Batteur de l’ombre propulsé sur le devant de la scène par un simple défi, le Belge Jules Scinta s’impose sous le nom de TeddyBear. Entre flow rap et chanson écorchée, son premier album, « Le plus beau », déploie une plume lucide, sensible et sans détour. Une révélation belge à suivre de très près.
Introduction
Rien ne prédestinait Jules Scinta à prendre un micro et se présenter au public en chanteur. Son truc à lui, c’était d’être derrière sa batterie à accompagner des artistes comme l’a fait son père, batteur professionnel (qui a accompagné Adamo). Le garçon a essayé et osé et pour l’instant, cela fonctionne bien. Il sort ce 30 octobre 2026 son premier album, Le plus beau, et on vous dit pourquoi il ne faut absolument pas passer à côté de cette pépite tout droit venue du Plat Pays.
Cap, pas cap : l’audace d’un garçon
Le début de la carrière de TeddyBear commence par un défi, un concours de circonstances. « Je jouais pour un rappeur et il est tombé malade. Il m’a dit : t’es pas cap (de me remplacer), j’ai dit, moi je suis pas cap ? Je l’ai fait, j’ai adoré, alors c’est parti« , raconte-t-il à la RTBF.
Rien n’est calculé chez le jeune artiste. Ses envies et son instinct dictent sa vie. Ecrire et chanter sont devenus des exutoires, des espaces pour se libérer de ses doutes, de ses peurs, de ses colères…
« Je n’ai pas posé la question, j’avais envie de le faire alors je l’ai fait. J’ai commencé à écrire des premières lignes sans me dire si c’était bien ou pas », confie-t-il. « J’aime beaucoup l’introspection. On peut observer ce qui nous entoure et en faire un sujet qu’on aborde au fond de soi-même, des trucs qu’on n’aurait jamais dits. »
La force de ce jeune Belge est sa sensibilité. Il n’a pas peur de plonger au plus profond de lui et de transcrire en chanson des choses intimes. Dans cet opus, Jules est bouleversant de franchise et d’authenticité. Jules n’a pas peur de se livrer.
La chanson, espace de libération d’un gars sensible
Par exemple, sur le titre Monstres, il questionne sur les peurs et les monstres qui habitent ses nuits. Il chante même : « On dit chez moi que pleurer c’est pour les filles, autant te dire que ma veste commence à rouiller… Aux larmes, à celles qui restent et celles qui tombent, on remplira de nouveaux océans… »
Il évoque même le divorce de ses parents dans Enfin bon. « Il y a un soir, avec Simon (claviériste de longue date), on s’est mis à imaginer quelque chose, et c’est venu naturellement. Je n’avais pas envie de faire une chanson là-dessus mais c’est venu », explique-t-il à RTBF. En se plaçant en petit garçon qui interroge à tour de rôle, son père et sa mère sur les raisons de leur séparation, ce sont aussi ses propres peurs d’aimer qu’il nous livre.
Son single Chaussures roses a une histoire originale. Sa grand-mère assistait à un concert de son petit-fils adoré. Elle aime bien ses chansons, mais pense que son look ne va pas. Elle lui achète des chaussures mais se trompe de couleur. Les chaussures rouges deviennent des chaussures roses. Par amour, il les chausse. Il ne les quitte plus et elles deviennent presque son identité. TeddyBear en fera une chanson : Les chaussures roses, un titre sur l’acceptation de soi.
Autre audace du Montois : la participation de François Damiens, l’acteur belge dans son clip. Alors que son entourage lui rit au nez lorsqu’il évoque l’envie d’avoir le comédien, TeddyBear, pas aussi connu qu’aujourd’hui, va droit au but et envoie une demande à l’acteur. Surprise : l’humoriste dit oui. Il a même fait une apparition sur scène cet été auprès de l’artiste.
Jules Scinta aurait pu rester derrière sa batterie, aurait pu ne pas porter ses chaussures roses, aurait pu ne pas demander à François Damiens de participer à son clip. Il aurait pu, mais TeddyBear a choisi l’autre option, celle d’oser, d’essayer. Et cette audace paye puisque chaque single qui sort est plus que remarqué, il foule déjà les scènes et les festivals, notamment en première partie d’artistes comme Orelsan, Clara Luciani ou Julien Doré.
Un gars qui a du mal avec son époque
Si Jules touche à l’intime, il sonde aussi son époque et l’humain. Là, il n’y va pas de main morte. Il n’y a qu’à écouter L’humain, un titre très fort (et particulièrement lucide) d’un garçon d’à peine 24 ans.
« Naïf est l’humain Il suffit d’un mouvement de doigt, pour que ça devienne un mouvement de foule/Tu sais que l’humain n’est pas un puits d’intelligеnce, moi, tout c’que j’ai dans la tête va pas faire avancer la science/Y a qu’à se dire que c’est ballot, y a tout qui crame et l’arrogance est devenue la religion de ceux qui sont nés à l’avance’ », interprète-t-il dans le morceau.
Il s’attaque aussi au machisme dans Mâle aux filles. « Il se croit fort devant les faibles, ça le rend plus marrant tout petit homme regrette les temps d’avant où les gars étaient des vrais gars, pas de gentils perdants, c’est le futur père toxique/Ta mère n’a pas élevé son fils pour faire mal aux filles/Arrête-moi tous ces caprices, ma génération ne cédera pas aux partisans de la tyrannie mon cher petit mâle alpha. »
Un conteur d’histoires admirable
Si TeddyBear écrit à l’encre de ses larmes, sa plume n’est pas son seul talent. Son chant, sa voix, son interprétation, sont tout simplement magnifiques. Que ce soit sur le rythme de la confession ou de la fougue, le jeune Belge vous prend littéralement aux tripes. Il y a chez lui, du Brel, du Stromae, du Arno, du De Pretto, tous ces artistes qui sont habités par leurs textes et leurs musiques.
Il ne choisit pas un style, ne s’enferme pas dans une case. Entre chanson et rap, cet opus évolue dans toutes ces directions sans que cela ne soit dérangeant à l’écoute car TeddyBear choisit son cap selon l’humeur, le sens de la chanson.
On aime son sens du rythme. Sa connaissance de la batterie ? Sa participation à une émission de rap en Belgique où il n’est pas passé inaperçu aux côtés des rappeurs ? Sans doute, un peu des deux. Son flow endiablé sert admirablement ses textes où la colère affleure. Mais, il est également capable de monter dans les aigus comme un Polnareff sur un chorus.
Ce garçon a tout pour devenir l’un des artistes majeurs de la Belgique et de la francophonie. Grand talent assurément.