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Les mangas et animes japonais en prise de vue réelle : ça passe ou ça casse ?

07 décembre 2021
Par Thomas Laborde
La tentative d’adaptation en série est intéressante mais finalement décevante.
La tentative d’adaptation en série est intéressante mais finalement décevante. ©Netflix

L’anime Cowboy Bebop a chamboulé la vie de millions d’ados dans les années 1990. Mais son adaptation en prise de vue réelle sur Netflix ne bouleversera pas grand monde. Cependant, certaines transpositions de mangas à l’écran en valent la peine.

Encore une. Encore une série américaine qui adapte une création japonaise. Non pas qu’on se lasse, on aurait plutôt tendance à être vorace et curieux. Mais toucher à l’enfance et aux membres de son panthéon, c’est délicat. Pour la génération du Club Dorothée (dont les accros à Pokémon et les dingues de bandes dessinées nippones), l’animation japonaise et les mangas, ça compte, ça touche, ça pèse. Beaucoup. Ils ont été déçus par l’affreuse adaptation américaine de Death Note, cette histoire d’un gamin quelconque qui trouve un cahier qui lui permet de tuer certaines personnes. Incroyable manga, magnifique anime, mais film décevant. Et voilà que Netflix, obsédé par les remakes et adaptations, propose Cowboy Bebop en live action (c’est-à-dire en prise de vue réelle). Bien sûr, la curiosité est piquée. On ne se refait pas.

Des cow-boys au cuir pas assez épais

Cowboy Bebop, c’est un délicieux anime de la fin des années 1990. Un manga aussi, moins connu. On y suivait trois chasseurs de prime dans l’espace, les fameux cow-boys, à bord de leur vaisseau Bebop en quête de petites frappes et gros poissons à la tête mise à prix. L’occasion de voir beaucoup de bastons et de se frotter un peu à des fantômes du passé. C’était (et c’est toujours) irrévérencieux, drôle, jazzy, plutôt violent, cynique, ultrastylisé. Barré comme il faut pour régaler autant les ados que les adultes.

On a rarement vu un anime aussi cool et déjanté que Cowboy Bebop.©Sunrise

Curiosité piquée… Déception hameçonnée. Oui, la série live action comporte son lot de références aux origines, notamment dans les décors. Mais la tentative tombe à l’eau. Et avec elle l’insolence et l’essence de l’anime. L’auteur originel, Shin’ichiro Watanabe, a pourtant servi de consultant, et la compositrice originelle, Yoko Kanno, s’est chargée de la musique. Mais, rien à faire, le Cowboy Bebop de Netflix divertit un peu mais agace pas mal. Surtout dans le ton proposé : une fausse ironie qui semble destinée à se moquer de l’anime culte des années 1990.

Pourtant, certaines transpositions de mangas à l’écran sont fabuleuses. C’est même un spécialiste qui l’assure : « Edge Of Tomorrow, de Doug Liman avec Emily Blunt et Tom Cruise, c’est l’adaptation parfaite d’un récit japonais, une réflexion assez profonde sur ce qu’est un héros, une histoire, une fin, salue Julien Bouvard, maître de conférences en études japonaises à l’université Lyon 3. Ce n’est pas un manga, c’est un roman imagé, mais qui appartient à la même culture. Un autre show génialissime, c’est le Speed Racer des sœurs Wachowski (réalisatrices de la saga Matrix, NDLR). Absolument gigantesque. Il y a un point de vue, un propos et, au fond, la nature japonaise de l’œuvre compte assez peu. »

Le contemplatif, aspect important du manga, à la trappe

Beaucoup de créations japonaises adaptées à l’étranger reposent sur des univers intergalactiques, fantastiques, imaginaires. De la science-fiction où les identités sont vagues, l’ethnie des personnages n’est pas forcément claire et définie par un passeport. Les personnages viennent d’un peu partout, surtout d’ailleurs, et peuvent être incarnés par n’importe qui, sans distinction d’origine. Le problème réside parfois dans l’essence même d’une création. « Souvent, Hollywood passe à côté d’un aspect primordial des mangas : le contemplatif, le méditatif », déplore Julien Bouvard.

Edge Of Tomorrow, adaptation à l’américaine d’une création littéraire japonaise, est un grand film, d’une profondeur rare.©Warner Bros

Si le phénomène semble s’amplifier en Occident, il n’est pas nouveau en Asie. Depuis quelques décennies, le Japon et ses voisins adaptent des mangas. Beaucoup l’ont oublié, peut-être ne l’ont-ils jamais su, mais le chef-d’œuvre coréen Old Boy est adapté d’une BD japonaise. « Il y a une vraie circulation entre les pays en Asie, appuie Julien Bouvard, passionné par le Japon depuis le Club Dorothée de son enfance. La majorité des transformations, des métamorphoses de ces mangas en drama, en série TV, en film live action ne sont pas distribuées chez nous ! Parce que le marché est surtout basé sur une vision américaine des choses. Il faut que les acteurs et les lieux correspondent aux spectateurs occidentaux. » Il recommande vivement Ichi The Killer, de Takashi Miike – « un réalisateur très connu là-bas pour une adaptation emblématique » –, Alice In Borderland, qui est une sacrée réussite, et Liar Game.

La question de la légitimité culturelle

Le fait est que ces adaptations, réussies ou non, permettent de diffuser la culture manga. « Il ne faut pas négliger le fait que, même au Japon, il y a une part du public qui n’aime pas trop la bande dessinée et le manga. Mais il y a quand même une envie de connaître cette histoire dont tout le monde parle et on va se tourner vers l’adaptation pour avoir un petit point de vue dessus », souligne Julien Bouvard. Ces live action poussent les spectateurs à regarder l’histoire, mais aussi à la lire. « En Occident, le fait de transformer un objet culturel en film et de le diffuser au cinéma ou sur Netflix a aussi tendance à donner une légitimité à quelque chose qui n’en avait pas forcément. C’est une sorte d’aboutissement et on se penche dessus. »

Ichi The Killer fait partie des adaptations japonaises réussies qui ne sont pas distribuées en France.©Alamy

One Piece, cette enivrante épopée d’un gamin qui se rêve grand pirate dans un monde de pouvoirs magiques, débarque bientôt aussi en live action. Après l’échec de Cowboy Bebop, tous les yeux sont tournés vers Netflix. La plateforme au grand N s’attaque à un monument, et les fans l’attendent au tournant.

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Article rédigé par
Thomas Laborde
Thomas Laborde
Journaliste
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