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Le top des classiques de la littérature qui ont été censurés

24 juin 2020
Par Sébastien Thomas-Calleja
Le top des classiques de la littérature qui ont été censurés
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Un classique littéraire est un livre comme un autre. Avant d’être reconnu pour ses qualités exceptionnelles, son succès populaire ou son apport particulier à la littérature, il peut aussi passer par le couperet de la censure. Indispensables aujourd’hui, ces livres ont pourtant tous été interdits.

Vade retro satanas !

Si Sherlock Holmes n’a pas son pareil pour résoudre des énigmes alambiquées, son penchant pour l’opium et son recours au spiritisme ne sont pas de tous les goûts… en tous cas pas de ceux de l’Union Soviétique, qui l’interdira en 1929 pour « apologie de l’occultisme ». Élémentaire, mon cher Watson !

Vous rêvez de retrouver un jour la Terre du Milieu, évitez de vous rendre au Nouveau-Mexique, dont des habitants ont foulé aux pieds l’œuvre de Tolkien en organisant un autodafé géant. Des centaines d’exemplaires du Seigneur des Anneaux seront brûlés en 2001, sous le haut-patronage de catholiques extrémistes.

La peur de Satan, du mal incarné car représenté dans une œuvre littéraire, est une constante dans l’histoire de la censure, que l’on retrouve jusque dans l’interdiction dans plusieurs écoles canadiennes du sorcier au succès international indéniable : Harry Potter. Sa magie, qui enchante des millions de lecteurs invétérés, déclenche encore aujourd’hui l’ire de groupes fanatiques religieux dans de nombreuses écoles américaines.

Le diable aux portes de la morale est insupportable pour certaines organisations qui ont parfois assez de pouvoir pour interdire toute expression, quand bien même il n’est question que de fiction. Mais la conservation des valeurs par la mise à l’index de romans choquants prend aussi d’autres chemins, dont bien sûr le respect scrupuleux des bonnes mœurs.

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So shocking !

Parler à des animaux n’est pas compatible avec la chasteté d’une jeune fille : Alice aux pays des merveilles se verra interdite en Chine en 1931, pour cause cette « indécence ».

Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, œuvre pornographique ? C’est ce qu’a pu penser l’Irlande en 1932, ou certaines écoles américaines dans les années 80, pour qui la libre sexualité serait trop présente dans ce classique de la dystopie.

Les sensibilités puritaines frôleront l’asphyxie en France en respirant le parfum des Fleurs du mal.Condamné pour « outrage à la morale publique », le chef d’œuvre de Baudelaire se verra tronqué de six de ses poèmes jusqu’en 1949, comme le Dom Juan de Molière, dont la représentation dans son intégralité devra attendre quelques années. « Outrage aux bonnes mœurs » est aussi ce dont a failli écoper Boris Vian en 1946, pour J’irai cracher sur vos tombes, publié sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, finalement interdit en 1949. Madame Bovary, un des plus grands romans de la littérature française, tombera également sous les foudres de la pureté des valeurs.

Trop sexuel l’Ulysse de James Joyce pour l’Angleterre et l’Australie ; indécent, Frankenstein de Mary Shelley ; Sur la route des interdits, notre tour mondial de la censure continue avec le récit de Kerouac expurgé jusqu’en 2007.

Si la sexualité dans la littérature peut choquer, les premiers émois ne seront pas épargnés. Holden Caulfield n’y échappera pas : vulgarité, obscénité, incitation à la rébellion… le chef d’œuvre de J.D. Salinger sur l’adolescence, L’Attrape-cœurs, de nombreuses fois condamné, est aujourd’hui encore un des livres les plus contestés aux États-Unis.

Symboles de cette morale vertueuse qui n’hésite pas à recourir à la prohibition, L’Amant de Lady Chatterley en est un, de même que toutes les œuvres du Marquis de Sade, qui aura pour ce dernier l’honneur de tomber sous la férule de la censure pour une double raison : la protection des bonnes mœurs mais aussi celle du pouvoir politique. Aussi immoraux que philosophiques ses romans sont une critique politique et sociale inacceptable jusque dans les années 1950.

Cette double condamnation exprime peut-être mieux que toutes l’ambivalence perverse des Liaisons dangereuses entre tabous moraux et interdits politiques, évoquée dans le fameux roman épistolaire de Choderlos de Laclos

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Messieurs les censeurs, bonsoir !

Si la diatribe de Maurice Clavel, décochée dans l’émission « À armes égales » en 1971, reste dans la mémoire télévisuelle, c’est que cette formule exprime à elle seule la relation étroite, voire intime, entre censure, médias et pouvoir politique. Toute autorité, si elle veut durer et asseoir sa souveraineté, cherche à contrôler toute critique qui pourrait la viser. C’est ainsi que de nombreux régimes politiques, de toutes obédiences, ont eu recours aux « ciseaux d’Anastasie », telle qu’on désignait « Dame Censure » au XIXe siècle, pour entraver toute velléité d’opposition à leurs idées.

Robin des bois est un héros, mais la légende de cet homme volant aux riches pour donner aux pauvres était insupportable en 1953 aux États-Unis, en pleine période maccarthyste. Mettre en lumière les laissés-pour-compte, et faire apparaître les injustices sociales aussi criantes soient-elles, comme dans Les Misérables de Victor Hugo, ou Les Raisins de la colère de John Steinbeck, n’était pas entendable, à des époques différentes.

Subversif, le Candide de Voltaire, dont les idées dérangeaient la monarchie et l’Église catholique avant la Révolution française. 1984 ou La ferme des animaux, deux chefs-d’œuvre d’Orwell, sont inacceptables en Union Soviétique, comme dans tout état totalitaire, dont ils sont une satire sans appel.

Mais le pamphlet peut aussi se cacher, pour certains, dans la nature sauvage de L’Appel de la Forêt, ou dans les facéties de Mickey, considéré comme icône du capitalisme triomphant.

Il en est de même pour La Case de l’oncle Tom, qui a le malheur de représenter une vision anti-esclavagiste de la société. Sans oublier Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, une des premières pierres à l’édifice de la libération de la femme, un premier pieu dans le cœur des sociétés paternalistes, thème brûlant d’actualité…

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Qu’elles soient religieuses, morales ou politiques, les raisons de brandir Madame Anastasie ne manquent pas. Justifiées ou risibles aujourd’hui, celles-ci sont toutes un témoin de l’histoire idéologique de nos sociétés, qui évoluent, changent, mais développent aussi de nouveaux interdits. Les ciseaux d’Anastasie n’ont pas fini de découper et de cliqueter…

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Photo d’illustration : Steve Buissine sur Pixabay

Article rédigé par
Sébastien Thomas-Calleja
Sébastien Thomas-Calleja
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