Décryptage

Objet culte : « Catch a fire » de Bob Marley & The Wailers, un vrai baptême du feu

06 novembre 2023
Par Julien D.
Objet culte : "Catch a fire" de Bob Marley & The Wailers, un vrai baptême du feu
©DR

Premier album à être publié sous étiquette Island records, « Catch A Fire » paru initialement il y a 50 ans ressort ces jours-ci au format CD & Vinyle dans de luxueuses éditions agrémentées de bonus et de live “presque” inédits. Concrete Jungle, Stir It Up, Slave Driver… Si l’on ne trouve que quelques “tubes” de Marley sur cet album, Catch A Fire n’en est pas moins LE disque qui lancera la carrière de Marley & The Wailers à l’international. Retour sur ce brûlot de 1973. 

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Si ce n’est pas le 1er album studio de Bob Marley and The Wailers (mais bien le 5e depuis le mythique et introuvable Wailing Wailers chez Studio One en 1965), Catch A Fire est souvent considéré comme l’album du début de Marley et de sa troupe. Un constat que les historiens, spécialistes, experts et autres docteurs es reggae expliquent pour une raison simple : La volonté et l’ambition de Chris Blackwell (et de son jeune label Island) de populariser à l’échelle planétaire la musique de ce petit groupe originaire des bas-fonds de Kingston. 

Bob Marley & The Wailers - 1

A l’occasion des 50 bougies de l’album, c’est une superbe réédition qui parait ces jours-ci. En plus de sa version initiale que l’on connait (ou pas), les concerts et sessions capturés en Angleterre en 1973 (Londres et Edmonton) dans la foulée de la sortie sont cette fois officiellement publiés. Après des années à écouter des bootlegs pas terrible, enfin ! pourrait-on se dire. Nouvelles et copieuses notes de pochettes par un érudit spécialiste (Chris Salewicz) ainsi que de nombreuses photos inédites. En deux mots : Miam-miam !

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Island Records, c’était vraiment mieux avant ?

Ska, rocksteady, rudeboy sound, Bob Marley et ses camarades qui deviendront The Wailers sont actifs ensemble depuis 1963 sur la scène musicale de Kingston. Ils enregistrent et travaillent avec différents producteurs et acteurs locaux qui à cette époque font les beaux jours de la foisonnante industrie du disque jamaïcaine dont un petit pourcentage arrive au Royaume-Uni afin que la diaspora ne soit pas en reste.  

Si l’idée que la communauté jamaïcaine vivant sur le sol britannique ne soit pas complètement déconnectée de ses racines peut paraitre vertueuse, l’Angleterre et ses nombreux citoyens d’origine caraïbéenne représentent aussi un nouveau marché. C’est sûrement ce qui a conduit le producteur Chris Blackwell et son jeune label à signer leur premier contrat avec les Wailers pour la publication d’un album sous étiquette Island records.

On passera rapidement sur des imbroglios juridiques et des contrats signés avec plusieurs maisons de disques par les musiciens (une roublardise jamaïcaine) puisque tout ça s’est terminé devant un tribunal et que les juges ont donné raison à Blackwell qui a empoché au passage de quoi refaire le mixage de l’album et même convoquer quelques musiciens du célèbre studio Muscle Shoals (une véritable fabrique à tubes) pour faire quelques repiquages de guitare et claviers sur les bandes-masters.  

Les 20 000 premières copies de l’album Catch A Fire crédité uniquement de THE WAILERS (avec la fameuse pochète zippo) s’envolent comme des petits pains à l époque. Island remettra sous presse un deuxième tirage avec une autre pochette plus “allumeuse” et moins coûteuse en fabrication. Assumant son ambition et probablement conscient de son potentiel individuel, Blackwell choisit opportunément de mettre en avant Marley et ajoute le nom complet du charismatique chanteur qui deviendra ensuite l’icone mondiale qu’on connait. 

The Wailers, Bob Marley - 1

Reggae pour tous ! 

C’est en effet un disque charnière dans l’histoire du groupe (10 ans d’existance en 1973) et probablement même dans l’histoire de ce reggae devenu un genre musical à part entière au même titre que le rock, la soul, l’électro, le hip-hop ou le jazz. Beaucoup moins rugueux que les productions 100 % jamaïcaines, le reggae de Chris Blackwell cerne parfaitement ce qu’il faut mettre comme ingrédients pour que ces chansons fassent mouche en dehors du public jamaïcain.

Les guitares sont mises en avant beaucoup plus que la rythmique basse-batterie qui jusque-là constituait la colonne vertébrale du reggae. Les voix sont plus amples, les compositions plus souples, les effets sur les instruments plus travaillées. D’une manière générale l’album sonne plus “pop” que le mixage d’origine et que les enregistrements habituels sortis des studios de Kingston à cette époque. Une approche qui brusque sûrement moins un public moins connaisseur du reggae qu’on qualifie de roots, et un pari gagnant pour Blackwell et Marley quand on connait la suite de l’histoire.

Néanmoins, et c’est la grande force de l’alliance Blackwell/Marley, si le contenant se fait plus compatible avec les standards à la mode de l’époque, le contenu et les textes qu’écrit et chante Bob Marley (encore épaulé sur certains titres par Peter Tosh à cette période) restent sans concessions. Inégalité, fierté noire, esclavage, spiritualité et espoir d’un monde meilleur demeurent au centre du propos. Et pour celles et ceux qui préfèrerait le son plus brut, plus crasseux et moins lissé, pas d’inquiètudes à avoir avec les bonus live livrés avec cette réédition. Le direct ne ment jamais, c’est pour ça qu’il est nécessaire.

En 1973 (un excellent cru), avec comme marche-pied l’album Catch A Fire, Marley allait se hisser petit à petit dans les meilleures ventes et allumer la mèche d’un succès populaire mondial sans égal qui aujourd’hui encore influence anonymes, artistes et musiciens venus de tous les horizons. 

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Article rédigé par
Julien D.
Julien D.
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