Critique

Nézida, le vent sur les pierres, emportée par le souffle de la liberté

29 mai 2020
Par Sébastien Thomas-Calleja
Nézida, le vent sur les pierres, emportée par le souffle de la liberté

Lorsque Valérie Paturaud consulte les archives généalogiques de sa famille, c’est un portrait de femme qui attire son attention. Légendé d’un étrange prénom et des dates de naissance et de décès. Aucune autre mention de sa vie, si ce n’est qu’elle était mariée. Une âme oubliée qu’elle ressuscitera à travers un personnage plein de ferveur et d’humanité dans cette très belle œuvre de mémoire recomposée. Nézida Cordeil (1856-1884), une vie brève mais passionnée.

NezidaUne vie brève

C’est aux confins de la Provence et du Dauphiné que naît Nézida, dans la vallée de Dieulefit perchée sur les hauts plateaux de la Drôme provençale. Une région minérale, balayée par le vent.

Morte à vingt-huit ans sur son lit de parturiente, elle mettra au monde un enfant, une fille, suscitant la même déception dans sa famille que lors de sa propre naissance. C’est sa mère qui trouvera ce prénom singulier, en mémoire d’une héroïne d’un livre illustré, prise au dépourvu de ne pas accoucher d’un garçon.

Nézida naît dans une ferme au sol de terre battue, où elle cohabite avec les poules. Sa vie semble prédestinée dans ce monde rural du XIXe siècle que l’auteure nous restitue à travers les voix imaginées des personnes qui l’ont réellement côtoyée « pour que résonne à nouveau le bruit de ses sabots sur les chemins pierreux. »

Une existence passionnée

Sous-titré « Le vent sur les pierres », l’histoire de Nézida sera traversée par le souffle de la liberté. Dans cette région ancrée dans les valeurs protestantes, si les guerres de religion appartiennent au passé en 1880, la méfiance est toujours d’actualité envers les catholiques, appelés encore les « papistes ». Mais les tensions se sont déplacées sur l’angle social entre un monde paysan et le monde ouvrier des manufactures textiles qui se développent dans la région en pleine révolution industrielle.

La ruralité face à l’urbanité, c’est ce dilemme qui s’impose au cœur de Nézida, attirée par les lumières de la ville et son « bouillonnement d’idées nouvelles », qu’elle espère et rêve dans les livres fournis par son instituteur, ses « portes ouvertes sur le monde », lui faisant délaisser ses devoirs de fille de paysans.

Des injonctions, on ne manque pas de lui en faire, notamment celle de se marier, lui rappelant qu’« une femme sans homme est une femme sans terre. » Un homme, elle en trouvera, mais il ne sera pas propriétaire terrien. Un homme de la ville qui la fascine et qu’il lui brûle de connaître : Lyon, la capitale de la région.

Face à l’incompréhension, parfois la condamnation, mais aussi l’admiration des siens, c’est le récit de vie d’une femme libre de la fin du XIXe siècle, qui nous est rapporté dans ce premier roman. Une femme passionnée à l’existence fulgurante, traversée par le goût de la modernité, la croyance dans les valeurs de l’instruction et de l’émancipation, même pour une fille de paysans. Celle qui s’apprêtait à réunir toutes ses espérances en étant l’une des premières femmes à intégrer une école d’infirmière, verra sa vie fauchée mais ravivée par la plume sensible de Valérie Paturaud qui fait revivre « la cendre des ancêtres ».

Illustration © Finmiki sur Pixabay

Parution le 28 mai 2020 – 192 pages

Nézida, Valérie Paturaud (Liana Levi) sur Fnac.com

Article rédigé par
Sébastien Thomas-Calleja
Sébastien Thomas-Calleja
Libraire à Fnac Bercy
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