j’étais honorée qu’il accepte de travailler en studio avec moi, surtout sur un sujet aussi dur que le suicide. J’aime l’idée d’avoir deux générations qui se mélange. Et puis, il y avait cette image de Calogero qui me dit “ne saute pas”. C’est assez ironique. 

Il y a aussi Izïa pour la chanson Superstar… 

Izïa, je l’ai rencontrée lors d’un after. On a bu un verre ensemble et on a complètement matché. Sur Cœur parapluie, j’ai fait les arrangements de l’album dans une maison en Vendée, un studio en face de la mer, et elle est venue me rendre visite. J’avais déjà le refrain de Superstar, on a écrit la suite ensemble, et on l’a chantée toutes les deux dans cette maison. J’admirais beaucoup Izïa avant de la rencontrer. Je me souviens l’avoir vue en concert à Solidays, au Fnac Live… J’avais presque envie d’être elle. 

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Vous allez partir en tournée pour Cœur parapluie. Comment appréhendez-vous ce tour et, plus globalement, la scène ? 

J’ai l’impression qu’avec cet album, je n’appréhende plus la scène. J’ai toujours aimé être sur scène. D’ailleurs, quand j’ai commencé mon projet, quand je jouais dans la rue, j’avais l’impression à chaque fois qu’il me manquait quelque chose. Il me manquait une partie de moi et je pense que c’était un peu ce côté plus rock, plus assumé, que j’avais déjà sur scène, mais qui manquait dans mes précédents albums. 

Avec cet opus, je vais être dans une liberté totale sur scène. C’est déjà le cas d’ailleurs, je suis dans une liberté totale. C’est pour ça que j’ai commencé à faire des clubs, pour retrouver cette énergie. Après, on va enchaîner avec les Zénith, ça va être très cool, car je vais l’aborder comme dans les clubs. Je veux que ça soit vraiment rock.

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Comment pourriez-vous décrire votre univers musical ? 

Ce n’est pas facile parce que je suis une touche-à-tout, mais je dirais que c’est de la chanson française avec une âme rock, mais j’aime aussi beaucoup la musique électronique. C’est un vrai bordel ! Ma musique, c’est un bordel organisé. Ça fait très organisé à la fin, mais au début c’est un gros bordel [rires].

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Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste