Le 21 juillet, nos voisins belges célèbrent leur Fête nationale. À cette occasion, retour sur les nombreuses chansons qui rendent hommage à ce plat pays et à ses villes. Belges ou étrangers, de nombreux artistes ont puisé leur inspiration dans ce territoire à l’identité culturelle foisonnante. Voici une sélection qui met à l’honneur la Belgique dans toute sa richesse.
Introduction
Sans surprise, Bruxelles arrive en tête des villes belges les plus chantées. Véritable creuset culturel, la capitale a séduit de nombreux artistes, belges comme étrangers, qui ont choisi de s’y installer, non pour des raisons fiscales, mais tout simplement parce qu’ils en sont tombés amoureux.
Mais d’autres villes ont inspiré les artistes, comme Ostende pour Arno ou Charleroi pour Lavilliers. Ce plat pays que chantait si bien Brel a animé le souffle créateur de nombreux artistes. Une petite sélection en chansons pour passer la frontière et dire combien on les aime, ces cousins du Nord.
Angèle – Bruxelles, je t’aime
Une des plus récentes et surtout des plus populaires est la chanson, Bruxelles, je t’aime d’Angèle. C’est une vraie déclaration d’amour à sa ville natale que fait Angèle à travers cette chanson. Avec le succès de Brol, son premier album, la promotion et la tournée qui a suivi, Angèle s’est un peu éloignée de sa ville. Nous sommes alors en pleine pandémie et en confinement. Angèle écrit et compose ce qui sera son deuxième album, Nonante-Cinq. Le premier single qu’elle choisit est ce fameux titre, Bruxelles, je t’aime.
Elle y évoque le lien fort qui l’unit à sa ville natale. Aucune paillette, aussi brillante soit-elle, ne lui fera oublier l’éclat et la chaleur de la capitale belge. Bruxelles est l’amour de sa vie.
Dans le clip, elle nous fait découvrir plusieurs quartiers de la capitale. Elle est fière de sa belgitude et le fait savoir haut et fort. C’est devenu un tube et un titre particulièrement emblématique de la carrière de la jeune artiste.
Dick Annegarn – Bruxelles
Dick Annegarn n’est pas belge mais hollandais. La Belgique, il la porte pourtant profondément dans son cœur, et notamment la capitale puisqu’il y a vécu de 6 à 20 ans. C’est à Bruxelles qu’il passe sa jeunesse. Lorsqu’il écrit Bruxelles en 1974, il vit à Paris. Dans cette chanson, il s’adresse à Bruxelles comme s’il s’adressait à une ancienne amante, lui annonçant son retour auprès d’elle :
« Bruxelles ma belle – Je te rejoins bientôt aussitôt que Paris me trahit – Et je sens que son amour aigrit – Et puis elle me soupçonne d’être avec toi le soir«
En 2009, Dick Annegarn aurait affirmé que cette chanson ne parlait pas directement de Bruxelles mais d’un certain Michel. Cela casse un peu le mythe, mais la chanson est entrée dans le patrimoine musical belge et c’est le plus important. Elle est connue de nombreux Belges, même les plus jeunes. Elle est devenue un hymne lors des attentats à Bruxelles. Angèle l’a d’ailleurs reprise, la popularisant encore plus.
Salvatore Adamo – Bruxelles
C’est en Sicile que naît Salvatore Adamo, mais comme de nombreux Italiens, sa famille s’installe en Belgique, à Jemmapes, où son père trouve du travail dans les mines. À la suite d’une méningite qui l’hospitalisa longtemps à Louvain, c’est à Bruxelles que sa famille s’établit. Cette ville d’adoption, Adamo la célèbre en 1979. La poésie du Sicilien rend un vibrant hommage à cette ville où tout a commencé pour lui.
Le ciel gris, le béton, Adamo n’en a que faire car pour lui, Bruxelles est une terre d’accueil, un peu comme les gens du Nord d’Enrico Macias. Bruxelles, c’est la chaleur, le réconfort d’une ville et de ses habitants :
« Bruxelles, Toute habillée d’Espagne ou d’Italie Pour nourrir l’étranger Bruxelles, Tu as rallumé le soleil de bien des vies Je veux t’en remercier Bruxelles, Tu m’as donné ton Ancienne Belgique, Pour y trouver mon ‘la’ Bruxelles, »
Bénabar – Bruxelles
Bénabar, chanteur français ? Oui. Mais le saviez-vous ? Bénabar a vécu 5 ans en Belgique, de 1999 à 2004, à Saint-Josse-ten-Noode, dans la région de Bruxelles-Capitale. La Belgique et Bruxelles constituent une part importante de sa vie, car c’est là-bas qu’il a forgé son style et qu’il a été progressivement découvert par le grand public. C’est là-bas que sont nés des titres comme Dis-lui oui, Le Monospace, Je suis de celles ou plus tard Le dîner et Maritie et Gilbert Carpentier. C’est aussi dans cette commune qu’il rencontre sa femme. Le lien qui l’unit à la Belgique est donc très fort.
Pas étonnant que la capitale soit le sujet d’une de ses chansons. Et quelle chanson (présente sur son album Reprise des négociations) ! En manque d’idée pour un cadeau de Noël, il ne trouve rien d’autre que d’offrir Bruxelles à sa bien-aimée. Rien que ça.
Dans cette chanson à la fois très drôle et tendre, Bénabar évoque son amour de la capitale qu’il voit comme un joyau. Négociant avec le roi des Belges qui a eu vent du projet, il va même jusqu’à lui promettre Paris en échange.
Arno – Oostende Bonsoir
S’il a chanté Bruxelles, c’est à Ostende qu’est né Arnold Charles Ernest Hintjens, plus connu sous le nom d’Arno. C’est dans cette ville côtière qu’il grandit avant de parcourir l’Europe (et au-delà). Bien qu’il se voyait devenir cuisinier (il a servi Marvin Gaye lorsque ce dernier séjournait à Ostende), c’est de la musique qu’il vivra. C’est à Ostende qu’il donne son premier concert lors d’un festival d’été au vélodrome, vers la fin des années 60.
Lorsqu’il enregistre à Nashville l’album Idiots savants, c’est en écoutant une cassette des plus grands succès d’Adamo que la nostalgie d’Ostende s’empare de lui. Où qu’il soit, il a Ostende dans les veines. Cette ville côtière, Arno l’aime et lui dédie la chanson Oostende Bonsoir sur son album Santeboutique. On se balade avec Arno dans les rues, les bars, sur la plage, la digue. Cette chanson sent les embruns de la mer du Nord, les effluves de bière…
Ce retour aux sources est très émouvant, car Arno est malade. Il décédera quelques années plus tard des suites de sa maladie. C’est dans la ville qui l’a vu naître humainement et artistiquement qu’il donnera son dernier concert, un peu plus d’un mois avant sa mort. Conformément à son souhait, ses cendres ont été répandues en mer du Nord, au large de sa ville.
Bernard Lavilliers – Charleroi
Charleroi, sans blesser ses habitants, n’est pas la plus connue ni la plus expressive des villes belges. Pourquoi donc un Français, certes doté d’une belle plume et bourlingueur comme Lavilliers, en fait-il le thème d’une de ses chansons ? Si vous connaissez un peu l’histoire de Bernard Lavilliers, vous savez qu’il a grandi à Saint-Étienne, ville minière et industrielle. Charleroi, elle aussi, était au cœur d’un bassin houiller et un centre industriel de grande importance autrefois.
C’est suite à des discussions avec Daniel Romeo, l’un de ses musiciens, fier de sa ville de Charleroi, que Lavilliers a eu l’idée de cette chanson pour son album, 5 minutes au paradis.
« Je suis né à Saint-Étienne qui est une ville minière et sidérurgique où on fabriquait des armes, de l’acier et du charbon. Charleroi, si je ne m’abuse, c’est aussi du charbon et de l’acier. J’ai vu ma ville à l’époque se dissoudre, perdre sa population, perdre son identité. Saint-Étienne, armes et cycles, tout ça. Et j’ai vu Charleroi un peu après faire à peu près la même chose et laisser les gens dans le désarroi le plus complet », raconte-t-il sur la RTBF.
Jacques Brel – Le plat pays
On ne pouvait pas finir ce tour d’horizon sans le grand Jacques Brel. S’il a chanté Bruxelles, Le Plat pays reste l’une des chansons emblématiques du répertoire du grand Jacques. Une chanson qu’il chantera jusqu’à la fin de sa carrière avec Quand on n’a que l’amour. Elle est parue sur l’album Les Bourgeois en 1962. Il y parle de la terre de ses ancêtres, ces plaines flamandes traversées par des rivières, des canaux, et dont les seules hauteurs sont des cathédrales et quelques dunes. La chanson est rythmée par les quatre points cardinaux et les quatre saisons. C’est un poème de Jean Villard, La Venoge (une rivière dont il décrit le parcours en Suisse), qui a inspiré le Belge. Brel aurait entendu Jean Villard lire son poème à Paris dans son cabaret, Chez Gilles.
Brel a d’ailleurs conçu cette chanson comme un poème. C’est ainsi que sur l’album En scènes, truffé d’inedits enregistrés en public, Jacques lit plutôt le poème qu’il ne le chante. Malgré sa mélancolie, cette chanson reste l’une des plus belles du répertoire du Grand Jacques et de la chanson francophone.