Vous aimez lire la littérature africaine et caribéenne mais vous pensez avoir fait le tour des écrivains et écrivaines en vogue, de plus les mêmes thèmes reviennent sans cesse. Vous souhaitez voyager et découvrir de nouveaux horizons et de nouvelles plumes. Avez-vous déjà exploré les littératures afro-caribéennes avec quelques autrices (de niche) ?
Introduction
Et si vous vous lanciez avec des femmes incontournables de ces littératures, des femmes que vous n’avez certainement pas encore lues, et dont vous n’avez peut-être jamais entendues parler ?
Pour les fans d’histoire
Dans La Danse sur le volcan, Marie Vieux-Chauvet est une écrivaine haïtienne qui nous raconte Saint-Domingue, Haïti (Ayiti) à la veille de la prise de la Bastille (en France) et d’une Révolution fulgurante au sein de cette ancienne colonie française, à travers les yeux de Minette. Cette (très) jeune cantatrice découvre que sa mère est en fait une affranchie marquée physique par les coups de fouet de son ancien maître, et que la vie à Saint-Domingue est aussi bercée de luttes invisibles, même sur les planches du théâtre. Pourtant, c’est à travers tout cela que Minette va apprendre à naviguer dans la vie de cette future nation libre.
Au sein de son tryptique Amour, Colère et Folie, l’autrice nous propulse au sein de trois histoires différentes sous des dictatures effroyables. D’abord Amour, le premier tableau, qui nous plonge dans le journal intime de Claire qui est secrètement amoureuse de son beau-frère, et rongée par des désirs profonds pour celui-ci, mais qui reste une très grande observatrice bourgeoise de la société de l’époque et des agissements des miliciens et des voisins sous le joug du dictateur actuel. Le deuxième volet, lui, décrit la descente aux enfers d’une famille qui va devoir sacrifier leur fille afin d’éviter de perdre leurs terres qui sont réquisitionnées par les hommes de main des autorités de l’époque. Colère raconte une jeunesse sacrifiée, une famille avilie et surtout une société effondrée. Folie, le dernier panneau, nous immerge dans la démence d’un groupe d’artistes qui pensent que la police est là, à leurs trousses.
Pour les férus de fresque familiale
Hemley Boum propose une fresque familiale du Pays Bassa pour une lutte certaine vers l’indépendance du pays. Un jeune homme nommé Ruben Um Nyobé se veut le leader d’une lutte qu’il propage… L’autrice camerounaise nous invite à considérer ceux et celles qui ne sont pas remarqués, nommés lors des grands évènements historiques avec son roman Les maquisards. Voix puissante de la littérature africaine francophone, l’auteure mêle souvent la Grande Histoire aux histoires intimes, familiales et intergénérationnelles. De plus, la nouvelle réédition de ce texte nous permet de bénéficier d’un arbre généalogique afin de mieux naviguer dans l’histoire.
Pour les adeptes de fantastique
Offrez-vous une parenthèse avec le réalisme magique des vies de La sirène de Black Conch de Monique Roffey. Aycayia est la créature de l’eau qui a été (re)pêchée par les marins états-uniens qui viennent très souvent s’enrichir grâce aux précieuses trouvailles d’une petite ville portuaire au sein des Antilles et de la Caraïbe. Elle n’est évidemment pas sous une forme totalement humaine, mais n’a-t-elle pas connue une autre vie à la suite de la transformation de son enveloppe charnelle que David va également découvrir au fin fond de sa baignoire après l’avoir libérée ? Au sein de ce roman ce sont la cosmogonie de la Caraïbe et l’imaginaire des habitants d’autrefois que nous (re)découvrons sans oublier les diversités culturelles et linguistiques de ces territoires.
Pour un lectorat adepte de liberté
Buchi Emecheta est une écrivaine qui nous a quitté il y a quelques années (2017), mais qui nous laisse un patrimoine culturel et littéraire très intéressant. En effet, Buchi Emecheta nous lègue environ 7 romans très riches dont Citoyen de seconde zone. Un livre qui nous raconte une partie de son histoire et ses diverses luttes pour son émancipation : sa naissance au Nigéria en tant que jeune fille igbo, son combat pour son éducation et enfin son mariage et sa venue en Angleterre ; sans oublier sa vie de couple très tourmentée. Au sein de ce roman autobiographique nous découvrons également un Nigéria déchiré par les ethnies, les classes sociales et la hiérarchie des sexes d’où le titre très révélateur. Mais qu’est-ce qu’un citoyen ou une citoyenne de seconde zone ?
Les thèmes abordés au sein de l’œuvre de l’autrice sont généralement la maternité, oscillant entre la bénédiction d’être mère et la malédiction d’être emprisonnée, l’éducation comme moyen d’émancipation et les différents chocs culturels à la suite d’un voyage en Occident (généralement en Angleterre, au Royaume-Uni) et le racisme systémique, sans oublier l’isolement des femmes de la diaspora.
De la même romancière, Le corps à corps est un court roman pour découvrir l’histoire de la guerre du Biafra.
Pour des questions féminines et/ou féministes
Kopano Matlwa, elle, est une écrivaine sud-africaine qui nous invite à nous questionner sur la xénophobie (le racisme inter-africain), le quotidien de femmes dans cette région du monde sans oublier les pathologies qui pourraient toucher toutes personnes ayant un cycle. En effet, dans Règles douloureuses le personnage principal est une jeune femme qui devient médecin et s’interroge sur les conditions de ses patients et surtout de ses patientes afin de fournir de meilleurs soins. Elle est également atteinte d’une pathologie féminine chronique et hormonale, l’endométriose, et elle souffre énormément au quotidien et le sang ne cesse de maculer ce quotidien déjà très difficile. Le thème du sang est très présent car ce précieux liquide que nous partageons tous ne cesse de couler et ne cesse de se répandre. Car le pays post Apartheid doit guérir et se reconstituer, se rétablir. Qu’en est-il de la construction de cette nation Arc-en-ciel ?
Les thématiques de prédilection de l’autrice sont généralement les souffrances des femmes, les maltraitances de celles-ci au sein des milieux hospitaliers et le dialogue avec soi-même (avec un texte rédigé à la manière d’un journal intime, qui pourrait également être une conversation avec un être supérieur : Dieu).
On vous recommande notamment Coconut.
Pour une critique de l’Occident
Notre Sœur Rabat-Joie, Médiations obliques d’une noire d’Ama Ata Aidoo vient d’être publié pour la première fois en français. Ce roman est une réflexion sceptique des avantages d’un séjour en Occident (ici en Allemagne puis en Angleterre) d’une jeune étudiante noire dans le Ghana des premières années de l’indépendance à la suite de l’obtention d’une bourse. Un miroir d’une société blanche où les relations des Africains et Africaines et de l’Occident sont très souvent façonnés par les structures de domination… Un texte cependant parfois drôle et perlé de prose.