Critique

2084 : la fin du monde de Boualem Sansal

03 juin 2019
Par Gauthier
2084 : la fin du monde de Boualem Sansal
©DR

Parqué dans un hospice pour soigner sa tuberculose, Ati voit ses certitudes remises en cause. Des doutes l’assaillent sur le bien-fondé du système en vigueur en Abistan. Ce vaste Empire construit sur les ruines de l’ancien monde est dirigé par Abi, le prophète, l’homme choisi par Yölah pour guider ses ouailles. Dans ce pays basé sur les démonstrations de foi, de soumission, de dénonciation, Ati, guéri, doit cacher le scepticisme qui grandit de jour en jour en son sein.

Parqué dans un hospice isolé dans les montagnes pour soigner sa tuberculose, Ati voit ses certitudes remises en cause. Des doutes l’assaillent sur le bien-fondé du système en vigueur en Abistan. Ce vaste Empire, construit sur les ruines de l’ancien monde, est dirigé par Abi, le prophète, l’homme choisi par Yölah pour guider ses ouailles. 

Un hommage à 1984 

2084 Boualem Sansal

Dans ce pays basé sur les démonstrations de foi, de soumission, de dénonciation, Ati, guéri, doit cacher le scepticisme qui grandit de jour en jour en son sein, tout en enquêtant sur l’existence de renégats, une population d’insoumis vivant dans des ghettos.

Avec son nouveau roman, Boualem Sansal, auteur notamment du Village de l’Allemand et de Rue Darwin, reprend le concept du livre éminemment culte de George Orwell, 1984, à savoir la volonté d’émancipation d’une personne dans un monde où le contrôle du pouvoir en place est absolu.

Toutefois, 2084, La fin du monde est tout sauf une pâle réécriture de ce classique d’anticipation. Que ce soit dans le style, l’ambiance, ou même le traitement des problématiques, les deux œuvres différent. 2084 est moins oppressant que son aîné, avec notamment une narration omnisciente, une description subjective, parfois cynique parfois cocasse, de ce monde. Mais les références sont nombreuses, à commencer par le titre, bien évidemment, mais aussi au sein même du texte, une expression revenant fréquemment étant « Big Eye » ou « Bigaye ».

Sur la soumission


2084, c’est un peu Big Brother au service d’un totalitarisme religieux. C’est la dénonciation du mélange des pouvoirs spirituels et matériels, et une référence directe à l’actualité avec les problématiques concernant l’extrémisme religieux, leur propagande, le lavage de cerveaux. Difficile de ne pas faire le parallèle entre l’Abistan et Daesh, surtout que la religion imaginée autour de Yölah est calquée sur la vision rigoriste des fondamentalistes islamistes. Pour autant, ce n’est pas un livre contre l’Islam ou la religion de manière plus générale, mais bien une dénonciation de l’abandon de la réflexion au profit d’une soumission confortable, d’une foi qui n’en est pas une, où la crainte de Dieu est le seul commandement.

2084 rappelle la thématique du roman polémique de Michel Houellebecq, Soumission. Houellebecq rendait d’ailleurs hommage au roman dans l’émission TV On n’est pas couché du 29 août 2015, et affirmait que Boualem Sansal décrivait « un vrai totalitarisme islamique », tandis que Soumission évoquait davantage « un régime islamiste doux ».

Si 1984 est indéboulonnable pour moi, le successeur que lui donne Boualem Sansal n’en reste pas moins intelligent et intéressant, plus léger, sans toutefois dénaturer un sujet inquiétant, avec une touche rappelant un peu celle de Voltaire et quelques autres écrivains des Lumières. 

 

Parution le 20 août 2015 – 288 pages

2084 : La Fin du monde, Boualem Sansal (Gallimard, collection « Blanche ») sur Fnac.com

Article rédigé par
Gauthier
Gauthier
libraire spécialisé Fantasy et Science-fiction à Fnac Parly 2
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