Avec la parution de son 23e roman Le crime du paradis, Guillaume Musso se réinvente. Un récit historico-policier qui n’est pas sans rappeler le style de la romancière anglaise Agatha Christie.
Une villa luxueuse, des invités triés sur le volet, des liaisons secrètes… et un enlèvement ! Dans son nouveau roman, Le crime du paradis (Calmann-Lévy), tiré à 450 000 exemplaires, Guillaume Musso réunit tous les ingrédients du parfait « whodunit ». Un hommage à la reine du crime, Agatha Christie, disparue le 12 janvier 1976, soit il y a pile 50 ans en 2026. L’écrivain remonte alors dans le temps, à la fin des années 1920, et s’essaie pour la première fois au roman historique.
Quand l’auteur le plus lu en France rencontre la reine du crime
Le 23e roman de Guillaume Musso plante son décor sous le soleil du cap d’Antibes, en 1928, où un couple d’Américains fortunés, les Livingstone, séjourne chaque été dans la flamboyante villa Starlight. Le lieu parfait pour accueillir leur ribambelle d’amis VIP. Parmi eux, une vedette de cinéma et un producteur hollywoodien, un champion de boxe, un héritier allemand et une certaine Agatha Harding, écrivaine britannique surnommée « la reine du crime », derrière laquelle on reconnaît aisément une jeune Agatha Christie. Mais le rêve paradisiaque de la Côte d’Azur s’effrite lorsque Oscar, le fils des Livingstone, âgé de 3 ans, disparaît en pleine nuit.
Personne ne rentre, personne ne sort. Tous les résidents de la villa sont suspects. Comme dans une partie de Cluedo, le commissaire Joseph Lèques mène l’enquête. Le clin d’œil à la romancière anglaise est assumé. Guillaume Musso s’approprie les codes des polars de la reine du crime. « La romancière anglaise m’accompagne dans mes lectures depuis l’adolescence », révèle l’auteur dans un communiqué. Preuve qu’un demi-siècle après sa mort, Agatha Christie continue de captiver, au point même d’inspirer des challenges sur les réseaux sociaux, comme le Read Christie 2026.
À l’instar des romans d’Agatha Christie, celui de Musso donne vie à une galerie de personnages hauts en couleur, remplis de failles, qui flirtent avec la noirceur de l’âme humaine. Comme celui de Joseph Lèques, commissaire à la 9e brigade mobile de Marseille. Ce dernier est le double de fiction de l’arrière-grand-père de Guillaume Musso à qui il dédie ce livre.
Issu d’une génération dont la jeunesse a été sacrifiée lors de la Première Guerre mondiale, ce personnage tente, tant bien que mal, de se réintégrer à la société malgré ses traumatismes. Mais il n’est pas seul pour mener cette enquête d’envergure, aidé par Charlie Langlois, sa jeune recrue qu’il a sortie des quartiers pauvres de Marseille. Sans en dévoiler davantage, Guillaume Musso n’exclut pas la possibilité de poursuivre les aventures de ce duo cabossé par la vie, mais terriblement attachant. À suivre…
Dans Le crime du paradis, Guillaume Musso va de rebondissement en rebondissement. Résultat : l’énigme captive tout au long des 480 pages du roman, allant du whodunit divertissant au thriller psychologique, jusqu’à la fascination pour le true crime. Un mélange des genres qui apporte une certaine fraîcheur à la plume de l’écrivain.
Retour vers le futur
Peu importe l’époque, les intrigues de Guillaume Musso happent les lecteurs sans réserve. Avec ce whodunit, l’écrivain assure un véritable page-turner. Il faut dire qu’il s’est inspiré d’une histoire vraie : l’enlèvement du bébé du célèbre aviateur Charles Lindbergh en 1932. C’est « le premier fait divers mondial », note Guillaume Musso. À l’époque, l’avènement d’une presse à sensation, associée à l’immédiateté de la radio, font d’un « crime local, une émotion collective planétaire », écrit l’auteur.
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Et c’est bien là le véritable tour de force de ce roman. Guillaume Musso prend la température d’une société en pleine bascule. En remontant le temps, il y a près d’un siècle, l’auteur dissèque les fondations de notre société actuelle et de ses dérives. Surmédiatisation des faits divers, soif de luxe et de pouvoir ou encore système qui broie les victimes et leurs familles… La villa d’avant-garde des Livingstone, le lieu du crime, matérialise cette transition dans une nouvelle ère médiatique. « C’était cet art nouveau qu’il appréciait, car il remettait en question la perception traditionnelle des choses, reflétant les bouleversements de l’époque dont on ne savait pas très bien s’ils déboucheraient sur le progrès humain ou sur le chaos », se questionne le commissaire Joseph Lèques.
Et comme rien n’est jamais un hasard dans les livres de Guillaume Musso, c’est ce même fait divers qui plante la graine dans l’esprit d’Agatha Christie pour écrire son chef-d’œuvre, Le crime de l’Orient-Express, paru en 1934. Et son double de fiction, Agatha Harding, ne se prive pas non plus d’y puiser l’inspiration, déjà à la recherche de sa prochaine intrigue à succès. « Les bons romans ne s’écrivent pas avec de bons sentiments. Ils s’écrivent avec de la sueur et des litres de sang », lance l’écrivaine en guise de clap de fin du roman.
À l’instar du dernier polar d’Agatha Harding, qui laisse pantois tous les résidents de la villa Starlight, le roman de Guillaume Musso déroutera-t-il, lui aussi, ses fidèles lecteurs ? Pour nous, c’est un pari réussi.