La rentrée littéraire bat son plein, et le rayon BD n’est heureusement pas épargné. On vous propose six nouveautés du mois de septembre à ne rater sous aucun prétexte.
Introduction
(|) L’éther, de Papayou
Une pépite explosive pour commencer, avec la dernière nouveauté des éditions Morgen, qui nous avaient impressionnés avec Terre ou Lune en début d’année. Cette fois, cap sur un monde de fantasy aussi complet que complexe, dans lequel Grulter, Ulla et Agell, les trois petits héros, apprennent à manier l’éther, une forme de magie mystérieuse et mise au ban des trois royaumes du continent.
Évidemment, dès les premières pages, la construction de ce vaste univers impressionne, puis on s’attache aux trois enfants, dont l’épopée promet bon nombre de surprises sur les cinq volumes que comptera la série. Le tout est mis en page avec un immense talent graphique. Avec ce premier volume, Papayou s’inscrit parmi les grands auteurs de fantasy contemporaine et on a hâte d’en voir plus.
(|) Festifood, de Coline Hégron
On croirait à première vue à une mauvaise blague : l’histoire d’une jeune fille qui reçoit pour son anniversaire un jouet qui ne dit que des gros mots. Un graphisme un peu naïf. Des couleurs criardes. Et pourtant, quelle belle surprise ! Festifood est l’œuvre d’une autrice de 28 ans, Coline Hégron, dont c’est la seconde bande dessinée. Et malgré l’aspect très enfantin de ce roman graphique, il recèle une noirceur redoutable et envoûtante.
Car ce jouet maudit, les parents Béa lui confisque et lui font croire qu’il n’a jamais existé. Devenue adulte, Béa développe une obsession pour ce jouet et tous ceux créés pour Festifood, l’enseigne de fast food qui l’offrait dans ses menus pour enfants. Avec son mari et ses enfants, elle décide alors de partir à sa recherche. Un road trip drôle sur le papier, mais que l’autrice rend à la fois angoissant, déjanté et plein de folie.
(|) Amr, de Simon Hutt
Le Label 619 n’est plus à présenter et, chaque année, ses auteurs (Mathieu Bablet, Run, Guillaume Singelin et bien d’autres) bousculent les codes de la BD avec les nombreux chefs-d’œuvre à leur actif. Cette fois-ci, c’est au tour de Simon Hutt qui, après son incursion dans l’univers de Mutafukaz, propose une quête initiatique dans un monde où la technologie domine. Amer, un jeune réparateur de robots, met un jour la main sur un artefact qui place une cible sur sa tête et fait de lui un homme recherché dans toute la galaxie.
Avec un dessin entre le manga et le comics, Simon Hutt nous embarque dans une aventure au long format que le jeune Amer n’oubliera pas de sitôt. Et l’auteur, de son côté, après avoir mis son talent au service de ses mentors du Label 619, trouve son identité propre. L’émergence d’un talent qui ne demandait qu’à être confirmé.
(|) Supernova, de Nicolas Jaffré
Le parcours de Nicolas Jaffré est tout bonnement exemplaire. Après des études d’animation en France, il part au Japon travailler sur les animes les plus cultes du moment : L’attaque des Titans, Boruto ou My Hero Academia. Et, après quelques années, il décide de se retirer du milieu de l’animation, faute de liberté accordée à sa fibre artistique, et lance son propre manga en France. Publié par les éditions Kana, Supernova a beau être la première BD de son auteur, elle est l’aboutissement d’une carrière déjà très riche.
On y découvre un monde où des pépites d’or donnent des pouvoirs à ceux qui les manient. Mais elles sont réservées à une milice d’État surentraînée. Archie veut à tout prix l’intégrer et a les capacités pour, mais, à l’issue de ses concours d’admission, il est, contre toute attente, nommé à un poste des plus secondaires : huissier. Qu’à cela ne tienne, il se donnera à fond dans cette nouvelle fonction, et découvrira qu’être utile à la société peut revêtir des formes qu’il ne soupçonnait pas.
(|) Lou – Sonata, tome 3, de Julien Neel
Clap de fin pour la deuxième saison des aventures de Lou, l’héroïne créée il y a plus de 20 ans par Julien Neel. Et, pour clôturer la trilogie « Sonata », l’auteur plonge la tête la première dans la vie d’un personnage jusque-là effleuré, le père de Lou, que cette dernière a rencontré à la fin du précédent volume. Alors, forcément, tout son petit monde se retrouve chamboulé, et, pour Lou, il est temps de remettre un peu d’ordre dans sa vie. Pour cela, elle retraverse des lieux bien connus des fans de la BD.
C’est la fin d’un cycle, pour le personnage, comme pour la BD, et il est fascinant de voir à quel point Julien Neel maîtrise toujours aussi bien cet univers qu’il s’amuse à tordre dans tous les sens. Les lecteurs de Lou le savent, ils ne sont jamais à l’abri d’un grand changement de paradigme et, sans trop en révéler, ce nouvel album mettra leurs émotions à rude épreuve. Mais à la manière des films Marvel, Julien Neel le promet, Lou reviendra ! Pour le moment, personne à part lui ne sait sous quelle forme.
(|) Dreamland, le mook, de Reno Lemaire
Voilà 20 ans qu’un Montpelliérain sorti de nulle part a explosé le marché du manga en racontant les aventures de Terrence et ses amis au sein du monde des rêves. La série Dreamland (24 volumes au compteur aux éditions Pika) est la première création française d’envergure au format manga et, après quasiment un million d’exemplaires écoulés, l’heure est aux célébrations. Pour fêter ce 20e anniversaire, de nombreux cadeaux sont déjà disponibles (plusieurs coffrets collector, notamment), d’autres sont à venir (une adaptation animée à découvrir dès le 17 octobre sur ADN et Crunchyroll), et ce mook, disponible depuis le 16 septembre en librairie.
Au programme, plusieurs chapitres inédits, dessinés par Reno lui-même et par d’autres mangakas français, pour approfondir l’univers, mais surtout, de nombreux aperçus des coulisses de la série sont offerts : secrets de fabrication, rétrospective, et même une longue interview de Reno Lemaire. Parfait pour les fans de cet univers.