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Par anticipation : portrait de James Graham Ballard

16 avril 2019
Par Antoine
Par anticipation : portrait de James Graham Ballard

Le visionnaire écrivain d’anticipation britannique est décédé il y a tout juste dix ans. Son œuvre, plusieurs fois adaptée au cinéma, continue d’être brûlante d’actualité. Intacts quant à la clairvoyance de leurs contenus, les romans de J.G. Ballard demeurent des classiques. Portrait.

L-Empire-du-soleil-Edition-CollectorUne enfance guerrière

Les cinéphiles connaissent bien certains épisodes de la jeunesse de James Graham Ballard : ils ont été narrés dans un roman, L’Empire du Soleil, porté au cinéma par Steven Spielberg dans les années 1980.  Fils d’un homme d’affaires anglais s’occupant d’export à Shanghai, il est encore enfant lorsque l’invasion de la Chine par le Japon bouleverse son insouciance. Il vivra entre 1939 et 1945 l’exil puis l’enfermement dans un camp d’internement ; en 1946, âgé de 16 ans, il part pour l’Angleterre faire ses études, avec l’intention de devenir psychiatre. Mais il quitte bien vite la formation médicale, s’étant découvert une passion pour l’écriture. Durant une courte période d’engagement pour la Royal Air Force, il dévore la science-fiction américaine, alors en plein âge d’or. 

L’écologie comme premier thème

Dès ses premiers romans, J.G. Ballard fait part de son profond pessimisme, en imaginant des cadres quasiment apocalyptiques dans ses récits. Contrairement aux grands auteurs américains, tels van Vogt ou Asimov, qui mettent en garde les humains sur les conséquences du progrès, l’écrivain britannique voit à plus long terme l’extinction de l’espèce, notamment à cause des dérèglements de la Nature. Cette littérature de la chute, que l’on connaît en France par le biais du Ravage de Barjavel, donne lieu à quatre livres de cette veine : Le Vent de nulle part, Le Monde Englouti, Sécheresse et le magnifique Forêt de cristal, où une étrange infection contagieuse frappe l’humanité de pétrification. Toutes ces histoires disent une certaine angoisse face à une Nature qui reprendrait ses droits, et une passivité des humains à l’égard des catastrophes.

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Un grand nouvelliste

En parallèle, Ballard s’est également fait connaître par ses récits courts, dans lesquels la science-fiction n’a pas toujours été le thème majeur. Influencé par le pop art et le surréalisme, tout autant que par l’humour noir, il en a écrit des centaines, dans un style parfois baroque qui l’éloignait de ses descriptions cliniques et d’une froideur analytique dont il a usé dans ses formes plus longues. Vermillion Sands recueille une dizaine de nouvelles situées dans l’univers d’une station balnéaire en voie d’abandon, où d’étranges phénomènes artistiques et surnaturels occupent les habitants. La fièvre imaginaire de Ballard ne cesse de lui fournir de beaux sujets, à retrouver dans le tome 1, 2 et 3 de l’intégrale publiée il y a une dizaine d’années.  

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Le roi de l’anticipation sociale

Le statut d’auteur culte dont jouit toujours Ballard prend sa source au cœur des années 1970, époque à laquelle il passe de la science-fiction catastrophiste à des récits plus intérieurs, où les fantasmes et l’idéologie semblent embraser l’environnement des personnages. Ainsi de Crash !, description particulièrement rococo de la perversion qui s’empare des accidentés de la route qui voient en l’automobile un objet sexuel, d’I.G.H. (à lire dans La Trilogie de béton) qui a pour contexte la balkanisation d’une tour d’habitation pour cadres londoniens, ou encore de Sauvagerie qui illustre bien la dérive sécuritaire du monde occidental. À la fin de sa vie, l’écrivain britannique continuera de se situer sur un fil ténu entre anticipation sociale et littérature classique. Les classes moyennes et supérieures, manifestant leur malaise et leur révolte par des actes sortant de leur habitus, seront l’un de ses thèmes favoris dans ses derniers romans, comme en témoignent Millenium People et Super-Cannes. Avant son décès, il avait livré une autobiographie passionnante avec La Vie, et rien d’autre, ultime trace écrite de l’œuvre protéiforme d’un génie de l’anticipation pessimiste et de la littérature moderne.

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