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« Narrative non-fiction », entre journalisme et littérature intime

06 février 2019
Par Lucas
« Narrative non-fiction », entre journalisme et littérature intime

Plébiscité aux États-Unis depuis plus d’un demi-siècle, le genre appelé « narrative non-fiction » (qui pourrait se traduire par journalisme narratif) a le vent en poupe. Le nouveau livre de Florence Aubenas, L’inconnu de la poste (Ed. de l’Olivier, sortie le 7 février) est une preuve supplémentaire de cet engouement du public pour cette écriture mêlant investigation et récit intime.

De-sang-froidTruman Capote, le taulier

Si la tradition des journalistes-écrivains ne date pas d’hier, que ce soit aux États-Unis ou en France, celle qui a été baptisée « narrative non-fiction » est encore jeune. « L’inventeur » de ce genre mêlant le journalisme d’investigation à création littéraire n’est autre que Truman Capote. Son livre culte, De Sang-froid (1966), est un ovni, entre enquête policière et portrait psychologique des accusés. Depuis, les auteurs américains ont pris le relais comme Norman Mailer ou Janel Malcolm.

Florence Aubenas, la référenceL-Inconnu-de-la-poste florence aubenas

Du côté de nos frontières, le genre a pris de l’ampleur. Outre les mook comme Revue XXI qui flirtent avec le journalisme de récit, ce sont les récits d’Emmanuel Carrère et ceux de Florence Aubenas qui s’imposent en librairies. La journaliste au Monde sort un nouveau livre baptisé L’Inconnu de la poste.  Son sujet : le meurtre de Catherine Burgod, gérante de la poste de Montréal-la-Cluse, dans l’Ain, tuée de 28 coups de couteaux en 2008. Ici, l’écriture d’un fait divers est un (bon) prétexte pour raconter la vie du présumé meurtrier pas comme les autres. Arrêté en 2013, puis relâché trois ans plus tard, Gérald Thomassin n’est autre qu’un ancien grand espoir du cinéma, récompensé d’un César en 1990. Le portrait, particulièrement poignant et clairvoyant, donne de l’humanité à cet homme au parcours chaotique.

L-empreinte lesnevichEmpreinte marquante

Le boom du « narrative non-fiction » est également incarné par un autre livre-phénomène, celui écrit par Alexandria Marzano-Lesnevich. L’Empreinte met en scène la vie de l’Américaine dans une affaire de pédophilie et l’assassinat d’un enfant en Louisiane. En investiguant sur ce dossier, la narratrice trouve un écho inattendu de sa propre histoire : celui d’avoir été abusée sexuellement par son grand-père. Deux genres se mélangent, celui de l’enquête et du récit intime et autobiographique. Cette histoire secoue et laisse une trace indélébile…

Rouge sangUne-partie-rouge

Autre succès récent qui met en scène à la fois un fait divers et un témoignage familial, celui du livre Une Partie Rouge, de Maggie Nelson. Critique d’art et essayiste de renom, l’Américaine s’apprête à sortir un livre en 2004 sur l’assassinat de sa tante, disparue 35 ans plus tôt. Mais un test ADN change la donne et la police trouve un nouveau suspect. S’ensuit alors un long procès qui ravive les souvenirs endeuillés de sa grande sœur, de ses parents et de son grand-père. Sans l’avoir connue de son vivant, l’auteure s’identifie pleinement à cette tante qui lui ressemble beaucoup dans la personnalité. Rythmé comme un roman policier, le livre exploite merveilleusement ce genre à part entière. 

Aller + loin : Écrire le fait divers : les écrivains sont dans de sales draps

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Lucas
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