Pour Olivia Rodrigo, l’amour et ses travers n’ont plus de secret. Avec « you seem pretty sad for a girl so in love », son troisième album sorti ce 12 juin, la popstar de 23 ans entame une ère sentimentale plus mélancolique, dans une ambiance résolument expérimentale. Portée par un line-up 100 % féminin issu de la scène alternative, sa tournée Unraveled Tour, qui débutera le 25 septembre à Hartford, réserve quelques belles surprises – à l’image d’un opus qui risque d’en bousculer plus d’un·e.
Introduction
« Mesdames et messieurs, pouvez-vous accueillir Robert Smith ? » : le 6 juin, sur la scène du festival Primavera Sound à Barcelone, Olivia Rodrigo invite avec entrain le leader du groupe mythique The Cure, Robert Smith – et le public, sans surprise, s’enflamme. Ensemble, les deux artistes dévoilent what’s wrong with me, un inédit du prochain album de la chanteuse, you seem pretty sad for a girl so in love, sorti ce 12 juin.
Si l’image détonne – l’icône goth de 65 ans, ombre à paupières charbonneuse et rouge à lèvres vermillon, face à la popstar de 23 ans en marinière et bottes hautes –, la symbiose, elle, semble évidente. Leur performance, aussi captivante qu’émouvante, donne comme un avant-goût de ce que promet l’Unraveled Tour : de l’inattendu, du rock, mais surtout, une page qui se tourne.
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Girl power et sonorités expérimentales : une première partie ambitieuse
Une chose est sûre : l’interprète de good 4 u maîtrise l’art de bien s’entourer. Pour son Sour Tour (2022), elle choisissait Gracie Abrams et Chappell Roan comme premières parties – deux noms alors plutôt discrets qui, depuis, enchaînent les succès.
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Roan se voit d’ailleurs offrir une seconde invitation pour le Guts World Tour (2024), quelques mois seulement avant que son tube Good Luck, Babe ! (2024) ne la propulse au sommet – Grammy du Meilleur Nouvel Artiste 2025 à la clé.
Alors, qu’attendre de l’Unraveled Tour ? Des surprises (sans surprise). Pour ouvrir le bal, nul autre que Wolf Alice, le quartet londonien mené par Ellie Rowsell – auréolé de deux Mercury Prize –, qui mêle dream pop et rock alternatif. Mais également le groupe britannique The Last Dinner Party, qui a explosé en 2024 avec Prelude To Ecstasy et son indie rock flamboyant aux arrangements baroques.
Vous pensiez avoir tout vu (et tout entendu) ? Détrompez-vous. De l’autre côté de l’Atlantique, Devon Again et Grace Ives incarnent deux facettes d’une pop américaine résolument alternative. Rythmiques addictives, synth-pop lo-fi, textures brumeuses : difficile de résister à la tentation expérimentale.
Quelle première partie à Paris ?
Quid de la France ? Les fans devront patienter jusqu’aux 23 avril et 24 avril 2027 pour découvrir le nouveau show d’Olivia Rodrigo sur la scène de Paris La Défense Arena, la plus grande salle indoor d’Europe. Et c’est le groupe texan Die Spitz que la jeune star a choisi pour assurer la première partie de ces concerts parisiens.
Die Spitz est un quatuor féminin d’Austin, connu pour un son énergique, qui navigue entre punk, grunge et rock indépendant. Une première partie cohérente avec le virage plus rock qu’Olivia Rodrigo a pris depuis GUTS et son nouvel album.
Derrière ce line-up éclectique et 100 % féminin, un geste fort : mettre en lumière des artistes indépendantes et innovantes, promises, selon la tradition Rodrigo, à un avenir brillant.
You seem pretty sad for a girl so in love : l’ère de la mélancolie
Déjà revendiqué avant même qu’Olivia ne foule la scène, le rock ne s’arrête pas aux premières parties. Sur you seem pretty sad for a girl so in love, il irrigue chaque aspect de l’album – et ce n’est pas un hasard.
Avant le rock, il y a d’abord eu la pop de la douleur. Sour, paru en 2021, capture le chagrin adolescent dans toute sa brutalité, des larmes de drivers license à la rancœur à peine contenue de good 4 u. Des blessures exposées à vif, portées par une pop-rock cathartique, qui ont résonné pour toute une génération.
Guts (2023), de son côté, monte d’un cran : le mal n’est plus subi, mais frontalement assumé. Sur vampire, par exemple, la jeune femme règle ses comptes avec un homme manipulateur et avide de notoriété qui l’a vidée de son énergie. Son arme de vengeance ? Un tube mondialement écouté, tout simplement.
Troisième disque, troisième désillusion sentimentale, donc ? Dans une interview accordée au British Vogue, elle décrit un opus de « sad love songs » – des chansons romantiques habitées non plus par la rage, mais par la mélancolie. Tempos posés, soft rock planant, paroles contemplatives : avec ce projet qu’elle qualifie « d’expérimental », Olivia Rodrigo prend de la hauteur – et les deux singles déjà parus en offrent un premier aperçu.
Sorti le 17 avril, le single drop dead ouvre cette nouvelle ère sur une déclaration amoureuse légèrement obsessionnelle. Dans une ambiance synth-pop aérienne, accompagnée d’un solo de guitare power pop inattendu, elle déambule dans les couloirs fastueux du château de Versailles, à la recherche de son « ange ».
Numéro un dans cinq pays, le titre fait d’ailleurs entrer la chanteuse dans l’histoire – première artiste à débuter les singles lead de ses trois premiers albums en tête du Billboard Hot 100.
Pour the cure, paru un mois plus tard, elle troque son top vaporeux pour une blouse d’infirmière ultra-girly, injectant d’étranges potions à un cœur extrait d’un placard à médicaments. Sur près de cinq minutes, un arpège de guitare acoustique tendu monte progressivement, jusqu’à un final orchestral bouleversant – Variety y décelant un esprit rock alternatif des années 90, « dans la veine rapide et sombre de Adore des Smashing Pumpkins ou de Everlong des Foo Fighters ».
Entre collaborations inattendues, premières parties audacieuses et nouvelles explorations sonores, Olivia Rodrigo semble plus que jamais déterminée à repousser les frontières de son univers. Avec you seem pretty sad for a girl so in love, la chanteuse de 23 ans troque une partie de sa colère pour une mélancolie plus nuancée. Une évolution qui promet de prendre toute son ampleur sur scène lors de l’Unraveled Tour, où les fans la découvriront en pleine réinvention, aux côtés de ses artistes chouchoutes.