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Florida d’Olivier Bourdeaut : les ravages des projections d’une mère sur sa fille

18 juin 2021
Par Le Cercle Littéraire
Florida d'Olivier Bourdeaut : les ravages des projections d'une mère sur sa fille

LE CERCLE LITTÉRAIRE – Le coup de cœur de Sylvette C. (Castelnau). Dans Florida, Olivier Bourdeaut met en scène une fillette de sept ans qui se glisse avec plus ou moins de complaisance dans la peau d’une petite miss. Sa mère l’entraîne et l’exhibe chaque week-end pour le meilleur et pour le pire. Elizabeth rechigne un peu mais la mère s’ennuie : elle va travestir sa fille, la pomponner et la faire gagner !

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Florida

Le coup de cœur de Sylvette C. (Castelnau)

« C’est pour son bien »

Nous sommes aux Etats-Unis, les concours de petites miss sont légion, mais chez nous, d’autres concours aussi font saliver les parents en quête de célébrité : mon enfant fera ce que moi je n’ai pas pu réussir, je vivrai à travers mon enfant la vie dont j’ai rêvé. On ne se refait pas, c’est l’éternel gâchis : c’est pour son bien.

De cette enfance sacrifiée naîtra un désir de vengeance : une adolescente isolée, se gavant de sucreries, grossissant inexorablement au grand dam de sa mère : « ma joie était indexée sur son désespoir ». Plus tard encore, à force de courses effrénées sur un tapis de sport, elle récupère son corps de rêve pour mieux le sacrifier.

Les hommes se succèdent dans sa vie déboussolée : John le dandy, Alec, rasta blanc, gay, qui la prend sous son aile, la fait participer à son travail d’artiste. Elle devient un concept : de princesse elle est devenue une femme bodybuildée et cobaye à ingestion d’anabolisants, pour les photos d’Alec mais aussi pour son expérience personnelle.

Un livre cynique et caustique

Le corps de Florida est à l’origine de tous ces phénomènes physiques, métaphysiques, psychologiques. « La destruction pour l’élévation, on appelle ça pousser le corps dans ses derniers retranchements. » Ce corps devient un enjeu ; on m’a forcée à l’enjoliver pour gagner, je vais le forcer à ma façon : piqûres, muscles, acide et poudre ; j’ai le contrôle de mon corps, je le déteste.

Olivier Bourdeaut réussit un livre cynique et caustique. Ses phrases courtes donnent de l’allant à la lecture et tiennent en haleine. La détresse de l’héroïne gagne en puissance à mesure que le ton bouscule et provoque. Mal être et souffrance, autodestruction, culte du corps sont détaillés avec un humour corrosif qui dégage une émotion brute et désespérée.

Paru le 4 mars 2021 – 256 pages

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