Décryptage

Jim Morrison, cinquante ans après : une légende intacte, un héritage au présent

22 juin 2021
Par Mathieu M.
Jim Morrison, cinquante ans après : une légende intacte, un héritage au présent

Décédé à Paris le 3 juillet 1971, Jim Morrison emportait dans la tombe une part de la légende du rock’n’roll. Parolier de génie, chanteur immensément charismatique, véritable poète maudit, le chanteur des Doors continue, un demi-siècle après sa mort, d’exercer une totale fascination sur le public. Que dire de sa légende et de son héritage ?

Jim Morrison, sans compromis

Le 17 septembre 1967, les Doors font leur premier, et unique, passage, dans l’émission The Ed Sullivan Show, l’une des plus importantes des États-Unis. Durant les répétitions, les producteurs du programme demandent à Jim Morrison de changer le vers « Girl, We Couldn’t Get Much Higer » (« Chérie, on ne peut pas aller plus haut »), en « Girl, « Girl, We Couldn’t Get Much Better ». « Higher » pose en effet problème, il signifie en argot « défoncé ». Sur le moment, le chanteur accepte. Quelques minutes plus tard, en live, il prononce évidemment « Higher », et le groupe est banni à vie de l’émission.

The-Doors-Steelbook-Blu-ray-4K-Ultra-HDCet événement, rappelé par le film The Doors, avec Val Kilmer dans le rôle de Jim Morrison, donne une bonne idée du hold-up du chanteur sur le show-business, et de son refus des compromissions. Fils de militaire haut gradé, élève brillant, Jim Morrison arrive étudiant dans une Californie où émerge une contre-culture opposée au milieu conservateur dont il est issu.

Inscrit en cinéma à l’université, il se passionne pour la philosophie européenne, les films d’auteur, la poésie symboliste. Autant d’influences qu’il va progressivement injecter dans un projet musical : les Doors. De manière presque inconsciente, Morrison a en effet parlé des chansons qu’il écrivait à un ami, Ray Manzarek, et lui lit notamment Moonlight Drive. Son interlocuteur, musicien, sent tout de suite le potentiel de ce talent lyrical : la poésie de ce jeune beau gosse pourrait parfaitement se marier avec le rock, qui commence à s’intellectualiser en cette année 1965, grâce à des artistes comme Bob Dylan.

the doorsRay Manzarek finit par recruter John Densmore à la batterie puis le guitariste Robbie Krieger. Tous trois sont plutôt hippies, et leur musique tire vers le psychédélisme. Morrison, pour sa part, s’inspire largement de la beat generation et adule le blues. Son charisme naturel et sa façon de tout donner sur scène font aux Doors une réputation d’enfer sur la côte Ouest durant la fin de l’année 1966, juste avant la sortie de leur premier album The Doors.

Jim Morrison et les Doors, une carrière météoritique

Viré de scène à plusieurs reprises, pour des paroles jugées un peu trop provocantes et/ou des prises de drogue ostentatoires, Jim Morrison s’impose pourtant comme l’un des hommes capables de changer à jamais la musique en seulement cinq ans. D’abord, il introduit dans le rock de nouveaux thèmes, en tant que parolier : The End parle ouvertement de l’Œdipe, nombre de ses textes renvoient à de grands poètes (Alabama Song investit le théâtre de Bertolt Brecht, par exemple), et son mysticisme à fleur de peau commence à faire surface.

Waiting-For-The-SunVite surnommé le « roi lézard » (animal dont il tirera une chanson, The Celebration of the Lizard, qu’on trouve, de manière parcellaire sur Waiting for the Sun et intégrale sur Absolutely Live, dans une version totalement habitée et hurlante), Morrison s’imprègne en effet de la mythologie américaine et amérindienne. Au travers de ses trips sous différente substance, il aborde en effet les thèmes existentiels en usant de subtiles métaphores, et en réalisant une sorte de danse sauvage sur scène, comme un mouvement à l’intention des Dieux.

Avec une productivité impressionnante, les Doors accompagnent cette brutalité mystique avec les disques Strange Days, The Soft Parade, Morrison Hotel. Mais l’instabilité de leur chanteur semble difficile à gérer : alcoolique, addict, Jim Morrison multiplie les incartades, tant dans sa vie privée que dans ses apparitions publiques. Ne supportant pas la célébrité, il brave les limites de la censure sur scène et finit par être condamné pour outrage aux bonnes mœurs, après avoir mimé un acte sexuel en concert.

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Avant de partir pour Paris en 1971, il retrouve les Doors une dernière fois en studio, pour le chef-d’œuvre L.A. Woman, et un Riders on the Storm qui résume la carrière du roi lézard : le texte, le chant, et l’atmosphère sonore y mêlent contemplation existentielle et images fortes. Quelques semaines plus tard, Jim Morrison trouve la mort, non sans avoir enregistré quelques poèmes, mis en musique par les Doors et réunis à titre posthume dans l’album An American Prayer.

Jim Morrison : une grande influence sur le rock

La figure de Jim Morrison tranchait avec son époque : il a été l’un des premiers chanteurs de rock à utiliser une voix grave, quand les Beatles ou les Rolling Stones atteignaient plutôt des sommets dans les aigus. Cette tonalité a depuis beaucoup marqué la scène musicale. De Tom Waits à Nick Cave, nombreux sont ceux qui lui ont emboîté le pas et joué sur la profondeur de leur timbre.

Son charisme et son côté autodestructeur sur scène ont également contribué à changer la face de la musique pop. Quelqu’un comme Iggy Pop, avec son caractère bien trempé, a pu prolonger la démarche authentique et violente du leader des Doors. Bertrand Cantat, avec Noir Désir, a beaucoup été influencé par le parcours de Jim Morrison, et ne s’en est jamais caché au début de son groupe. Preuve que l’aura du chanteur des Doors a largement dépassé sa courte carrière pour s’inscrire durablement dans la légende du rock !

Article rédigé par
Mathieu M.
Mathieu M.
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