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C’est quoi X, le projet de super app d’Elon Musk ?

12 novembre 2022
Par Kesso Diallo
Elon Musk prévoit d'utiliser Twitter pour son projet de super app.
Elon Musk prévoit d'utiliser Twitter pour son projet de super app. ©kovop58/Shutterstock

Après avoir racheté Twitter, Elon Musk ambitionne d’utiliser le réseau social pour concevoir une super application. Explications.

Propriétaire de Twitter depuis peu, Elon Musk prévoit d’apporter de multiples changements au réseau social, notamment au niveau de la modération des contenus. Cependant, avant même de racheter la plateforme, le multimilliardaire a évoqué un autre projet : « Acheter Twitter va accélérer la création de X, l’application à tout faire », a tweeté l’entrepreneur début octobre, alors qu’il venait à nouveau de changer d’avis sur cette acquisition. Elon Musk souhaite ainsi créer une super app, mais à quoi celle-ci pourrait ressembler et ce projet est-il vraiment réalisable ?

Un concept populaire en Asie

Avant de parler de X, revenons sur le concept de super app. Il s’agit d’une application fournissant divers services utilisés dans la vie de tous les jours. Elle permet par exemple de discuter avec des amis, lire l’actualité ou encore de régler des achats en magasin. Pour son application capable de tout faire, Elon Musk s’est inspiré de WeChat en Chine. « Vous vivez essentiellement sur WeChat en Chine. Si nous pouvons recréer cela avec Twitter, nous aurons un grand succès », avait déclaré le patron de Tesla lors d’une réunion virtuelle avec les employés de l’entreprise en juin.

WeChat est passée de simple messagerie à une appli offrant plusieurs services, dont le paiement en magasin.©Sorbis / Shutterstock

WeChat est l’exemple le plus connu parmi les super apps. Étant à l’origine une application de messagerie instantanée, elle peut aujourd’hui être utilisée pour, entre autres, discuter, payer ses factures, prendre rendez-vous chez le médecin, commander un taxi et même entamer une procédure de divorce. Elle compte plus de 1,2 milliard d’utilisateurs actifs mensuels selon Statista. Outre WeChat, d’autres « applications à tout faire » existent en Asie, à l’instar de Grab à Singapour, avec laquelle il est possible de se faire livrer de la nourriture, d’envoyer des colis ou de réserver un hôtel. De même, Line au Japon permet aux utilisateurs de téléphoner et d’envoyer des messages, mais aussi d’écouter de la musique, de lire l’actualité et d’effectuer des recherches sur Internet.

Vers des super applications en Occident

Ces super apps sont très présentes en Asie, mais elles n’existent pas en Occident. « Il n’y a pas d’équivalent WeChat en dehors de la Chine », avait d’ailleurs déclaré Elon Musk lors de la réunion virtuelle avec les employés de Twitter. Néanmoins, des applications cherchent à se rapprocher de ce modèle en proposant certaines fonctionnalités. Tel est le cas de WhatsApp, la messagerie de Meta, qui permet aux utilisateurs en Inde et au Brésil d’envoyer et de recevoir de l’argent. De même, avec Messenger, qui appartient aussi au groupe californien, il est possible de réserver et de payer un billet de train directement depuis l’application grâce au chatbot de la SNCF.

Elon Musk projette, lui, de créer une application similaire à WeChat, qui serait baptisée X. Au départ, X était le nom d’une banque en ligne cofondée par le milliardaire en 1999, qui a ensuite fusionné avec PayPal. En 2017, l’entrepreneur a racheté le nom de domaine X.com à PayPal, mais, à l’heure actuelle, le site se contente d’afficher un « x ».

Un projet loin d’être réalisable

Malgré sa volonté, le projet d’Elon Musk a peu de chances de voir le jour, car, s’il n’existe pas de super app occidentale aujourd’hui, c’est surtout pour une question de concurrence. Les différents services qu’on trouve sur WeChat, Grab ou Line sont en effet répartis dans différentes applications : Apple et Google proposent des solutions de paiement mobile, Meta est présent sur le marché des réseaux sociaux et des messageries avec Facebook ou WhatsApp, etc. « En Chine, il n’y a pas vraiment le même problème. Au contraire, le terrain de jeu est idéal, il y a peu de concurrence occidentale, le marché est gigantesque et, finalement, il n’y a pas de lois antritust comparables à celles qu’on peut retrouver en Occident, qui pourraient empêcher les groupes chinois de concentrer les activités qu’ils souhaitent », a récemment expliqué Maxime Recoquillé, journaliste tech chez L’Express.

Le projet d’Elon Musk n’est pas compatible avec les lois sur la concurrence de plusieurs pays occidentaux. Au sein de l’Union européenne par exemple, la réglementation en vigueur vise à « assurer des conditions justes et équitables aux entreprises, tout en favorisant l’innovation, l’harmonisation des normes et le développement des petites et moyennes entreprises ». La Commission européenne, qui se charge de contrôler les pratiques anticoncurrentielles, peut ainsi infliger des amendes aux entreprises qui s’en rendent coupables, ce qui aurait – d’après les mêmes entreprises – pour conséquence de limiter le choix des consommateurs.

Après une enquête ouverte en juin 2020, la Commission a par exemple informé Apple en mai qu’elle soupçonnait la société d’abuser de sa position dominante dans les paiements sans contact, en empêchant des solutions concurrentes de fonctionner sur ses appareils. Dans le cas où la firme serait reconnue coupable et ne remédierait pas à ses pratiques, elle s’exposerait à des amendes pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires annuel. Avec les lois antitrust visant à lutter contre des monopoles, il est ainsi peu probable qu’Elon Musk puisse développer un WeChat occidental.

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Article rédigé par
Kesso Diallo
Kesso Diallo
Journaliste