Critique

Obi-Wan Kenobi : la Force est toujours là

30 mai 2022
Par Lisa Muratore
Ewan McGregor rempile dans le rôle d’Obi-Wan Kenobi pour la série.
Ewan McGregor rempile dans le rôle d’Obi-Wan Kenobi pour la série. ©Disney+

La minisérie Obi-Wan Kenobi est enfin arrivée sur Disney+. L’occasion de retrouver l’un des Jedi les plus puissants de l’univers Star Wars dans une création sombre et mature.

« Tu étais mon frère, Anakin.» C’est sur ces mots que se terminait la bromance entre Dark Vador et son maître, Obi-Wan Kenobi, à l’issue de La Revanche des Sith (2005). Destiné à rétablir l’équilibre dans la Force, Anakin Skywalker a préféré rejoindre son côté obscur et éradiquer, aux côtés de l’Empereur Sidious, tous les Jedi de la galaxie. Seuls quelques-uns ont réussi à échapper aux terribles Sith. Parmi eux, Obi-Wan Kenobi, incarné par Ewan McGregor.

De retour 17 ans après le troisième volet de la prélogie, l’acteur écossais reprend le rôle phare de la saga intergalactique. Un come-back que les fans de Star Wars attendaient depuis un long moment, et qui a débuté ce vendredi 27 mai sur Disney+.

La chasse aux Jedi

Pour donner son instant de gloire au Jedi, la firme de Mickey a choisi de lui offrir une série. Le format idéal pour renouer avec le personnage. On le retrouve sur Tatooine, vivant comme un ermite et veillant sur le jeune Luke Skywalker. Il n’utilise plus la Force, au risque d’être repéré par les sbires de l’Empereur, que l4on appelle les Inquisiteurs. Ils opèrent à travers cette galaxie lointaine, très lointaine, dans le but de détruire les derniers vestiges de la République galactique. Parmi eux, Reva (Moses Ingram), une ancienne Jedi corrompue par le Côté obscur, bien décidée à mettre la main sur celui qui se fait désormais appeler Ben Kenobi.

Les Jedi sont traqués par les Inquisiteurs dans Obi-Wan Kenobi.©Disney+

C’est une ennemie charismatique et secrète. Portée par son ego, elle est prête à tout pour s’offrir les faveurs de Dark Vador. Elle rappelle le personnage de Moff Gideon de The Mandalorian (2019), bien que le personnage incarné par Moses Ingram, aussi impitoyable soit-il, ait du mal à se hisser à la hauteur de celui interprété par Giancarlo Esposito. À force de vouloir en faire une rivale de taille face à Obi-Wan, la série se perd dans l’exagération et dans une direction d’actrice parfois caricaturale.

Une série au croisement de l’univers Star Wars

Elle n’est pas la seule à vouloir la tête d’Obi-Wan. Le Grand Inquisiteur – sous lequel on devine difficilement Rupert Friend (Anatomy of a Scandal) – représente une menace terrifiante. Tout comme le visage défiguré de Dark Vador (brièvement aperçu à la fin du deuxième épisode), auquel Hayden Christensen prête à nouveau ses traits. À ce propos, le travail sur les costumes et le maquillage est impressionnant et confère à la série une touche sombre. Une volonté déjà amorcée avec La Revanche des Sith, mais qui se pérennise depuis quelques années sur le petit écran.

Si ça représente une maturité certaine pour le monde créé par George Lucas, c’est aussi un aspect que Disney appuie davantage depuis la sortie de The Mandalorian en proposant des contenus noirs. Ces séries mettent également en lumière des personnages nuancés et torturés, à l’instar des chasseurs de primes Din Djarin et Boba Fett.

Moses Ingram incarne Reva.©Disney+

C’est d’ailleurs ce qu’il se passe avec Obi-Wan Kenobi. Non seulement la plateforme orchestre le retour d’un des personnages les plus appréciés de la franchise, mais elle nous plonge aussi dans ses traumatismes, ainsi que ses regrets. Un schéma qui ressemble à ce que pouvait proposer le film Logan (2017) en montrant un héros à l’origine infaillible, désormais vulnérable, vieilli, et endeuillé.

C’est d’ailleurs ce qui fait la force de la série. Si l’on regrette l’humour espiègle du Jedi dans la prélogie, le show Disney+ se rapproche davantage du personnage que l’on a connu dans Star Wars : un nouvel espoir (1977), incarné à l’époque par Alec Guinness. L’Obi-Wan Kenobi que l’on retrouve aujourd’hui est plus sage, mais il a perdu la foi. L’analogie religieuse a toujours joué un grand rôle dans la saga ; la série donne ici à voir un fidèle perdu et délaissé par ses croyances, un aspect jusqu’ici peu exploré dans l’univers.

Rupert Friend incarne le Grand Inquisiteur.©Disney+

Malgré sa nouvelle vie, Obi-Wan ne perd pas son instinct de Jedi. D’abord parce qu’il espère former un jour Luke, mais aussi parce que (à l’image de Logan et d’X-23 dans le film de James Mangold) il ne pourra pas s’empêcher de voler à la rescousse de Leia, après qu’elle a été kidnappée.

Les pièges à éviter du Côté obscur

Un geste qui pourrait lui coûter cher, mais qui amorce véritablement le rythme de la série. On comprend que notre Jedi va devoir traverser la galaxie pour échapper à la Troisième Sœur. Un périple annonciateur de rebondissements majeurs, alors que plusieurs enjeux et arcs narratifs viendront s’entrechoquer. On pense à Owen, à nouveau campé par Joel Edgerton, bien décidé à protéger Luke de son passé, ou encore aux origines de Reva teasées durant les premiers épisodes.

On espère aussi voir apparaître les deux figures phares de la vie d’Obi-Wan, Qui-Gon Jin (Liam Neeson) et Anakin Skywalker. Ceci permettrait de faire un clin d’œil à la tradition Star Wars, de combler certaines lacunes de la franchise et d’établir le lien entre les deux premières trilogies, à l’image de ce que proposait Rogue One (2016) au cinéma.

©Disney+

Tout comme le film, Obi-Wan Kenobi évite le piège du fan service gratuit et larmoyant. Un ingrédient que les studios doivent sûrement garder pour le final de la saison, qui filmera le match retour du maître face à son ancien apprenti. Avant cela, cependant, le show devra veiller à ne pas tomber dans la facilité en faisant des nouvelles aventures du Jedi, de planète en planète, ce qui avait été proposé avec The Mandalorian et sa quête pour protéger Grogu.

©Disney+

On espère plutôt voir sa relation avec les jumeaux Skywalker, notamment avec Leia, se développer. À ce propos, la série a fait le choix de mettre en avant la sœur de Luke plutôt que ce dernier. Un parti pris intéressant, qui prend le contre-pied de la trilogie d’origine et dans lequel on peut voir un dernier hommage à l’interprète phare de la princesse, Carrie Fisher.

Cette mise en scène subtile n’efface pas pour autant certains défauts. Plusieurs scènes manquent en effet de panache et de rythme, mais aussi d’une certaine crédibilité. On pense à l’enlèvement de Leia ou aux longueurs du premier épisode, qui servent davantage à rappeler un cadre déjà familier.

Pour autant, le plaisir de retrouver le personnage d’Ewan McGregor après toutes ces années est intact. Plus profonde et plus sombre, cette nouvelle appréhension du Jedi promet d’offrir une série proche de ce que Disney veut dorénavant proposer. Les studios n’oublient pas non plus l’attachement des fans à l’univers et aux codes originaux de la franchise. Entre fidélité et renouveau, Obi-Wan Kenobi a donc tout le potentiel pour devenir l’une des meilleures créations Star Wars de ces dernières années. Pour la découvrir, il faudra être patient et prendre le temps de découvrir les quatre épisodes restant tous les vendredis sur Disney+. Que la Force soit avec nous.

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Article rédigé par
Lisa Muratore
Lisa Muratore
Journaliste