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Un coup de hache dans la tête, de Raphaël Gaillard : les tribulations d’un psychiatre entre folie et créativité

24 décembre 2021
Par Sophie Benard
Raphaël Gaillard.
Raphaël Gaillard. ©TDR

[Rentrée littéraire] Raphaël Gaillard est psychiatre et chercheur. Un coup de hache dans la tête explore d’une plume élégante les liens entre la folie et la créativité.

Raphaël Gaillard partage son temps entre le soin et la recherche : il est directeur du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’hôpital Saint-Anne et de l’université de Paris. S’il est loin d’être le premier intellectuel à s’intéresser aux mystères de ce que nous appelons pudiquement les « troubles mentaux » – on pense évidemment à Michel Foucault et son imposante Histoire de la folie à l’âge classique (Gallimard, 1976) – Raphaël Gaillard en est, sans aucun doute, un éminent spécialiste.

Un coup de hache dans la tête repose sur une question : quels sont les liens entre la folie et la créativité ? En scientifique expérimenté, l’auteur présente, tout au long de son texte, des hypothèses qu’il prend le temps d’examiner avant de les invalider et d’en proposer de nouvelles. Et si la tentation est grande de fantasmer des liens étroits entre troubles mentaux et créativité, le médecin rappelle que la maladie est incapacitante et que la profonde souffrance ne peut être qu’un frein à la création.

Le métier de psychiatre a ceci d’étrange qu’il sème le doute. Un doute qui interroge les fondements de notre rapport au réel.

Raphaël Gaillard
Un coup de hache dans la tête

Sous la plume de Raphaël Gaillard, la rigueur scientifique n’a rien de rébarbatif : le spécialiste qu’il est ne fait pas l’impasse sur le travail de la langue, et son écriture habille élégamment ses raisonnements. Pédagogique mais pas vulgaire, le psychiatre examine ainsi ce que les sciences cognitives ont apporté à la connaissance globale des troubles mentaux et de leurs origines, revient sur le dualisme corps/esprit dont il est si difficile, intellectuellement, de se défaire.

Et si sa culture scientifique est évidemment d’une rare ampleur, il fait montre d’une honorable culture littéraire et artistique – qui sert autant son propos que son expérience de médecin et que ses savoirs de chercheurs. C’est ainsi qu’il s’intéresse, par exemple, aux mythes et personnages de l’Antiquité grecque, au mouvements littéraires romantique et surréaliste. Au fil des pages et alors qu’il flirt avec la philosophie, sa pensée délicate et empathique se déploie pour rappeler que si la maladie mentale marginalise souvent celles et ceux qu’elle atteint, elle dit pourtant « la trame de nos existences », « ce qui est au centre de notre condition humaine ».

Un coup de hache dans la tête, de Raphaël Gaillard. En librairie le 05/01/2021.

Un coup de hache dans la tête se termine par un épilogue sous forme de manifeste : dans une adresse à ses collègues et futurs collègues psychiatres ou psychologues, il rappelle l’importance de la recherche dans le soin, puisque les protocoles et consensus évoluent au fur et à mesure des découvertes. Surtout, il constate que l’accès des soignants aux troubles mentaux repose uniquement sur les récits qu’en livrent les patients : c’est pourquoi si la discipline psychiatrique ne peut se passer des sciences, elle doit rester imprégnée de textes et de littérature. Quoi de plus efficace que les livres, en effet, pour apprendre à appréhender les récits ? Puisqu’ « un psychiatre est confronté chaque jour ou presque aux grandes figures de la littérature sous les traits de ses patients », « il n’est pas de bon psychiatre qui ne soit bon lecteur ».

Raphaël Gaillard, Un coup de hache dans la tête, Grasset, 256 p., 19,50 €. En librairie le 05/01/2021.

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Article rédigé par
Sophie Benard
Sophie Benard
Journaliste