D’abord romancier de l’intime au comique ravageur, Philippe Jaenada a bâti sa notoriété en reprenant l’enquête sur des faits divers tout en imposant sa marque de fabrique faite de digressions et d’autodérision. Des aventures désopilantes du Chameau sauvage aux affaires criminelles de La Serpe, son œuvre mêle habilement humour et tendresse. A l’occasion de la publication de L’Inconnue du quai de Javel, voici les livres indispensables pour découvrir un écrivain qui ne ressemble à aucun autre.
Introduction
L’œuvre de Philippe Jaenada s’organise en deux grands moments. Le premier est celui du roman librement inspiré de sa vie, peuplé d’antihéros sentimentaux, de perdants magnifiques et de situations absurdes. Le second prend vie dans des histoires réelles : affaires criminelles, destins oubliés et erreurs judiciaires que l’écrivain revisite à partir d’un impressionnant travail d’archives.
À la frontière du roman, du reportage et du carnet de bord, son œuvre conserve une constante : Philippe Jaenada demeure présent à chaque page, avec son humour, ses parenthèses, ses souvenirs et ses détours. Qu’il raconte ses propres aventures rocambolesques ou rouvre une affaire ancienne, il cherche toujours à déjouer les apparences et à rendre justice aux incompris.
Des débuts fantasques aux minutieuses contre-enquêtes de La Serpe ou de L’Inconnue du quai de Javel, voici treize livres pour découvrir les deux visages de Philippe Jaenada.
Les premiers romans de Philippe Jaenada
Avant de se plonger dans les archives judiciaires, Philippe Jaenada a fait de sa propre existence une matière romanesque. Ses premiers livres mettent en scène des doubles de lui-même, amoureux maladroits et héros malchanceux, entraînés dans des aventures où le moindre incident peut prendre des proportions épiques. Du Chameau sauvage à La Femme et l’Ours, le romancier impose une voix immédiatement reconnaissable, faite d’autodérision, de digressions burlesques et de tendresse.
-
Le Chameau sauvage (1997)
Premier roman de Philippe Jaenada, Le Chameau sauvage met en scène Halvard Sanz, un antihéros aussi maladroit qu’attachant, lancé à la poursuite d’un amour insaisissable. Inspiré par la vie de l’auteur, le récit transforme les déboires sentimentaux et les accidents du quotidien en une aventure désopilante. Digressions, autodérision et situations absurdes composent déjà l’inimitable style Jaenada. Une entrée en matière idéale, récompensée par le prix de Flore en 1997.
-
Néfertiti dans un champ de canne à sucre (1999)
Titus Colas tombe éperdument amoureux d’Olive, une jeune femme sauvage et cultivée rencontrée dans un café parisien. Mais comment construire une vie à deux lorsque l’on découvre l’amour et que l’être aimé échappe à toutes les conventions ? Dans Néfertiti dans un champ de canne à sucre, Philippe Jaenada transforme une relation mouvementée en une comédie sentimentale débridée, traversée par la fantaisie et la tendresse.
-
La Grande à bouche molle (2000)
Détective privé plutôt maladroit, Philippe est chargé de suivre un mari soupçonné d’infidélité lorsqu’une banale filature tourne au road trip délirant, entre cadavre, enlèvement et rencontres improbables. La Grande à bouche molle détourne avec jubilation les codes du polar. Digressions, catastrophes et autodérision rythment cette enquête rocambolesque, aussi absurde que réjouissante.
-
Le Cosmonaute (2002)
Hector enchaîne les métiers improbables lorsqu’il rencontre Pimprenelle, une jeune femme aussi fascinante qu’imprévisible. Avec Le Cosmonaute, Philippe Jaenada transforme les hasards d’une histoire d’amour en une aventure sentimentale joyeusement chaotique. Son style parlé et son goût des personnages décalés donnent au récit une énergie irrésistible.
-
Vie et mort de la jeune fille blonde (2004)
Lors d’un dîner, un célibataire bientôt quadragénaire entend parler de Céline, la fille tourmentée de ses hôtes, et croit reconnaître une figure marquante de sa jeunesse. Il part alors à sa recherche, espérant retrouver avec elle une part enfouie de son passé et donner un nouveau sens à son existence. Philippe Jaenada transforme cette quête mélancolique en une fable moderne où les scènes comiques côtoient la fragilité des êtres. Vie et mort de la jeune fille blonde est un roman plus sombre, mais toujours écrit avec humour et tendresse.
-
Plage de Manaccora, 16h30 (2009)
En vacances dans le sud de l’Italie, Voltaire, sa femme et leur fils voient leur journée de farniente basculer lorsqu’un immense incendie les pousse à se réfugier sur une plage. Face au danger, les souvenirs du narrateur remontent, des plus dérisoires aux plus bouleversants. Plage de Manaccora, 16h30 bifurque vers le roman catastrophe, traversé par les écarts et l’humour désespéré de Philippe Jaenada. Une histoire haletante sur le couple, la famille et ce qui compte vraiment lorsque tout menace de s’arrêter.
-
La Femme et l’ours (2011)
Depuis qu’il est marié et père de famille, Serge Sabaniego, surnommé Bix, mène une existence rangée qui étouffe peu à peu ses rêves de liberté. Une dispute conjugale le précipite dans une errance alcoolisée, des bars du canal Saint-Martin jusqu’à Monaco, au milieu d’une galerie de personnages cabossés. Philippe Jaenada transforme cette fuite en avant en une odyssée burlesque où le rire côtoie le désespoir. La Femme et l’ours est un roman sur la fin des illusions, la vie de couple et la tentation de tout quitter pour se retrouver.
Les romans-enquêtes de Philippe Jaenada
Avec Sulak, publié en 2013, l’œuvre de Philippe Jaenada prend un nouveau tournant. L’écrivain se penche désormais sur des faits divers anciens, des procès retentissants et des destins oubliés. Archives, témoignages et recherches sur les lieux lui permettent de reprendre chaque dossier pour en explorer les zones d’ombre. De Pauline Dubuisson dans La Petite Femelle à l’affaire Louise Cansot, retrouvée morte sur le quai de Javel, Jaenada s’intéresse surtout aux figures que l’histoire a trop rapidement condamnées. Ses romans documentés deviennent des enquêtes littéraires et humaines pour en restituer la complexité. Une recherche de la vérité qu’il ponctue de digressions personnelles, tantôt légères, tantôt mélancoliques, représentant sa signature.
-
Sulak (2013)
Dans les années 1980, Bruno Sulak défraie la chronique avec ses braquages audacieux, ses évasions spectaculaires et son refus de verser le sang. Ancien légionnaire épris de liberté, ce gentleman cambrioleur devient sous la plume de Philippe Jaenada un personnage romanesque aussi fascinant qu’insaisissable. Avec ce récit documenté, l’auteur amorce son tournant vers les faits divers sans renoncer à son humour ni à ses célèbres parenthèses. Il faut dire qu’un personnage capable de braquer une bijouterie en tenue de tennis avait de quoi l’inspirer. Sulak reçoit le Prix des lycéennes de ELLE en 2014.
-
La Petite femelle (2015)
En 1953, Pauline Dubuisson comparaît pour le meurtre de son ancien amant, tandis que la presse et l’opinion publique ont déjà fait d’elle un monstre froid et calculateur. Philippe Jaenada reprend minutieusement le dossier, confronte les témoignages et replace le drame dans le contexte de l’Occupation et d’une société prompte à condamner une femme éprise de liberté. Sans nier le crime, il révèle les préjugés, les approximations et l’emballement médiatique qui ont façonné son image. La Petite femelle est un roman magistral sur la justice, la misogynie et la fabrication d’une coupable idéale.
-
La Serpe (2017)
En octobre 1941, dans un château du Périgord, le père, la tante et la domestique d’Henri Girard sont assassinés à coups de serpe. Seul survivant et héritier des victimes, le jeune homme devient le coupable idéal, avant d’être acquitté lors d’un procès retentissant et de connaître plus tard la célébrité sous le nom de Georges Arnaud, auteur du Salaire de la peur. Philippe Jaenada reprend cette énigme jamais résolue, explore les archives et les failles du dossier, tout en entraînant le lecteur dans les méandres de ses recherches. Dense et captivante, La Serpe est une formidable contre-enquête qui a reçu le prix Femina 2017 et reste à ce jour le plus gros succès de l’auteur.
-
Au printemps des monstres (2021)
En mai 1964, Luc Taron, onze ans, disparaît à Paris avant d’être retrouvé mort dans un bois de banlieue. Un mystérieux « Étrangleur » revendique le crime. Un infirmier dénommé Lucien Léger avouera avant de se rétracter et de clamer son innocence toute sa vie. Philippe Jaenada reprend minutieusement ce dossier trouble et, au-delà de l’énigme criminelle, dresse le portrait d’une société française marquée par le mensonge et l’emballement médiatique. Au printemps des monstres est une enquête monumentale mais profondément humaine, qui invite à chercher les monstres au-delà des coupables désignés.
-
La Désinvolture est une bien belle chose (2024)
En 1953, Jacqueline Harispe, dite Kaki, meurt à vingt ans après une chute depuis la fenêtre d’un hôtel parisien. Pour comprendre ce geste, Philippe Jaenada reconstitue sa courte existence et celle de la bande du café Chez Moineau, refuge d’une jeunesse marginale dans le Saint-Germain-des-Prés de l’après-guerre. Plus qu’une enquête biographique, La Désinvolture est une bien belle chose dresse le portrait sensible d’une génération avide de liberté et pressée de vivre.
-
L’Inconnue du quai de Javel (2026)
Le 6 septembre 1949, Louise Cansot, modèle recherchée par les peintres de Montparnasse, est retrouvée morte sur le quai de Javel, sans sac ni chaussures. Malgré quatre suspects, l’enquête est classée après six mois sans qu’aucune arrestation n’ait eu lieu. Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada exhume les archives, arpente les lieux et reprend méthodiquement ce dossier oublié, avec Maigret pour modèle. Entre enquête criminelle, immersion historique et humour, L’Inconnue du quai de Javel redonne un visage et une histoire à une femme que le temps avait presque effacée.
Philippe Jaenada est une voix singulière dans la littérature française. Son regard décalé permet souvent de redonner vie à des personnages extraordinaires dont les parcours de vie font sens.
Pour le découvrir, on pourra commencer par Le Chameau sauvage, un concentré de fantaisie autobiographique, puis poursuivre avec La Serpe, sommet de son travail d’enquête. Les lecteurs sensibles aux portraits de femmes injustement jugées privilégieront La Petite Femelle, tandis que son dernier ouvrage, L’Inconnue du quai de Javel offre un condensé des son savoir-faire entre l’enquête, la fresque historique et l’attention portée aux vies oubliées.