Décryptage

42 kilomètres pour se réinventer, pourquoi tout le monde court ?

01 avril 2026

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Accessible, libérateur et porteur de sens, le running séduit des millions de Français. De la sortie post-confinement au dossard du marathon, retour sur un phénomène qui dépasse largement le cadre sportif.

Introduction

Depuis la pandémie de Covid-19, la course à pied est devenue l’un des sports à la mode en France. Avec 12,4 millions de coureurs recensés en 2024 selon l’Observatoire du running, soit 25 % de la population française, la pratique ne cesse de se démocratiser. Selon d’autres chiffres, 8 millions de Français courent régulièrement, soit au moins une fois par semaine. Une pratique qui plus est paritaire, avec 49 % de femmes parmi les coureurs.

La démocratisation de la course à pied

Dans cette même foulée, la Fédération française d’athlétisme (FFA) a ainsi recensé, en 2024, 2,95 millions de participants à des compétitions sur route, trail et cross confondus, soit + 27 % par rapport à 2023. Si la pratique du running ne date pas d’hier, sa popularité évidente est en revanche plus jeune. Pour parler de « démocratisation », il suffit là encore de remonter à la pandémie de Covid-19, ou plutôt à la période post-pandémie.

Une fois le confinement levé, l’envie de profiter de la nature et de l’air frais s’est matérialisée pour beaucoup par une volonté de faire du sport en extérieur. Et s’il y a bien un sport qui coche toutes ces cases, c’est le running. Pas besoin d’inscription dans une salle ou d’acheter énormément de matériel, excepté une paire de baskets, il suffit de se motiver et de franchir sa porte. Une simplicité d’exécution qui explique aussi cet engouement autour du running. Et une motivation qui en appelle très vite une autre : celle de se dépasser et de matérialiser ses progrès, en s’inscrivant notamment à des courses.

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Mais, pour participer au marathon de Paris, dont la prochaine édition sera disputée le 13 avril prochain, il faut s’y prendre très tôt. Complète dès le mois d’octobre, la célèbre course parisienne illustre l’engouement fou pour le running observé en France depuis la fin de la pandémie. Idem pour le semi de Paris : il fallait s’y prendre avant fin septembre pour une course début mars. Même son de cloche à Lille, Lyon ou Nantes, où les courses font le plein des mois à l’avance.

Et, quand ce ne sont pas les chronos ou les médailles qui le prouvent, ce sont des applications dans l’air du temps qui s’en chargent. Au même titre qu’une story Instagram pour identifier son restaurant préféré, le partage de ses performances depuis des applications telles que Strava ou Nike Run Club est devenu un véritable réflexe. Des plateformes qui ont également cerné le pouvoir rassembleur du running, en mettant en contact des milliers de coureurs. C’est bien simple : avec ses 150 millions d’athlètes provenant d’une trentaine de pratiques sportives, l’application américaine Strava est aujourd’hui considérée comme un média social, au même titre que Facebook, Instagram ou LinkedIn.

Ils étaient près de 50 000 participants le 8 mars dernier pour le semi-marathon de Paris.©AFP

Une réponse accessible au stress

Au-delà de faire des économies, si l’on oublie les accessoires, le running présente également l’avantage d’avoir de nombreux bienfaits. Si ses vertus physiques semblent évidentes, de nombreuses études suggèrent que le running peut également améliorer la santé mentale. Tandis que l’on court, notre cerveau produit naturellement des substances chimiques qui influencent nos émotions et notre bien-être, comme les endorphines, surnommées « hormones du bonheur », qui procurent une sensation de plaisir et réduisent la douleur.

Viennent également la dopamine, essentielle à la motivation et au plaisir, et souvent insuffisante chez les personnes souffrant de dépression, ou encore la sérotonine, un neurotransmetteur clé pour la régulation de l’humeur et du sommeil. Des recherches démontrent également que 30 minutes de jogging à intensité modérée augmentent la production de ces neurotransmetteurs chez les coureurs, et aident ainsi à réduire le stress, l’anxiété et les pensées négatives.

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S’il convient d’être attentif, parce que le sport n’est pas LA solution miracle à tous les maux, la course à pied s’avère particulièrement puissante sur le terrain de la confiance en soi. Courir 5 km quand on se pensait incapable de courir 10 minutes, préparer un 10 km, un semi, voire un marathon, ou encore tenir un plan d’entraînement malgré les doutes sont autant de défis qui envoient un message fort au cerveau : « J’en suis capable. »

Se mettre en difficulté physiquement permet également de développer des ressources mentales, utiles face aux difficultés et défis de la vie quotidienne. Si cela peut sembler paradoxal lorsque l’on parle des grands marathons qui sont courus à Paris, Rome ou encore New York, et donc sur du bitume au milieu des bâtiments, la course à pied est une échappatoire. Ce besoin d’échapper au rythme « métro, boulot, dodo », à l’oppression du bureau ou à la pollution se matérialise par le simple fait de chausser des baskets.

Un geste ô combien simple, qui vient également mettre en avant l’autre grande force du running : sa simplicité d’accès. Du sportif aguerri au novice désireux de tenir ses bonnes résolutions, l’activité s’adresse à une foule de profils variés. Tous différents, selon la paire de baskets ou le défi que l’on s’impose, mais réunis par un même objectif : se dépasser.

Bien plus qu’un sport, un récit de transformation

Si la satisfaction vient en courant et en progressant, la motivation peut, quant à elle, surgir de n’importe où. Évoquées plus haut, les applications telles que Strava ou Nike Run Club encouragent, involontairement ou pas, cette envie de défier cet ami ou cette connaissance qui a fait un super chrono. Pour les plus traditionnels, la motivation est à trouver dans les livres d’histoire.

En 490 avant J.-C., un Hellène (habitant de la Grèce antique) du nom de Philippidès aurait ainsi couru jusqu’à Athènes sur une distance d’environ 40 km. La raison ? Le jeune homme voulait annoncer la victoire contre les Perses à l’issue d’une bataille lors de la première guerre médique. Le nom de cette bataille ? Marathon !

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Lorsque les Jeux olympiques renaissent en 1896 à Athènes, le marathon fait partie des neuf sports au programme. Avec un dénouement épique : un berger grec du nom de Spyrídon Loúis devient le tout premier champion olympique de marathon, en 2 heures 58 minutes et 50 secondes. Dès lors, l’épreuve devient un rendez-vous acclamé, qui donne naissance à des histoires rocambolesques : du Français Michel Théato, champion olympique en 1900 à l’épopée d’Alain Mimoun, qui décroche la médaille d’or du marathon des Jeux de Melbourne 1956, en passant par l’Éthiopien Abebe Bikila, qui remporte l’épreuve aux Jeux de Rome de 1960 en courant pieds nus – devenant par la même occasion le premier Africain à remporter une médaille d’or aux Jeux olympiques.

Considéré comme l’un des plus grands marathoniens de tous les temps, Abebe Bikila ne doit sa présence aux Jeux de 1960 qu’à un coup de pouce du destin.©Getty Images

Autre preuve, ou plutôt un nom, qui démontre que le marathon est aussi vecteur de dépassement de soi et d’exploits : Jacqueline Courtade est une totale inconnue dans le milieu du marathon et du sport. Mais, en 1983, c’est bien elle qui remporte le marathon de Paris, en 2 heures, 58 minutes et 14 secondes.

Autant d’histoires qui poussent certains à laisser, à leur tour, une trace dans l’histoire, en participant, par exemple, au six « majors », c’est-à-dire les six grandes épreuves du circuit World Marathon Majors : le marathon de Boston, le plus ancien, et ceux de New York, de Londres, de Berlin, de Chicago et enfin de Tokyo, symbole de la passion japonaise pour la course. Sans oublier des défis encore plus fous, comme le Marathon des sables, qui consiste à courir dans le désert, ou l’Antarctic Ice Marathon, qui demande le même effort, mais sur la glace.

Quand la course motive aussi la culture

Poids de l’histoire, popularité grandissante, un sujet aussi bien sportif que social : le marathon ne fascine pas seulement les plus sportifs prêts à relever le défi, il inspire également. Entre deux visionnages de Marathon Man (1976), adaptation du  roman éponyme de William Goldman paru un an plus tôt, ou de Brittany Runs a Marathon, les œuvres marquantes à dévorer ne manquent pas. Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Haruki Murakami, véritable méditation sur la discipline et la création, ou encore Born to run, ouvrage incontournable dans le monde de la course à pied. Dans ce dernier, l’auteur Christopher McDougall embarque les lecteurs dans une quête de la course à pied la plus minimaliste possible : tout commence par une douleur aux pieds quand il court.

Inspiré d’une histoire vraie et primé au festival de Sundance, le film Brittany Runs a Marathon suit la vie d’une jeune femme qui, après de trop nombreux excès, se voit contrainte de faire du sport tout en y prenant goût.©Amazon Studios

Dès lors, commence un voyage à la recherche de la tribu des Tarahumaras dans les inaccessibles Copper Canyons du Mexique, auprès de ces hommes capables de courir 200 km sous 50 °C avec des sandales. À l’heure où la course s’ouvre à un public de plus en plus large, on peut également se pencher sur Le corps, le mouvement, la liberté, dans lequel l’écrivaine et réalisatrice Isabelle Fougère met en lumière les sportives, celles dont la place est souvent reléguée au second plan. L’occasion de découvrir le parcours de 50 championnes inspirantes, à commencer par celui de Marie-José Perec, triple championne olympique.

Des récits qui rappellent avant tout que le marathon est devenu bien plus qu’une compétition : c’est une expérience narrative et intime, qui permet de se réinventer. Dans un monde où tout va vite, courir 10, 21 ou 42 kilomètres est simplement une façon de reprendre le contrôle de son propre rythme.

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