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Boichi, le plus japonais des artistes coréens

02 juillet 2015
Par Thomas M.
Boichi, le plus japonais des artistes coréens

RÉTROSPECTIVE – À l’occasion de sa venue à Japan Expo et de la sortie du premier Art of consacrée à son opus majeur Sun-Ken Rock, il était indispensable de rendre justice à l’incontournable Boichi. Avec pas moins de six titres traduits en France, Boichi a séduit aussi bien les éditeurs et un public toujours surpris par ses univers à la fois sexy, décalés et riches en action.

Comme son nom ne l’indique pas, Boichi est né en 1973 à Séoul sous le patronyme de Park Mujik et, comme beaucoup d’adolescents, il développe très vite un goût prononcé pour la science-fiction et le cinéma d’action. Mais sa première révélation artistique, il la connaît en ouvrant son premier shojo (manga à l’eau de rose pour filles). Deux ans plus tard, à l’âge de vingt ans, il début une première carrière dans le sunjung (équivalent coréen du shojo) et connaît les conditions de travail difficiles des auteurs de BD dans son pays. Il manifeste contre le  « Juvenile Protection Act » qui censure les publications pour la jeunesse et, en réaction, commence à dessiner ses premiers mangas érotiques. Il envisage même de changer de métier lorsqu’un éditeur mutile ses planches. Il n’enverra plus jamais d’originaux et adopte les outils de création numériques dans le contexte du développement du web-comic en Corée, pays pionnier du genre au début des années 2000. Enfin, Boichi, à 30 ans, en grand passionné de cinéma, entre à la Korean Academy of Films Arts. S’il ne concrétisera jamais son rêve de devenir cinéaste, ces études participent beaucoup à l’évolution d’un style donnant à ses mangas une étonnante richesse graphique et un sens du spectacle peu commun. Une maturité artistique qui va lui permettre de s’attaquer au marché japonais !

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Gros bras et jolies filles

En 2004, Boichi s’installe en effet au Japon et profite des libertés offertes par l’industrie du manga pour s’adonner au hentai (manga érotique). Certains de ses récits se démarquent grâce à une nette influence du shojo. Très vite, il arrive à publier son premier volume relié, Space Chef Caisar, un one-shot délirant qui mélange allégrement SF, cuisine et action ! Puis, en 2006, il lance Sun-Ken Rock dans le magazine Young King Ours. Plein d’humour et d’ironie, ce manga suit les aventures de Ken, un jeune japonais débarqué en Corée pour suivre son amour d’enfance. Tandis que la belle est une fliquette aussi jolie que redoutable, Ken exploite ses talents de combattants au sein de la pègre de Séoul. La formule et l’univers à la fois violent et léger de Sun-Ken Rock ont très vite fait mouche auprès du public japonais et étranger. Pointant aujourd’hui à 22 volumes parus (et touchant bientôt à sa fin), la série phare de Boichi lui a permis néanmoins de dessiner régulièrement des séries plus brèves, dans des registres parfois bien différents.

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Fin(s) du monde

En 2008, il réalise en effet un recueil d’histoires courtes de science-fiction, Hotel, très exigeant sur le plan du scénario. Puis c’est l’heure de la série en cinq volumes Sanctum, qu’il dessine pour le célèbre magazine Morning des éditions Kodansha. À la suite du succès mondial du fameux Da Vinci Code de Dan Brown, Boichi y déroule une histoire innovante dans les registres fantastique et apocalyptique sur une jeune fille, prétendument l’incarnation de l’Antéchrist, poursuivie par des tueurs à la solde du Vatican. Il travaillera également sur un hommage à Trigun, la célèbre série de Yasuhiro Nightow, avec qui il partage les pages du Young King Ours et dont le héros, Vash, est indéniablement le modèle de Ken dans Sun-Ken Rock.

Depuis 2011, marqué par la catastrophe du tsunami, Boichi s’est également investi dans H.E – The Hunt for Energy, un manga en trois volumes parus aux éditions Tonkam en France, sur un jeune scientifique en quête d’une nouvelle source d’énergie et en lutte contre les grandes multinationales. Terminons enfin par Wallman, manga qui renoue avec les ingrédients de Sun-Ken Rock à propos d’un tueur à gage qui reprend du service pour les beaux yeux de sa nouvelle colocataire !

Boichi sera présent à Japan Expo pour rencontrer (il était temps !) ses fans français et dédicacer une vraie exclusivité : The Art of Sun-Ken Rock, magnifique recueil d’illustrations (dont de très nombreuses en couleurs et souvent inédites) issues de la saga de Ken, à paraître aux éditions Doki Doki le 15 juillet prochain.

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Thomas M.
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