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Pourquoi les Supergrass étaient les Rois du Monde

10 août 2015
Par Gaël
Pourquoi les Supergrass étaient les Rois du Monde
©dr

À l’occasion de la réédition deluxe du fabuleux premier album du trio d’Oxford (20 ans déjà !), il est plus que temps de rendre la couronne de la brit’pop à ce groupe qui est de loin le plus sous estimé de cette vague ayant tout emportée sur son passage durant les mid 90’s… Moins pompeux que Oasis (c’est pas dur), moins foutraque que Blur, plus passionnément rock que les deux réunis, Supergrass était unique…

supergrass bis

Gaz Coombes au chant/guitare, Danny Goffey à la batterie et Mick Quinn à la basse (de gauche à droite), voilà la composition de ce qu’il est convenu d’appeller le power trio Supergrass. On notera d’emblée que les trios à l’époque sont plutôt passés de mode, depuis la fin tragique de Nirvana disons. Radiohead, Oasis et autres Blur ou Pulp sont au moins un de plus. Les Supergrass vont à l’essentiel et ils ont pour eux une fougue insouciante liée à leur jeunesse, Gaz Coombes comptant à peine 19 printemps au compteur lors de la sortie du premier album. Exemple typique du Supergrass du début ? La tubesque (une certaine génération, la mienne en l’occurence, se rappelle très nettement cet été 1995 rythmé par cette dernière) Alright !!

                            

Mais Supergrass c’était beaucoup plus que cet hymne déjanté concernant une jeunesse se lavant les dents (et fumant de l’herbe, mais chut…)

We are young, we run green
Keep our teeth nice and clean
See our friends, see the sights
Feels alright

Rien que sur cet album, la fofolle Mansize Rooster ou la très posée Time laissaient entrevoir une suite dantesque… Un espoir entretenu le long d’albums toujours au minimum très bien, souvent grandioses. 

Alors oui, l’homme du monde qui veut attaquer la discographie de Supergrass fera bien de commencer par le début, à savoir ce premier album I Should Coco. Mais il ne devra surtout pas s’arrêter là. Car dès 1997 et In It For The Money, la preuve était définitivement faite qu’il faudrait compter sur Supergrass, que c’était beaucoup plus qu’un « one hit band ». Voici maintenant l’heure du drame, celle où il faut choisir un seul morceau dans ce disque. Richard III et son riff imparable ? Sun Hits The Sky et l’une des lignes de basse les plus grandioses de ces années-là ? Ou alors la sobre efficacité de Late In The Day ? Allez, passons outre un clip que l’on qualifiera pudiquement de décalé (des bâtons sauteurs, vraiment ?), et écoutons cette pépite intemporelle…

                                     

Après un album éponyme un cran en dessous en 1999, qui contient tout de même certaines chansons poppy imparables (on pense bien sûr à Pumping On Your Stereo, entre autres), le retour des Oxfordiens en 2002 avec Life On Other Planets marque certes une baisse sensible des ventes mais indique en revanche un retour à une inspiration débridée. Une anomalie de l’histoire, comme il y en a tant dans le monde de la musique… Quoi qu’il en soit cet album est rien moins que magique, alliant à merveille la folie douce de I Should Coco à la maîtrise évidente d’un In It For The Money. On notera au passage l’entrée définitive dans le groupe du frère de Gaz (Rob), qui apporte une touche sixties délicieuse avec ses claviers. Un album plein de grâce… Rush Hour Soul !!

                                  

La consécration artistique est acquise, tandis que le public boude ostensiblement… C’est à n’y rien comprendre, d’autant plus que les concerts de Supergrass ont toujours été des grands moments. Votre serviteur aura fait TOUS les shows parisiens depuis 1999, et n’aura jamais été déçu, mieux, aura toujours été enthousiaste comme un gamin avant un show de ces tonitruants anglais. Ainsi vont pourtant les choses, et les tensions dans le groupe ne font que s’exacerber au fil des ans. Pour tenter de se réinventer et remettre un peu de passion dans l’affaire, les joyeux compères décident de partir sur un album plus acoustique pour la suite (toutes proportions gardées) et enregistrent dans notre bonne vieille contrée. L’album qui en résulte s’appelle Road To Rouen, est sorti en 2005 et comporte quelques-unes des plus belles chansons du groupe. Que dire notamment de Tales Of Endurance qui ouvre l’album avec une élégance rare ? Mais si on ne devait en sortir qu’une, au prix encore une fois d’une torture sans nom, on choisira St Petersburg. Ou quand Supergrass fait dans le super cool :

                                    

Toutefois les tensions, sous-jacentes, ne s’amenuisent pas vraiment. Alors quelle est la solution standard pour un groupe de rock qui commence à s’étioler ? Le classique « Back To Basics », ce qui est chose faite avec Diamond Hoo Ha en 2008 (dans la même logique que le dernier White Stripes, assez back to roots également). Fini la sombre contemplation de Road To Rouen, retour à la virulence des débuts. Oh puis cet humour anglais, tellement fabuleux !

                                     

When the sun goes down
I just can’t resist
Bite me, yeah !

Cette déflagration fut malheureusement la dernière, le groupe splittant à la toute fin des sessions d’enregistrement du futur album qui devait s’appeler Release The Drones. Dans ce disque, qui est donc plus ou moins fini mais que l’on n’est pas près d’entendre, Supergrass partait, d’après leurs propres dires, dans une inspiration Krautrock et chaque musicien échangeait ses instruments. Ça s’appelle le Saint Graal pour les fans, et il est tout autant fantasmagorique que pour ce dernier de mettre la main dessus un jour…

L’aventure se termine (définitivement ?) le 11 juin 2010 à Paris avec un dernier concert à l’ambiance assez lourde. Le groupe avait en effet pris le parti de jouer de manière inversement chronologique. À savoir que plus l’on avançait dans le concert plus on se rapprochait du premier album, pour finir avec le premier morceau composé par le groupe, Caught By The Fuzz. Une sensation de compte à rebours funeste s’installant au fur à mesure du show…

supergrass

Depuis Gaz poursuit une belle carrière solo, avec deux albums très bons, Mick a tenté l’aventure solo également avec le DB Band, mais avec moins de réussite. Tandis que Danny a longtemps disparu des radars (malgré une soi-disant intégration des Babyshambles, ce qui vu l’extrême volatilité de ce groupe doit être un exemple d’humour anglais), participant même à une sorte de Master Chef britannique… Toutefois  il a aussi un album sous le coude (sous le nom de Vangoffey) à sortir pour la fin d’année semble-t-il…

Tout un pan de l’histoire musicale anglaise des 90’s/00’s : voici ce que représentait Supergrass. Et pour tous ceux qui n’en ont vu que le minimum, il est grand temps de s’y mettre. Alors profitez de cette réédition particulièrement généreuse, et laissez-vous embarquer dans une des aventures musicales les plus passionnantes de ces 20 dernières années. 

Supergrass est mort. Vive Supergrass !!

Supergrass – I Should Coco, bientôt disponible en version deluxe -3 CD) sur fnac.com

Article rédigé par
Gaël
Gaël
disquaire à Fnac La Défense
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