Décryptage

Le Dernier Métro de François Truffaut : pourquoi c’est culte ?

10 juin 2021
Par Arnaud M.
Le Dernier Métro de François Truffaut : pourquoi c'est culte ?

Vous ne comprenez pas pourquoi tout le monde parle de ce film ? Vous ne connaissez pas cette fameuse réplique ou n’avez pas vu cette incroyable scène ? Pas d’inquiétudes, chaque mois, on vous aide à y voir plus clair et on vous explique pourquoi c’est culte. A l’occasion de la réédition en coffret ultra collector, plus de 40 ans après sa sortie, nous revenons aujourd’hui sur Le Dernier Métro, un des derniers films d’un des plus grands cinéastes français : François Truffaut.

Le Dernier Métro : un film complet, mais pas complexe

Le Dernier Métro est sorti en 1980 et est réalisé par François Truffaut. Il met en scène la vie d’un théâtre parisien durant l’occupation, en 1942. On y suit Marion (Catherine Deneuve), une comédienne obligée d’endosser le rôle de son mari, metteur en scène et directeur du théâtre, afin de mettre sur pied une pièce capitale pour la survie du lieu. Cette obligation vient du fait que Lucas, son mari, est juif et que tout le monde croit en la fuite de l’occupant allemand. En fait, il est caché au sous-sol, et entend grâce aux conduites d’aération tout ce qui se passe sur scène. Le soir, il transmet ses remarques à Marion, lorsqu’elle le rejoint discrètement. Mais le séducteur et talentueux comédien Bernard (Gérard Depardieu), prend le rôle principal de la pièce, et tombe amoureux de Marion avec qui il partage l’affiche. Cela met en péril le théâtre, car il souhaite s’engager dans la résistance…

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A travers une galerie de personnages, on découvre un théâtre qui s’efforce de survivre malgré un contexte chaotique. Ils permettent d’aborder de très nombreux thèmes, même traités au second plan, tels que la place des femmes dans le monde professionnel et artistique, la religion, l’homosexualité, la résistance, la résilience, la fuite… Le scénario, plutôt simple sur le papier, prend vie grâce à cette galerie de personnages imbriqués, et offre un des films majeurs de Truffaut, pionnier de la nouvelle vague dans les années 50 et 60, avec des films comme Les quatre-cents coups, Jules et Jim, ou encore La Peau Douce.

Le Dernier Métro : le film le plus personnel de François Truffaut

François Truffaut signe avec Le Dernier Métro un film d’amour poignant, qui obtient dix César, dont les 5 principaux (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice). Cela fait de lui, ex aequo avec Cyrano de Bergerac de Jean-Paul Rappeneau, le film le plus primé des statuettes du cinéma français. Mais au-delà des récompenses, le film a su toucher, autant le public averti que les amateurs, notamment par sa sincérité. Lorsqu’il écrit Le Dernier Métro, Truffaut s’appuie sur des témoignages d’époque, des brèves de journaux, mais surtout, sur son expérience personnelle. En effet, né en 1932, il vit son enfance sous l’occupation, à Paris, et passe le plus clair de son temps dans les salles de cinéma et les théâtres. Il se trouve forcément marqué par cette période, en témoigne le titre, Le Dernier Métro, que les Parisiens se hâtent de prendre, couvre-feu oblige.

Portrait nuancé d’une France sous l’Occupation

Cela étant, le film n’est pas fondamentalement porté sur l’occupation ou la guerre, mais il la prend comme toile de fond. Truffaut disait que pour lui, l’Occupation n’avait pas été le conflit et le déchirement, mais surtout l’enfermement, l’obscurité et la frustration. C’est exactement ce qu’il parvient à transmettre, notamment via le personnage de Lucas, reclus et clandestin. Une angoisse diffuse, une obscurité vécue par un personnage qui vit sous les planches de son propre théâtre. A sa sortie, le film a été salué non seulement pour sa reconstitution historique, mais aussi pour l’exactitude du ressenti qui s’en dégage : l’occupant est là, mais la guerre et les combats sont lointains, et les drames humains qui s’y déroulent ne sont pas encore dévoilés au grand jour. Les personnages essayent de continuer à vivre, à sortir, à faire la fête. Tout le monde n’a pas les moyens de résister, et parfois certains sont forcés de collaborer, à l’image de Marion, qui doit s’efforcer de monter une pièce qui plaira à Daxiat, le maître de la culture collaboratrice, sans quoi elle perdra son théâtre et son mari. En bref, le film est nuancé, et cette façon, unique à l’époque, de représenter cette période a été un grand facteur du succès du film.

Le couple Depardieu – Deneuve qui crève l’écran

le dernier métroMais Le Dernier Métro, c’est avant tout une histoire d’amour, celle d’une femme, qui ne peut se résoudre à abandonner son mari traqué, laquelle est en train de succomber à son partenaire de jeu, thème encore une fois très personnel à François Truffaut. On leur a parfois fantasmé une idylle secrète tant leur complicité à l’écran a été puissante, tant l’alchimie s’est fait ressentir dans les nombreux films (plus d’une dizaine) partagés durant leur carrière. Le premier réalisateur à réunir Catherine Deneuve et Gérard Depardieu, c’est donc Truffaut dans Le Dernier Métro.

Pourtant, l’histoire d’amour ne commence pas idéalement : le personnage de Bernard, qui veut s’engager dans la résistance, fait courir des risques immenses au théâtre puisqu’il est dans le collimateur des agents de la censure, et de la gestapo. Marion, elle, souhaite faire profil bas pour protéger son mari et le théâtre. Les deux amants, tiraillés mais sincères, sont joués avec une émotion juste, sans trop en faire. Leur amour les consume et les met en danger. Le tout est symbolisé dans la dernière réplique de la pièce de théâtre qu’ils montent durant le film, celle qui précède le tonerre d’applaudissement de la salle conquise par l’amour dont elle est témoin : « vous regarder, c’est une joie, et une souffrance. » Cette réplique est d’ailleurs tirée d’un autre film de Truffaut, mettant déjà en scène Catherine Deneuve, La Sirène du Mississipi. Une belle mise en abyme, et en résulte une performance qui lancera le duo pour de nombreux films, leur vaudra à chacun un César, et propulsera définitivement leur carrière au-delà du statut trop réducteur de la beauté fatale et du bellâtre, qui leur collait alors à la peau.

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Article rédigé par
Arnaud M.
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