Critique

Alabama Song, le fol amour

21 février 2013
Par Mika
Alabama Song, le fol amour

A propos d’ « Alabama Song » Gilles Leroy a toujours affirmé qu’il s’agissait d’un roman et non d’une biographie. On aurait aimé qu’elle le soit je dois dire. J’aurais aimé qu’elle le soit, je le dis. Car Zelda Fitzgerald qui est le narrateur du roman, m’a fait littéralement mourir d’amour, si bien que je confonds souvent ce qu’elle a été en réalité avec ce qu’elle est dans le roman.

Bien sûr Leroy s’est documenté. Il s’est même rendu aux E.U. pour aller voir les peintures de son héroïne.

Artiste dans l’âme Zelda vivait en Alabama et nourrissait l’espoir d’être danseuse, cela est vrai.

Vraie également sa rencontre et son mariage avec Fitzgerald dont elle porta le nom même lorsqu’elle décida de se mettre elle aussi à l’écriture.

Vraie, l’ascension du couple terrible, célébré par la presse, couple mondain, riche, célèbre vrai aussi, vrai son déclin, et leur rencontre avec un dénommé Hemingway apparaissant ici sous les traits d’un personnage grossier, ambitieux, arriviste qui se sert de la notoriété de l’écrivain pour réussir à son tour.

Vrai, l’homosexualité de Francis Scott Fitzgerald révélée ici dans un sous-entendu plutôt classe, sans racolage.

Alors oui Leroy s’appuie sur des faits mais décide de faire du hors piste et de nous révéler selon Zelda sa version de l’histoire loin des lumières, l’histoire telle qu’elle l’aurait elle vécu, ressentie. On y découvre donc une Zelda trahie, trompée, malheureuse, à la carrière artistique contrariée ratée mais surtout sous l’emprise de son célèbre mari écrivain qu’elle ne parvient jamais à se sortir de la tête même en prenant amant.

Tout ramène Zelda à sa passion quasi morbide, à sa fascination pour un homme qu’elle aime mais qui se sert d’elle, qui lui ment qui est infatué, despotique, qui lui vole ses manuscrits pour les publier sous son propre nom, pis qui la fait passer pour folle, la fait interner.

Gilles Leroy arrondit les angles sur la folie réelle de Zelda, ici elle n’est pas folle vraiment, un peu hystérique, dépressive peut-être mais pas folle, c’est elle qui le dit comme les vrais fous dans la vraie vie et comme on s‘est déjà attaché à elle, on la croit, c’est l’autre le fou, l’écrivain de génie. Elle est seulement victime de sa grande gueule, de son tempérament de feu, de son désir de vivre, de son goût immense pour la vie. Son erreur fut d’aimer un homme qui ne l’aimait pas et qui lui imposa la frustration, une frustration violente et équivalente aux espoirs nourris tout simplement.

Le coup de génie du romancier est de nous faire avaler des couleuvres en juxtaposant la réalité et la fiction, qu’est-ce qui est vrai qu’est ce qui est faux ? Les deux se confondent. Il réhabilite Zelda aux yeux du monde,, il devient elle,  il lui donne la première place, une place qu’elle n’a jamais eu, une place méritée sûrement, en tous cas c’est ce que j’ai voulu croire en refermant ce livre. Son empathie pour son héroïne c’est ce qui fait le muscle et la crédibilité de son histoire.

Leroy nous gratifie d’une belle écriture, élégante. Reste pour lier les chroniques entres elles, la voix constante de Zelda, une Zelda fabriquée par l’amour de son auteur, un auteur qui vous obligera de la comprendre et que vous comprendrez assurément. 

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