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James Bond et les jeux vidéo : bilan mitigé pour 007

07 octobre 2021

Si la franchise James Bond est dans l’ensemble synonyme de qualité au cinéma, on ne peut pas en dire autant de ses jeux vidéo 007. Entre adaptations mollassonnes et choix étonnants de gameplay, l’agent secret a connu plus de pétards mouillés que de feux d’artifice

 © Electronics Art / Nintendo
© Electronics Art / Nintendo

Goldeneye 007, le titre qui a marqué toute une génération

Ce début du mois d’octobre est marqué par un événement que tous les cinéphiles ont forcément en tête : la sortie au cinéma du nouveau James Bond. Plusieurs fois repoussé à cause de la crise sanitaire, le 25ème opus de la saga, intitulé Mourir Peut Attendre marque la dernière apparition de Daniel Craig dans le smoking de l’agent 007 et devrait donc être l’un des gros succès de l’année au box-office mondial. Depuis 1962 et James Bond contre Dr. No, les aventures de l’agent secret ont rapporté près de 6,80 milliards de dollars de recettes, ce qui en fait l’une des franchises les plus rentables de l’histoire du cinéma. Sous l’ère Daniel Craig, un film estampillé James Bond a même franchi le cap symbolique du milliard de recettes au box-office mondial, avec Skyfall en 2012. Malgré une concurrence toujours plus forte, la marque James Bond reste donc une valeur sûre au cinéma. Néanmoins, tout ce qui touche à l’agent 007 n’est pas toujours couronné de succès et ce ne pas l’histoire de l’espion dans les jeux vidéo qui dira le contraire. Lorsque vient le moment d’évoquer des célèbres jeux de tir, qu’il s’agisse de FPS ou TPS, il faut bien reconnaître que 007 est peu cité.

Un titre fun et révolutionnaire pour l’époque

Le seul qui aurait le mérite d’être nommé et d’avoir sa place dans un tel classement est Goldeneye 007, sorti en 1997 sur Nintendo 64. Deux ans après le film originel avec Pierce Brosnan, Nintendo offre un jeu qui a forcément marqué tous les possesseurs de l’emblématique console. Dès l’instant où il sort, Goldeneye 007 est une véritable révolution dans le FPS, notamment grâce à l’étonnante manette de la Nintendo 64. Le stick analogique présent au centre permet de viser précisément les ennemis, tandis que la croix directionnelle permet de « strafer » en faisant des pas de côté. Si cela peut sembler logique et évident de nos jours, c’est bel et bien à GoldenEye que l’on doit cette pratique. De plus, impossible d’oublier le mythique mode multijoueur qui, pour la première fois, permet de connecter quatre manettes en même temps. Avec ses cinq modes de jeu, ses nombreuses maps et ses différentes options de personnalisation, le fameux mode a provoqué un nombre interminable de parties et a énormément contribué au succès et à la postérité du titre. Autre fait assez rare pour être souligné : le jeu vidéo est aujourd’hui beaucoup plus populaire que le film dont il est tiré.

Le fan-service ne suffit pas

Mais l’histoire ne peut pas toujours être couronnée de succès et Goldeneye 007 est au final l’arbre qui cache la forêt. Bien avant le jeu de Nintendo, la première expérience de James Bond sur consoles remonte à 1983 avec James Bond 007, sorti sur Commodore 64, Atari 2600/5200 et Colecovision. Les joueurs ont vécu une drôle d’expérience : ils devaient détruire les véhicules ennemis avec des torpilles et éviter les mines et autres obstacles déposés par les méchants. Et le tout en 2D. Difficile de retrouver l’ambiance d’un vrai James Bond dans ces conditions. Jusqu’en 1997, huit jeux 007 ont vu le jour, la plupart des adaptations de films sortis au cinéma. Si l’histoire est différente, le gameplay reste le même : à savoir tirer ou conduire des véhicules. Malheureusement, aucun d’entre eux n’est un réel succès. L’arrivée de Goldeneye 007 en 1997 marque donc le premier triomphe de l’agent secret sur consoles, ainsi qu’une magnifique conclusion puisque, dans la foulée, c’est Electronic Arts qui récupère les droits de la franchise. Inspiré par le succès de Goldeneye, l’éditeur fait le pari de l’adaptation et propose coup sur coup Demain ne meurt jamais et Le monde ne suffit pas. Jamais deux sans trois, 2001 est marqué par la sortie de 007 Racing, un jeu de course où les bolides les plus emblématiques de l’agent sont disponibles. Trois jeux en trois ans, et autant d’échecs pour Electronic Arts qui ne parvient pas à attirer les fans de FPS ou de la franchise, la faute sans doute à des titres trop répétitifs.

Efficacité et fan-service au menu des années 2000

La donne change heureusement très vite grâce à Espion pour Cible, d’abord sorti sur PlayStation 2 en 2001, puis porté sur GameCube et Xbox en 2002. Outre le fait de proposer une aventure inédite, le jeu d’Electronic Arts combine le tir subjectif et les séquences de course-poursuite, offrant ainsi aux joueurs un gameplay varié. Un cocktail réussi qui trouve son public et pousse logiquement EA à réitérer l’expérience avec Nightfire (2002) et Quitte ou Double (2004). Outre le détesté Goldeneye : Rogue Agent (2004), qui est une simple volonté de jouer sur la fibre nostalgique des joueurs alors que l’on ne joue pas James Bond, le milieu des années 2000 est synonyme de qualité pour 007 sur consoles. Preuve en est une fois de plus avec Bons Baisers de Russie, une adaptation du film de 1963, où Sean Connery fait son grand retour dans le rôle qui l’a rendu mondialement célèbre en prêtant sa voix. Mais la fin des années 2000 est définitivement synonyme de changement pour l’agent préféré de Sa Majesté : alors que Daniel Craig succède au cinéma à Pierce Brosnan, c’est Activision qui récupère les droits de la franchise et ne tarde pas à proposer une première aventure avec Quantum of Solace. Reprenant les événements de Casino Royale et du film éponyme, le titre n’est qu’un FPS de plus, incapable de surprendre par son gameplay ou son histoire.

Project 007, dernier espoir pour l’agent de Sa Majesté ?

Si les années 2010 sont synonymes de renouveau pour le James Bond version cinéma, son alter-égo vidéoludique n’a pas cette même chance. Outre le remake de Goldeneye 007 sur Wii puis PS3 et Xbox 360, l’idée de 007 Legends illustre parfaitement ce manque d’originalité. Pour fêter les 50 ans de la saga, Activision propose 6 aventures tirées de 6 films James Bond emblématiques au sein d’un même jeu, le tout avec le retour d’acteurs emblématiques. Joli clin d’œil pour les fans, mais le jeu est un énorme échec sur le plan commercial et critique et vient confirmer une chose : jouer sur la carte du fan-service ne suffit pas, même pour la mythologie James Bond et encore moins à une époque où la narration prend de plus en plus de place dans le jeu vidéo. Cet échec est celui de trop pour Activision, qui cède dans la foulée les droits de la franchise. Après plusieurs années sans la moindre nouvelle, James Bond va enfin avoir droit à une nouvelle chance sur consoles. C’est en effet au studio danois IO Interactive, à qui l’on doit notamment les récents jeux Hitman, que reviendra la périlleuse mission de remettre l’agent britannique au goût du jour. Mondialement annoncé en fin d’année dernière, Project 007 reste encore très mystérieux, même si la piste d’une origin story est régulièrement évoquée. Alors que la trilogie dédiée à l’Agent 47 est officiellement terminée, IO Interactive peut donc se consacrer pleinement à un agent encore plus célèbre. Seul petit bémol : ce Project 007, nom de code temporaire, pourrait bien ne pas sortir avant quelques années. Le studio danois parviendra-t-il à redonner à James Bond ses lettres de noblesse ? Affaire à suivre…

Article rédigé par
Alexandre Manceau
Alexandre Manceau
Journaliste