Décryptage

Qu’est-ce que le « rock indépendant » ? Partie 1 : émergence et explosion

19 juillet 2016
Par Gaël
Qu'est-ce que le "rock indépendant" ? Partie 1 : émergence et explosion
©dr

Voici une vaste question qui méritera largement deux posts assez conséquents, pour tenter d’apporter une réponse relativement complète. Qu’est-ce que le rock indépendant ? Des jeunes fous qui forcent un peu sur la pédale de distorsion avec leurs guitares ? De la musique produite en dehors de la chasse gardée des grandes compagnies ? Ou plus prosaïquement, un état d’esprit libertaire exprimé via des notes de musique ? Un peu tout ça à la fois en fait…

Toute personne s’intéressant à la musique a déjà entendu ce terme de « rock indépendant« . Mais, et c’est cela toute la beauté de la chose, chacun en a sa définition propre. Je vais donc vous donner ma vision de ce que je considère comme l’une des branches les plus inventives et passionnantes de la musique contemporaine, l’enfant rebelle de la Sainte Mère Pop…

Une réaction à la domination des grandes compagnies

Commençons par le début. Les historiens de la chose se mettent généralement d’accord pour fixer le début du mouvement indépendant à 1977, avec la sortie en auto production du premier single des Buzzcocks : Spiral Scratch. Groupe punk s’il en est, on ne sera pas surpris de retrouver ce groupe militant, sur le fond comme sur la forme, en grand précurseur de l’indie. La véritable émergence des labels indépendants (qui passent des deals de distribution avec les grandes compagnies, mais qui gardent donc une liberté artistique totale) se fera toutefois plutôt dans les années 1980. L’idée centrale de la chose étant le DIY (Do It Yourself). C’est à dire tout faire soi-même. De la gravure à la création de fanzines… Laisser libre cours à la passion, en somme.

Certaines spécificités sont vite marquées, la beauté du genre étant son foisonnement extrême. Ainsi aux Etats-Unis, nous avions R.E.M. et son collège rock (à savoir des mélodies pop mais orientées guitare, en réaction à la plaie des claviers synthétiques de l’époque…), tandis que les Smiths chauffaient le terrain au Royaume-Uni. The LA’s, toujours au Royaume-Uni, ayant réussi un tour de force assez conséquent avec leur fameux single There She Goes de 1990, resté dans toutes les têtes… 

De l’autre côte de l’océan on commençait toutefois à s’exciter un peu plus, avec notamment les Pixies et leur rock abrasif à souhait signé sur l’un des plus prestigieux label indépendant anglais : 4AD (Bon Iver, Cocteau Twins, Dead Can Dance entre autres). Ce groupe en particulier a loupé le coche de très peu. Le fameux Doolittle – qui n’a pas grand chose à envier à qui que ce soit, pas même au Nevermind de Nirvana – étant sorti sans doute trop tôt (1989) pour exploser à la face du monde. D’où une frustration certaine qui entraîna la séparation du groupe quelques années plus tard…

Quoi qu’il en soit, la scène indie bougeait, remuait, fourmillait d’idées. La seconde génération allait bientôt frapper un grand coup, biberonnée à toutes ces influences et surtout à cet état d’esprit de faire la musique dont elle a envie. Celle qui sort des tripes, sans se soucier de l’éventuel succès commercial. Les fabuleux Sonic Youth oeuvrant en tant que guides spirituels pour de nombreux groupes, usant de leur influence pour aider certains chouchous…

1991 : l’année de l’explosion

Sub Pop, petit label de Seattle, signa de nombreux groupes importants à la fin des années 1980. Parmi lesquels Soundgarden, Mudhoney et un certain trio du nom de Nirvana… Ce groupe en particulier changea la face du rock, ni plus ni moins. Repérés dans les cercles indies depuis un bon moment grâce à des performances live particulièrement abouties, adoubés par Sonic Youth qui les introduit auprès du patron de Geffen et poussèrent ce dernier à leur faire signer un deal, Nirvana mis tout le monde d’accord. L’été 1991 brûlait d’une rumeur persistante : le dernier bébé de ce power trio était fabuleux. La suite leur donna raison, et résultat : ce Smells Like Teen Spirit nous colle à tous aujourd’hui encore le même frisson… Le Journal de Kurt Cobain nous témoigne d’ailleur la culture indie rock du chanteur, dont les influences sont innombrables et le plus souvent très pointues.

La musique rugueuse, abrasive mais avec de forts relents pop, de ce petit groupe de semi-pouilleux du nord ouest des Etats-Unis était maintenant en position de sortir Michael Jackson des charts. Chose inimaginable encore peu de temps avant… La révolution Indie Rock était définitivement lancée ! Précisons que le visionnage du documentaire de Sonic Youth, 1991 : The Year Punk Broke, s’avère indispensable à l’homme du monde qui voudra retrouver la folle ambiance de l’époque.

Alors bien sûr le contre coup d’un tel succès, c’est la cohorte de suiveurs qui ne manquent jamais de pointer le bout de leur nez quand l’odeur de l’argent se fait particulièrement tenace. Le tri fût toutefois relativement facile le plus souvent, la sincérité étant quelque chose de particulièrement délicat à feindre…

Dans une seconde partie, nous évoquerons donc le foisonnement incroyable qui suivi cette explosion de la scène indie dans les années 90 (même si certaines sous familles s’illustraient déjà, à l’image du shoegaze – guitares lancinantes avec beaucoup d’effets et paroles inaudibles, en gros – avec My Bloody Valentine notamment), la réaction anglaise à l’explosion grunge américaine et la lente mais manifeste mainstreamisation du rock indépendant…

Retrouvez la partie 2 : Qu’est ce que le « rock indépendant » ? : foisonnement et mainstream.

Article rédigé par
Gaël
Gaël
disquaire à Fnac La Défense
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