Octobre, mois de l’effroi. Halloween approche et les éditeurs s’en donnent à cœur joie avec des thrillers et autres romans horrifiques qui glacent le sang. Morceaux choisis.
| La femme effacée, de Sidonie Bonnec
L’année dernière, dans La fille au pair, son premier roman, l’ancienne présentatrice des Maternelles sur France 5, Sidonie Bonnec, puisait dans son histoire personnelle pour faire d’une expérience traumatisante, qui a marqué son adolescence au fer rouge, le terreau d’un thriller étouffant. Avec un appétit pour la narration et un talent certain pour le suspense et les rebondissements, elle bâtissait un effroyable huis clos dans le quartier huppé et ultrasécurisé de Hidden Grove, où tout n’est qu’apparence. Dans ce deuxième récit, toujours plus noir, toujours plus inquiétant, elle s’aventure cette fois du côté de la pure fiction et prouve qu’elle en a encore sous la pédale pour écrire au plus près du mal.
Un présent légèrement décalé dans lequel la pluie s’abat sans discontinuer. En descendant à la cave pour constater les dégâts causés par les inondations, Candice, une mère de famille au bout du rouleau, découvre, gravée dans la roche, une inscription glaçante, datant d’une autre époque. Elle s’élance alors dans une enquête pour retrouver la trace de cette femme du passé, dont le destin de femme effacée lui évoque une certaine familiarité. Entre thriller domestique, questionnant l’emprise et la psychogénéalogie, et roman historique, en immersion au Moyen-Âge, Sidonie Bonnec réussit haut la main l’épreuve tant redoutée du second roman.
| Au cœur des ombres, de Liam Higginson
À force de s’émerveiller devant l’incroyable fertilité d’une littérature irlandaise qui domine le monde, dans le sillage de Sally Rooney, Paul Lynch ou Maggie O’Farrell, et de constater que le roman écossais lui emboîte le pas (citons Peter May, Douglas Stuart, Andrew O’Hagan), on en finirait presque par oublier le Pays de Galles, troisième larron et autre voisin d’une Angleterre qui voit aujourd’hui se multiplier les rivaux littéraires. C’est une belle surprise que de retrouver un romancier gallois en rentrée, d’autant plus avec un premier livre si décomplexé, hypnotique, poisseux. Au cœur des ombres est à la fois un drame rural et un conte horrifique à combustion lente. Imaginez As Bestas réécrit par Stephen King avec une bonne dose de folklore local et les superstitions funestes qui vont avec.
Une ferme, un élevage de moutons dans les montagnes galloises. Carwyn et Rhian, une belle histoire d’amour, mais un couple vieillissant, criblé de dettes, qui se démène pour sauver son exploitation. Un jour, alors qu’il vient en aide à des randonneurs anglais blessés non loin de chez lui, symboles d’une modernité qui envahit son paradis, Carwyn tombe nez à nez avec une étrange tête sculptée dans la roche, un vestige qui se met à l’obséder, car il y voit un moyen de les sauver. Mais la réalité est tout autre. Plus il creuse pour libérer le trésor, plus l’homme semble sombrer dans la folie et plus les événements inquiétants se multiplient. Quelque chose de très ancien s’est réveillé, le cauchemar peut commencer.
| Morsures, de Maxime Chattam
Après avoir importé son univers sombre et suffocant dans le milieu de la télévision avec le génial Prime Time, après avoir confronté en miroir Éros et Thanatos, l’amour et la mort, dans un livre plus intime et plus surprenant, 8,2 secondes, Maxime Chattam s’aventure sur un autre terrain littéraire et se confronte à un des poncifs du genre horrifique : l’attaque de requin. Morsures est une sorte de remake breton des Dents de la mer, roman culte de Peter Benchley, adapté au cinéma par Steven Spielberg dans un film encore plus culte, avec Roy Scheider.
Du jour au lendemain, de nombreux cadavres viennent s’échouer sur les plages d’une station balnéaire bretonne. Aucun doute, c’est l’œuvre d’un requin. Mais pas n’importe lequel, un requin blanc modifié biologiquement. Alors que la petite communauté est prise de panique, on suit, en parallèle, les drôles de pérégrinations d’un groupe d’ados, ambiance Goonies sur la piste d’une légende oubliée, et l’enquête d’un vieil ours mal léché persuadé que quelque chose d’autre se cache derrière ces attaques. Avec cette plongée en eaux troubles, Maxime Chattam rend un hommage appuyé aux grands chefs-d’œuvre du cinéma d’aventure et notamment aux films des années 1970-1980. Un pur régal de lecture qui va vous faire frétiller l’aileron.