Actu

Epic Games débourse des millions de dollars pour proposer des jeux « gratuits »

04 mai 2021
Par Thomas Estimbre

La bataille juridique entre Apple et Epic Games lève le voile sur la stratégie agressive de l’éditeur américain. Ce dernier multiplie les tentatives pour faire vaciller Steam et développer son Epic Games Store.

Le succès de Fornite a donné des idées à Epic Games et l’éditeur américain n’a pas peur de s’attaquer à des poids lourds. Le procès intenté par la firme de Tim Sweeney à Apple s’est ouvert en début de semaine et il permet d’en savoir plus sur le fonctionnement des deux sociétés. Engagées dans un bras de fer depuis plusieurs mois, les deux firmes américaines ont une vision radicalement différente du marché et l’éditeur du jeu Fortnite accuse à la marque à la pomme d’abuser de sa position dominante.

 © Epic Games
© Epic Games

Le marché des applications et jeux sur iPhone ou iPad n’est pas le seul centre d’intérêt d’Epic Games ,qui tente de secouer l’univers des jeux PC avec son Epic Games Store. Depuis son lancement en 2018, la boutique cherche à attirer les utilisateurs et les développeurs avec une stratégie agressive. La firme a d’abord proposé un prélèvement de 12 % sur les ventes afin de laisser 88 % des revenus aux créateurs, poussant ses concurrents Valve (Steam) et plus récemment Microsoft à réagir.

Plus de 11,5 millions en neuf mois

Du côté des utilisateurs, Epic Games multiplie les offres et n’hésite pas à distribuer des jeux gratuitement. Lors des neuf premiers mois d’existence de sa boutique, soit entre décembre 2018 et septembre 2019, l’éditeur a déboursé plus de 11,5 millions de dollars pour offrir près de 40 jeux (38) aux joueurs. Epic a notamment versé 1,5 million à Warner Bros. pour offrir Batman Arkham sur sa boutique en ligne ou 1,4 million de dollars à l’éditeur Unknown Worlds pour proposer Subnautica. Tous les titres ne sont évidemment pas logés à la même enseigne, le prix pouvant varier en fonction de la popularité du jeu ou de sa date de sortie.

Plusieurs jeux comme RiME (45 000 dollars), Super Meat Boy ou World of Goo (50 000 dollars), For Honor (63 000 dollars) ou Fez (75 000 dollars) ont coûté moins de 100 000 dollars à l’éditeur de Fornite. Il est malheureusement impossible de connaître le montant débourser pour un jeu comme Grand Theft Auto V, ce dernier n’ayant été proposé qu’en 2020 par l’Epic Games Store.

 © Epic Games
© Epic Games

On note également que le document permet de connaître le nombre de téléchargements réalisés, ainsi que les nouveaux comptes Epic créés pour l’occasion. En neuf mois, cette stratégie a vu cinq millions de joueurs s’inscrire et la firme a déboursé en moyenne 2,37 dollars par utilisateur. En revanche, sur les 18,5 millions de joueurs inscrits pour récupérer un jeu gratuit (dont Fortnite), seuls 7 % sont ensuite passés à la caisse pour acquérir un jeu payant.

Une stratégie agressive pour concurrencer Steam

Dévoilé par Simon Carless, fondateur de GameDiscoveryCo, ce tableau fait partie d’un ensemble de documents liés à l’affaire qui oppose Apple et Epic Games. Le document s’intéresse également aux exclusivités négociées par le studio pour son Epic Games Store. À plusieurs reprises, Epic a proposé des jeux qui n’étaient disponibles que sur sa plateforme à leur lancement afin d’attirer les joueurs, déboursant au moins 444 millions de dollars en 2020. Cette somme correspond à un « minimum garanti », soit une contrepartie pour s’assurer la distribution exclusive de certains jeux et garantir à l’éditeur une somme d’argent.

Pour le jeu Borderlands 3, Epic Games a proposé un « minium » de 80 millions de dollars à l’éditeur 2K Games et a finalement déboursé 115 millions de dollars. À cette somme s’ajoutent 31 millions pour proposer gratuitement deux autres jeux signés 2K Games sur sa boutique (Borderlands: The Handsome Collection et Civilization VI). La firme n’a eu besoin que de deux semaines pour récupérer le minium qu’il avait proposé (80 millions de dollars). Les revenus dégagés par Fortnite – le jeu a généré 9 milliards de dollars de revenus en 2018 et 2019 – permettent à l’éditeur d’opter pour une stratégie aussi agressive, alors que sa boutique peine encore à être rentable. L’enjeu est ailleurs pour Epic Games, qui cherche d’abord à faire connaître son Store et à fidéliser les joueurs pour mieux s’opposer à Valve et sa boutique Steam.

Article rédigé par
Thomas Estimbre
Thomas Estimbre
Journaliste
Pour aller plus loin