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L’outil de contrôle parental peut-il vraiment servir à protéger les jeunes face aux dangers d’Internet ?

19 mars 2022
Par Kesso Diallo
Plusieurs pays et entreprises misent sur cet outil pour protéger les enfants en ligne.
Plusieurs pays et entreprises misent sur cet outil pour protéger les enfants en ligne. ©McLittle Stock / Shutterstock

Alors qu’une loi a récemment été promulguée pour encourager l’usage du contrôle parental sur les appareils connectés à Internet, les réseaux sociaux sont nombreux à parier sur ce type d’outil pour protéger les enfants en ligne. Reste à voir si ce dispositif se révélera efficace.

Avec les réseaux sociaux et les différents appareils permettant aux individus de se connecter en ligne, les jeunes sont de plus en plus exposés aux dangers d’Internet que sont le cyberharcèlement, la pornographie ou encore les contenus violents. Face à ces risques, un outil est considéré par plusieurs comme un moyen de protéger les enfants. Il s’agit du contrôle parental, qui a souvent été mentionné dans l’actualité ces derniers mois.

Début mars, une loi visant à renforcer le contrôle parental sur les moyens d’accès à Internet a été promulguée en France. Meta vient de dévoiler ses différents dispositifs pour Instagram et les autres réseaux sociaux travaillent sur des fonctionnalités similaires. Mais, il reste à voir si ces divers types de contrôle peuvent vraiment servir à assurer la sécurité des jeunes sur Internet.

Un besoin de protéger les enfants en ligne

L’origine de la loi récemment votée par l’Assemblée nationale et le Sénat remonte à novembre 2021. Elle a été proposée par le député La République en marche Bruno Studer, estimant qu’elle permettrait d’éviter aux enfants de tomber sur des contenus inappropriés tels que des images violentes ou de la pornographie. Cela, en encourageant « l’usage du contrôle parental sur certains équipements et services vendus en France et permettant d’accéder à Internet ». Pour justifier sa proposition, il s’était appuyé sur les résultats d’une consultation et d’un sondage IFOP indiquant que seulement 46% des parents de mineurs âgés de 8 à 17 ans ont installé des solutions pour suivre l’activité de leur enfant en ligne en 2020. Parmi celles-ci, le contrôle parental était la plus utilisée.

Ce niveau d’utilisation est quasiment resté le même un an après : d’après un sondage IFOP pour Kaspersky réalisé en 2021 auprès de parents d’enfants scolarisés à l’école élémentaire et au collège, ils sont 50% à utiliser un logiciel de contrôle parental sur l’ordinateur de leur enfant. Ce chiffre passe à 47% pour le smartphone. « Même si ce chiffre semble déjà optimiste, on constate cependant que beaucoup de parents installent ces logiciels de contrôle parental sur les appareils des enfants sans connaître le fonctionnement de l’outil. Ils ne regardent que rarement les rapports d’activité et beaucoup d’adolescents parviennent à contourner les restrictions. Comme pour tout ce qui touche à la technique, c’est un premier pas d’installer les logiciels, mais ces derniers ne seront efficaces que s’ils sont mis à jour, inspectés etc. », ont alors expliqué Steph Draperi et Clara Foucher, membres du groupe de sensibilisation du Cercle des Femmes de la Cybersécurité (CEFCYS). L’IFOP indique également que ces chiffres peuvent être – en partie – liés à « une certaine méconnaissance des outils technologiques et de leur utilisation ». La législation à propos du contrôle parental est censée résoudre ces problèmes.

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Encourager l’usage par la loi, une solution efficace ?

Avec sa loi, le gouvernement entend faciliter l’accès des parents aux outils de contrôle parental en rendant obligatoire la pré-installation de ce genre de dispositif sur les appareils connectés vendus en France. Il doit être aisément accessible et compréhensible afin de permettre aux parents de restreindre ou de contrôler l’accès aux services et contenus susceptibles de nuire à l’épanouissement physique, mental ou moral des mineurs. De plus, il est obligatoire de proposer l’activation de ce dispositif à l’utilisateur lors de la première mise en service de l’équipement. Cette étape, ainsi que l’utilisation et et la désinstallation de l’outil doivent être gratuites. Cependant, la loi n’impose pas de créer un contrôle parental, mais plutôt de s’assurer, pour les fabricants, que les systèmes d’exploitation y étant installés intègrent ce dispositif lors de la mise sur le marché de leurs équipements.

Apple et Google, avec leurs systèmes d’exploitation, proposent déjà ce genre d’outils sur leurs différents appareils. Pour la firme de Cupertino, il est en effet possible de configurer le contrôle parental avec le partage familial. Ce service permet à un adulte de paramétrer ou de partager divers éléments comme les abonnements ou les achats pour les membres de sa famille. Avec ce service, le responsable familial peut aussi configurer la fonctionnalité « Temps d’écran » pour les enfants du groupe afin de gérer la manière dont ils utilisent leurs appareils, en restreignant leur accès à des contenus ou encore en bloquant certains sites web. Google propose également ce genre de restriction ou de blocage avec Family Link, qui permet à un parent de gérer l’expérience en ligne de son enfant sur son compte et ses appareils numériques.

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Ces outils peuvent se révéler efficaces pour éviter aux enfants de tomber sur des contenus inappropriés, mais ils présentent tout de même certaines limites. « L’usage n’est pas inclusif et pas assez orienté expérience simplifiée utilisateur, la surveillance n’est pas assez fine, notamment sur les réseaux sociaux. On voit très bien les recherches effectuées sur Internet et sur YouTube avec, mais on n’a pas la checklist des sites visités par l’enfant. Il y a aussi des limites avec certaines applications comme les réseaux sociaux : on voit qu’ils y vont, mais on ne sait pas ce qu’ils y font. Le contrôle parental permet d’avoir un dialogue avec l’enfant sans pour autant être dans le contrôle et l’interdiction, mais il permet aussi d’y bloquer certains accès et de poser les limites que l’enfant a besoin pour avoir des repères », explique Laetitia Soyer, responsable du programme de sensibilisation à la sécurité du numérique au sein du CEFCYS.

Le dialogue entre les adolescents et leurs parents est important car il faut aller plus loin que les outils de contrôle parental pour assurer la sécurité des enfants : « Au-delà du contrôle parental, il y a toujours une action des parents nécessaire. Ce n’est pas parce qu’il y a un contrôle que l’enfant est en sécurité pour autant. Si vous géolocalisez votre enfant, qu’il soit à X endroit ou dans la camionnette d’une personne malveillante, vous ne saurez pas forcément qu’il est en danger. C’est donc aussi une question de confiance et de communication avec l’enfant car c’est quand même espionner son enfant et nuire à son intimité. Lui expliquer les choses permet de garder une bonne confiance avec lui, lui donne de la connaissance pour qu’il développe son sens critique et évite les frustrations », déclare la membre du CEFCYS. Certains réseaux sociaux, à l’image de Snapchat, cherchent justement à proposer un contrôle parental permettant de démarrer le dialogue entre les enfants et leurs parents.

L’arrivée du contrôle parental sur les réseaux sociaux

En réponse aux accusations selon lesquelles les réseaux sociaux nuisent à la santé mentale des adolescents, les plateformes ont été nombreuses à annoncer qu’elles travaillaient sur des outils de contrôle parental. Parmi elles, de tels dispositifs viennent d’arriver sur Instagram. Ils permettent, entre autres, aux parents et aux tuteurs de voir le temps passé par les adolescents sur l’application et d’être informés si leurs enfants signalent une personne. Autrement dit, ce sont surtout des outils qui vont servir à surveiller l’activité des jeunes sur Instagram et pas forcément aider à initier un dialogue entre les jeunes et les parents.

Selon Laetitia Soyer, afin de vraiment limiter ce qui peut être vu sur les réseaux sociaux, il est nécessaire d’améliorer les contrôles parentaux ou les outils embarqués directement sur les téléphones. « Je pense que la notion de contrôle parental doit être cumulative. Ces outils contrôlent tous le temps, mais le souci de sécurité n’est pas dans la notion de temps, il est dans la notion de paramètre de ces accès et des informations personnelles diffusées sur Internet. De mon côté, on cherche à avoir un regard plus fin sur la navigation sur les réseaux sociaux et à pouvoir bloquer les navigations ou les comptes qui doivent l’être », a-t-elle déclaré.

De plus, même si les enfants ont la possibilité de signaler une personne sur ces applications, ils n’ont pas pour habitude de le faire : « Ils sont contactés par message privé sur ces plateformes et ce ne sont pas forcément des messages sympathiques. Ce sont parfois des images pornographiques et les enfants n’en parlent pas, ils n’auront pas le réflexe de le signaler », indique Laetitia Soyer, ajoutant que les enfants répondent ou restent bloqués à ne pas savoir quoi faire.

D’un autre côté, Meta a mis à disposition des parents un centre d’éducation, grâce auquel ils peuvent apprendre à utiliser ces nouveaux outils à l’aide de tutoriels. Une bonne chose selon la responsable du programme de sensibilisation à la sécurité du numérique : « Sur les réseaux sociaux, il faut expliquer aux parents et aux enfants comment sécuriser son compte, quelles données on laisse afficher et lesquelles il n’est pas prudent d’afficher. Quel que soit l’âge, tout le monde a le même problème en fait. Il faut un accompagnement à l’usage quoi qu’ils mettent en place. Sinon, ils vont toucher les gens qui sont déjà aguerris aujourd’hui et ils vont leur faciliter un peu la vie, mais ils vont louper l’inclusion numérique ». Reste désormais à voir comment les autres grandes plateformes, soit TikTok, YouTube et Snapchat prévoient de protéger les jeunes avec leurs outils de contrôle parental.

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Article rédigé par
Kesso Diallo
Kesso Diallo
Journaliste