C’est la nouvelle de cette année : vingt ans après son entrée fracassante au panthéon de la pop culture, « Le Diable s’habille en Prada » s’offre (enfin) un deuxième volet ce 29 avril 2026. Et si l’excitation est à son comble, c’est surtout pour les retrouvailles avec l’inimitable Miranda Priestly, incarnée par Meryl Streep. Mais comment cette rédactrice en chef, reine du mépris, a-t-elle fini par devenir l’icône de toute une génération ?
Introduction
Vingt ans après avoir terrorisé ses assistants à coups d’ignorance, Miranda Priestly (Meryl Streep) s’apprête à faire son grand retour au cinéma dans Le Diable s’habille en Prada 2.
Mais cette fois, le diable ne mène plus la danse. Au sein d’un magazine en pleine crise, malmené par le déclin du papier et les scandales à répétition, l’autorité de l’impitoyable rédactrice en chef vacille et les rapports de force s’inversent. Entre une Emily (Emily Blunt) devenue figure du luxe et Andy (Anne Hathaway) appelée à la rescousse, Miranda va devoir se battre pour survivre à une époque qu’elle a en partie modelée.
Décryptage d’une icône qui, entre deux sarcasmes, a redéfini les codes de la réussite au féminin.
La construction d’un mythe : d’Anna Wintour à Meryl Streep
« Oh, don’t be ridiculous Andrea, everybody wants this ». Pour comprendre le phénomène Miranda Priestly, il faut revenir à la genèse du personnage. Librement inspirée d’Anna Wintour, la mythique rédactrice en chef de l’édition américaine du magazine Vogue (qui a tiré sa révérence en 2025 après 40 ans de règne), Miranda n’est pas une simple patronne. Elle est la business woman par excellence.
Car au-delà de son apparente froideur, le personnage incarne une véritable réflexion sur l’exercice du pouvoir au féminin.
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Dirigeant le média Runway d’une main de maître, chacune de ses apparitions est une leçon de style mémorable. Brushing argenté impeccable, manteaux de fourrure jetés avec un mépris souverain et lunettes fumées comme rempart : elle ne se contente pas de suivre les tendances, elle les dicte.
Et qui de mieux que Meryl Streep, l’actrice aux mille visages, pour incarner cette monarque de la mode ? Adulée par la Gen Z, qui voit en elle l’incarnation ultime de l’ambition décomplexée, Streep est impériale en Priestly. Cynique et féroce, elle fascine autant qu’elle effraie, cristallisant à jamais le personnage de la mentore toxique que l’on adore détester.
Des répliques cinglantes au service du pouvoir
Qui n’a jamais rêvé de clore une discussion avec un fameux « That’s all » ? Qu’on se le dise honnêtement, si Miranda nous a tant marqués, outre ses looks et son attitude, c’est aussi (et surtout) grâce à ses répliques cinglantes.
De ses critiques acerbes sur les choix vestimentaires d’Andy à ses remarques assassines sur le manque de professionnalisme de ses équipes, Priestly a le verbe haut et affûté. Pourtant, bien que piquantes, ses réflexions se révèlent être de véritables leçons de vie. Car de la patronne tyrannique, Miranda n’en a que l’apparence.
Comme le soulignait le réalisateur David Frankel au magazine Entertainment Weekly : « J’ai présenté ma vision du film, selon laquelle Miranda est l’héroïne, et non la méchante, de l’histoire, et qu’il s’agit d’un récit sur le passage à l’âge adulte d’Andy, qui apprend ce qu’il faut pour exceller dans un domaine. »
En somme, si Miranda a longtemps subi un procès en méchanceté, c’est avant tout le résultat d’un biais de genre. En affichant une autorité sans filtre, elle bousculait des codes sociaux qui toléraient mal l’inflexibilité au féminin. Là où un homme aurait été perçu comme un leader « exigeant », la boss du Diable s’habille en Prada héritait injustement de l’étiquette de despote.
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L’héritage Priestly : un séisme culturel et féministe
Deux décennies après la sortie du Diable s’habille en Prada, le mythe Priestly perdure et a donné naissance à toute une lignée de descendantes. Car Miranda demeure emblématique.
Au-delà des réseaux sociaux qu’elle a envahis à coups de memes cultes, Miranda a totalement infusé la pop culture. On se souvient notamment de l’épisode Money de The Office, où un Michael Scott (Steve Carell) surexcité après avoir vu le film, s’improvisait rédacteur en chef. Une preuve (s’il en fallait) que Priestly est devenue une référence universelle de l’incarnation charismatique du pouvoir.
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Mais au-delà de la parodie, elle s’est surtout imposée en influence féministe. En façonnant cette image de femme dominante qui refuse de s’excuser d’exister, Miranda se réapproprie le pouvoir et bouscule les stéréotypes.
Comme le souligne Meryl Streep, ce personnage n’est pas l’objet d’un regard masculin qui attend d’elle douceur et conciliation : « Elle n’essaye pas de se faire bien voir, ce qui est toujours l’arme féminine par excellence dans toute situation où l’on veut obtenir ce que l’on veut, ce que mon amie Carrie Fisher appelait ‘le côté mielleux et flatteur’. » En brisant ce carcan du care et des clichés encore trop souvent associés au genre féminin, la rédactrice en chef de Runway devient une figure de résistance prouvant que l’autorité n’a ni besoin de parure, ni de sourires de façade pour être légitime.
En somme, si Miranda Priestly s’est imposée comme une icône aussi redoutée qu’admirée, c’est parce qu’avant d’être un simple personnage de cinéma, elle est surtout un véritable état d’esprit. Une figure empouvoirante qui traverse et inspire les générations.