Ça y est, comme à chaque rentrée, la saison des prix littéraires bat son plein ! Mais si les années passent, certains livres primés continuent, eux, de compter parmi mes préférés, et l’envie m’est venue de vous les présenter. Voici donc, à travers une sélection toute personnelle, cinq ouvrages récompensés par un – ou plusieurs – prix littéraire(s) qui m’ont marquée en tant que lectrice.
L’Amant de Marguerite Duras : Prix Goncourt 1984
Comment commencer ces recommandations autrement qu’en citant la grande, et unique, Marguerite Duras ? Tardif dans son œuvre, L’Amant reste sans doute son plus grand succès. Paru en 1984, il lui vaut (enfin) le prestigieux prix Goncourt, qu’elle avait longtemps boudé après l’échec d’Un barrage contre le Pacifique trente-quatre ans plus tôt. Une consécration presque ironique puisque la romancière revient justement, de manière plus intime, mature et assumée, sur cette même adolescence dans l’Indochine coloniale. Et surtout sur un moment marquant : la traversée du Mékong et sa rencontre avec un riche Chinois de Saïgon. Désir, sexualité, rapports de domination, famille ou encore colonisation s’entremêlent sous la plume si singulière de l’autrice. Une écriture composée de ruptures, de silences et de non-dits qui, paradoxalement, racontent énormément. Selon moi, L’Amant constitue l’un des plus beaux textes de Duras, mais aussi l’une des meilleures portes d’entrée pour s’initier à son œuvre.
Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part d’Anna Gavalda : Prix RTL-Lire 2000
En 2000, Anna Gavalda fait une entrée fracassante en littérature. Pourtant, Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part n’a rien d’une brique : il s’agit d’un recueil de douze nouvelles, dans lesquelles elle met en scène des personnages ordinaires confrontés aux bouleversements qui peuvent faire basculer une relation, une journée ou parfois une vie entière. À Paris, en banlieue ou ailleurs en France, entre un jean Levi’s, un clic-clac et de multiples détails familiers, l’autrice nous transporte d’une existence à l’autre avec justesse. Elle scrute les maladresses, les espoirs, les solitudes et les bonheurs du quotidien. Et c’est sans doute cette humanité et cette universalité qui m’ont tant bousculée à la première lecture : difficile de choisir la bribe de vie la plus touchante, tant chacune laisse sa trace.
Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal : Prix Médicis et Franz-Hessel 2010
À l’instar de Marguerite Duras, Maylis de Kerangal possède un style singulier, peut-être aussi colossal que les sujets qu’elle choisit de narrer. En 2010, Naissance d’un pont lui vaut les prix Médicis et Franz-Hessel. Dans une ville californienne imaginaire, elle relate la construction d’un immense pont suspendu et les destins de celles et ceux qui participent à ce chantier exceptionnel : ingénieurs, ouvriers, grutiers ou encore politiques. Mais peut-être plus encore que la captivante intrigue de ce roman choral, c’est son écriture qui me fascine. Les phrases s’étirent, rebondissent alors qu’on les croyait terminées, conjuguant vocabulaire technique, termes plus précieux et langage davantage banal. Une tension syntaxique qui répond presque à celle du projet architectural. De Kerangal fait ainsi de l’action un véritable personnage, sans jamais oublier l’humain. Un ton exigeant, qui ne plaira, certes, pas à tous, mais que j’apprécie retrouver, différemment, dans Réparer les vivants ou encore Corniche Kennedy.
En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut : Prix France Télévisions, Grand prix RTL-Lire et Prix France Culture-Télérama 2016
En tant qu’éternelle romantique, il est évident que les grandes histoires d’amour auront toujours une place spéciale dans ma bibliothèque. Et c’est précisément pour cela que vous y verrez En attendant Bojangles, premier livre pour le moins hors norme d’Olivier Bourdeaut. À travers les yeux d’un enfant, on entre dans l’univers fantasque de ses parents, couple éperdument amoureux. Transportés dans un tourbillon : on danse, on rit, on s’étourdit au rythme de Mr. Bojangles de Nina Simone… jusqu’à ce que les couleurs de la fête commencent peu à peu à se ternir. Si je devais résumer ce récit empreint d’une fantaisie et d’une poésie folles avec la même démesure que ses personnages, je dirais simplement : sublime. Armez-vous néanmoins de mouchoirs, mais surtout, n’attendez pas pour le lire. Et je vous recommande mêmement son adaptation au cinéma par Régis Roinsard.
Finir en beauté de Mohamed El Khatib : Grand Prix de Littérature dramatique 2016
Afin de Finir en beauté, je cite l’œuvre du même nom signée Mohamed El Khatib. Sûrement la plus méconnue de toute cette sélection, elle m’a pourtant bouleversée lors de ma première lecture il y a dix ans, si bien que j’y songe régulièrement. Courte, mais percutante, cette pièce de théâtre permet à l’artiste de questionner le lien parent-enfant, et plus particulièrement celui qu’il a entretenu avec sa mère. C’est d’ailleurs à l’approche de la mort de cette dernière qu’il a réalisé cette sorte de fiction-documentaire. Un texte extraordinairement touchant sur la perte d’un être cher et le deuil, qui prête également à sourire pour la manière qu’il a de célébrer la vie. Bien que je puisse encore longuement parler de ce – que je considère comme un – chef d’œuvre, je risquerais de tout vous révéler sur mon passage préféré concernant un ustensile de cuisine bien caché, alors je me contenterai seulement de chaleureusement vous inviter à le découvrir par vous-même.
Si j’espère que ces quelques conseils de lecture vous ont donné envie, ma propre liste de favoris est loin d’être terminée. Entre les (nombreux) futurs lauréats et les grands prix littéraires du passé que je n’ai pas encore lus, il me reste bien des pages à tourner. Après tout, la littérature n’est jamais à court de belles plumes, ni de belles surprises.