Asus dévoile au Computex 2026 ses premiers ProArt animés par le superchip RTX Spark de Nvidia, avec jusqu’à 128 Go de mémoire unifiée.
Introduction
Il y a des annonces qui ressemblent à des mises à jour de fiche technique, et d’autres qui sentent le changement de génération. Celle qu’Asus a dévoilée au Computex 2026, en marge de sa console ROG Xbox Ally X20, appartient clairement à la seconde catégorie. Le constructeur taïwanais a en effet profité du salon de Taipei pour présenter ses ProArt P16 (H7607) et P14 (H7407), ainsi qu’un ProArt Mini PC. Toutes ces machines sont les premières de sa gamme Creation à embarquer le RTX Spark, ce superchip codéveloppé par Nvidia, MediaTek, Microsoft et ARM. De fait, on tient là le premier déploiement à grande échelle d’une architecture pensée dès l’origine pour faire tourner localement des charges d’IA générative aux côtés des outils créatifs traditionnels.
Des caractéristiques impressionnantes
Il faut dire que le RTX Spark n’est pas une simple itération. Il s’agit d’un assemblage qui associe un GPU Nvidia Blackwell RTX comptant 6 144 cœurs CUDA et des Tensor Cores de cinquième génération en précision FP4, relié par interconnexion NVLink-C2C à un CPU Nvidia Grace de 20 cœurs. Le chiffre qui impressionne, c’est évidemment le pétaflop de performance IA en FP4 annoncé au maximum de la plateforme. Mais, pour trouver le vrai bouleversement potentiel, il faut regarder ailleurs, c’est-à-dire du côté de la mémoire. Jusqu’à 128 Go de LPDDR5X unifiée, partagée entre le CPU et le GPU.

À cette échelle, c’est une première pour un PC portable Windows. Cela permet d’emblée à Asus de revendiquer la capacité d’exécuter localement, sans cloud, des modèles de langage allant jusqu’à 120 milliards de paramètres. Autant vous dire que pour quiconque travaille avec des LLM en local, ou souhaite simplement s’affranchir des allers-retours vers une API distante, ce seul argument peut justifier l’achat. Sur les architectures x86 grand public, la mémoire reste cloisonnée entre RAM système et VRAM, avec les limitations qu’on connaît côté GPU. Spark casse cette barrière.
Rendu 3D 90 Go, vidéo 12K, jeux AAA
Côté usages, ASUS pousse les curseurs assez loin pour qu’on comprenne à qui s’adressent ces machines. Le constructeur évoque le rendu de scènes 3D dépassant les 90 Go, le montage de vidéo 12K en 4:2:2, ou encore la génération de séquences 4K par IA. Trois cas d’usage qui dessinent un public clair, celui des studios de motion design, des artistes VFX et des photographes professionnelles.

Notez que la dimension ludique n’est pas oubliée, puisque les ProArt sont capables sur le papier de faire tourner des jeux AAA en 1440p au-delà de 100 images par seconde. Une polyvalence qui n’a rien d’anecdotique, dans la mesure où ces stations créatives servent souvent aussi de machines personnelles à leurs utilisateurs.
Plus fins, plus légers, en blanc ou en noir
Le second message de cette présentation est esthétique. Asus rompt avec une habitude bien ancrée. Le P16 affiche 12,9 mm d’épaisseur pour 1,77 kg sur la balance, soit 13 % de finesse gagnée et 16 % de poids en moins par rapport à la génération précédente. Le P14 pousse l’exercice un cran plus loin, à 13,9 mm et 1,48 kg. Les châssis sont usinés CNC et, surprise, disponibles en Nano Black et Neo White. Première rupture avec la convention tout-noir qui régnait jusque-là sur la gamme ProArt.

Les écrans, eux, restent le terrain de jeu où la marque a toujours brillé, et les nouvelles dalles Lumina Pro OLED ne dérogent pas à la règle. C’est la fête aux caractéristiques avec un Delta E annoncé inférieur à 1, une couverture 100 % DCI-P3, une luminosité grimpant jusqu’à 1600 nits et un revêtement antireflet. Le P16 monte jusqu’en 4K 120 Hz avec VRR et G-Sync Nvidia, le P14 plafonne à une définition 3K. De ce point de vue, ASUS aligne ses laptops sur ce qui se fait de mieux pour la retouche photo et la colorimétrie vidéo.
L’autonomie n’a pas été oubliée. La batterie atteint 99,9 Wh sur le P16, soit la taille maximale autorisée en cabine d’avion, et 90 Wh sur le P14. La connectique reste raisonnablement complète avec USB-C, HDMI 2.1, USB-A, lecteur de carte SD et Wi-Fi 7.
ProArt Mini PC, le RTX Spark dans un minuscule boîtier
L’annonce la plus inattendue n’est sans doute pas celle des PC portables. Asus dégaine en parallèle un ProArt Mini PC, un boîtier compact de 150 × 150 × 51 mm qui embarque le RTX Spark dans sa version musclée, avec 128 Go de mémoire unifiée et le même pétaflop de calcul IA. Le tout complété par un port réseau 10 GbE et une extension PCIe Gen 5.

L’architecture thermique est dimensionnée pour 140 W de dissipation, l’objectif étant de tenir des charges soutenues de rendu et d’inférence IA sans throttling. Le positionnement est on ne peu plus clair puisqu’Asus s’attaque frontalement au Mac Studio d’Apple. Avoir cette puissance de calcul IA dans un format mini-PC sous Windows constitue une proposition inédite. Reste à voir, là encore, comment le silicium tient ses promesses en pratique.
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Adobe joue le jeu
Une plateforme matérielle ne vaut que par les logiciels qui l’exploitent, et c’est sans doute là qu’Asus et Nvidia jouent leur plus belle carte. Adobe a revu l’architecture de Photoshop et Premiere en profondeur pour tirer parti du RTX Spark, avec l’objectif annoncé de performances IA et graphiques doublées. Les ProArt sont de plus livrés avec trois mois d’abonnement à la Creative Cloud, histoire d’inviter ceux qui n’y sont pas encore à mettre un pied dans l’écosystème.
Asus complète l’offre logicielle maison avec trois briques. ProArt Creator Hub centralise la gestion des ressources de la machine, MuseTree prend en charge la génération d’images et de vidéos par IA, et StoryCube s’occupe de l’organisation des bibliothèques photo et vidéo.

L’écosystème RTX Spark s’élargit
Rappelons que le RTX Spark n’est pas une exclusivité ASUS, loin de là. Les Microsoft Surface Laptop Ultra, Dell XPS 16, HP OmniBook X 14 et Ultra 16, Lenovo Yoga Pro 9n, MSI Prestige N16 Flip AI et autres EdgeMesa N AI+ Mini PC, tous ont été annoncés sur la même puce. Vous l’aurez compris, Nvidia a parfaitement coordonné ce déploiement à travers l’ensemble des grands constructeurs du PC. Il s’agit incontestablement du grand temps fort de cette édition du Computex.
Côté disponibilité, ASUS évoque un lancement à l’automne 2026 dans certaines régions, sans préciser pour l’heure les configurations exactes ni le calendrier européen. Aucun prix n’a été annoncé, et les variantes du RTX Spark embarquées sur les différentes déclinaisons des P16, P14 et Mini PC restent à confirmer. Il manque encore beaucoup d’informations donc. Mais le décor planté à Taipei suffit déjà à comprendre que le laptop créatif sous Windows entre dans une nouvelle ère, et que le combat avec le Mac Studio et les MacBook Pro va, cette fois, se jouer sur un terrain où Apple pensait sans doute avoir les coudées franches pour quelques temps encore, celui de la mémoire unifiée à grande échelle.