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Mouvement low-tech, début d’une autre abondance ?

09 septembre 2022
Par Marion Piasecki
Fabriquer un ordinateur basique pour quelques dizaines d'euros avec du matériel de récupération, c'est l'un des nombreux tutos du Low-Tech Lab.
Fabriquer un ordinateur basique pour quelques dizaines d'euros avec du matériel de récupération, c'est l'un des nombreux tutos du Low-Tech Lab. ©Low-Tech Lab

À l’heure où de plus en plus d’objets sont connectés, certains cherchent à innover dans une autre direction avec des appareils simples, écologiques et accessibles.

Le 24 août, Emmanuel Macron avait déclenché une polémique en signalant la « fin de l’abondance ». Changement climatique, sécheresse, envol du coût de l’énergie… L’heure est à la sobriété, qu’on le veuille ou non. Depuis une dizaine d’années, un courant low-tech se développe en France pour n’utiliser les technologies que quand c’est nécessaire et remettre en question la course aux nouvelles technologies.

C’est quoi la low-tech ?

La low-tech n’est pas un courant antitechnologies, mais demande de changer complètement de perspective sur la manière de les utiliser. Selon le manifeste du Low Tech Lab, ce mouvement peut se définir par plusieurs principes : « Questionner nos besoins » (choisir la méthode la plus écologique au lieu de la méthode la plus facile/la moins chère), « Changer notre relation à la technologie » (ne pas miser systématiquement sur des solutions technologiques) et « Remettre en question le modèle de société qui soutient [la technologie] », pour réapprendre à trouver des solutions plus sobres et naturelles quand c’est pertinent.

Plus concrètement, cela revient à utiliser des objets en matériaux simples, avec une longue durée de vie, réparables, recyclables et accessibles. Un vélo avec une remorque, un four solaire et un système de récupération d’eau de pluie sont des exemples d’appareils low-tech. Dans la riche rubrique tutos du Low Tech Lab existent aussi des inventions plus créatives, comme un mixeur ou une machine à laver qui fonctionnent sans électricité grâce à un pédalier. Fabriquer de telles machines n’est pas forcément à la portée des bricoleurs débutants et peut nécessiter de se rapprocher de personnes plus expérimentées. C’est pour cela qu’il existe des annuaires des acteurs low-tech, ainsi qu’un festival et un magazine, pour créer des réseaux d’entraide et rendre cette transition d’autant plus facile et positive.

Ce four à fabriquer soi-même permet d’atteindre une centaine de degrés uniquement grâce au soleil.©David M./Low Tech Lab

Les actions individuelles suffisent-elles ?

Remettre en question l’omniprésence des technologies est une bonne chose pour notre consommation d’électricité et pour la planète. Après tout, qui ne s’est jamais moqué d’un objet inutilement connecté ? Mais pour mieux comprendre notre consommation d’énergie et notre empreinte carbone, il faut aussi voir plus loin. « Il faut aller au bout du raisonnement, notamment sur la notion de sobriété, expliquait ainsi Matthieu Auzanneau du Shift Project en mars dernier. Je ne demande pas aux gens qui n’ont rien de se serrer la ceinture, c’est la société dans son ensemble qui doit évoluer. C’est la société qui doit investir pour que l’on puisse continuer à se déplacer librement, mais avec des impacts bien plus faibles. »

En moyenne, un Français a une empreinte carbone de 9,9 tonnes d’équivalent CO2 (CO2eq) par an. La part la plus importante ne revient pas à la consommation d’électricité et aux appareils numériques, mais à l’utilisation de la voiture (2 tonnes CO2eq). Cependant, il est actuellement difficile de se déplacer autrement en dehors des grandes villes. Culpabiliser les citoyens à titre individuel n’a donc pas vraiment d’intérêt, contrairement au développement de solutions collectives comme un système de transports en commun. Atteindre l’objectif des Accords de Paris de 2 tonnes CO2eq par personne par an est d’ailleurs impossible pour le moment, parce que la dépense publique est déjà d’1,4 tonne CO2eq par personne. Pour y arriver, chacun doit donc faire des efforts (même les grands patrons et les stars), y compris l’administration et les industries.

Quant à baisser sa consommation d’électricité liée aux appareils numériques, ce n’est pas synonyme de restriction ou de corvée : organiser une soirée cinéma ou jeux de société en famille plutôt qu’être chacun sur sa tablette ou son ordinateur, baisser la qualité de la vidéo au minimum sur YouTube ou Twitch quand on se contente de l’écouter, ou encore réduire son temps d’utilisation du smartphone et des réseaux sociaux. C’est bon pour la planète et pour la santé mentale, alors pourquoi s’en priver ?

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Journaliste
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