Décryptage

Weekly Shonen Jump : pourquoi les ventes du magazine continuent-elles de s’effondrer ?

06 mai 2022
Weekly Shonen Jump : pourquoi les ventes du magazine continuent-elles de s’effondrer ?
©Weekly Shonen Jump

Entre des œuvres plus courtes et des annulations en séries, le magazine de prépublication de mangas le plus connu au monde doit faire face à d’importantes difficultés pour stopper son déclin.

Il est loin l’âge d’or du Weekly Shonen Jump ! Dans les années 1990, le magazine de prépublication de mangas le plus connu au monde était tiré à plus de 6,5 millions d’exemplaires, un record plus jamais atteint. C’était l’époque de Dragon Ball, Slam Dunk, Yuyu Hakusho, Kenshin le vagabond, ainsi que les débuts de One Piece et Hunter x Hunter. Depuis, son tirage n’a cessé de chuter, pour atteindre une moyenne hebdomadaire de 1,39 million d’exemplaires en 2021, soit le pire résultat depuis l’année 1973. Pourtant, l’engouement pour les mangas ne cesse de prendre de l’ampleur partout dans le monde et les ventes de volumes reliés sont toujours aussi bonnes. Alors comment expliquer cet inexorable déclin du magazine de prépublication de la Shūeisha, l’une des cinq plus grosses maisons d’édition au monde ?

©Toei Animation

Au Japon, la publication des mangas passe d’abord par un magazine de prépublication, chaque éditeur en ayant un ou plusieurs. Ces hebdomadaires ou mensuels contiennent les nouveaux chapitres des séries du moment. Ensuite, chaque série voit sortir une compilation de plusieurs chapitres en un volume relié, ceux que l’on peut trouver à l’achat en France. Le Weekly Shonen Jump a prépublié les mangas les plus vendus de l’histoire : Naruto, Bleach, Hokuto no Ken, Jojo’s Bizarre Adventure

Aujourd’hui, les séries qui font les beaux jours du magazine se nomment My Hero Academia, Black Clover, Jujutsu Kaisen… Cependant, leur succès n’a pas de grand impact sur les ventes globales du magazine. Il faut dire que lorsqu’on l’achetait dans les années 1990 ou 2000, c’était parce que toutes les séries étaient de grande qualité – ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

Des séries de plus en plus courtes

La transition s’est amorcée avec la fin de Naruto en 2014. En moins de cinq ans, toutes les séries cultes du magazine se sont achevées les unes après les autres : Kochikame (indisponible en France), Gintama, Bleach, Haikyū!!. De tous ces piliers, seuls One Piece et Hunter x Hunter subsistent. Pour ce dernier, la pause à durée indéterminée de l’auteur n’arrange pas le cas du Shonen Jump. Forcément, l’arrêt de ces séries a été un coup dur pour le magazine, mais une nouvelle génération a suivi et a connu un grand succès : Demon Slayer, Dr Stone, The Promised Neverland, etc.

©Ufotable / Aniplex

Cependant, une différence fondamentale existe entre l’ancienne et la nouvelle génération. Là où les plus grands succès s’arrêtaient rarement avant d’avoir atteint les 40 volumes et en dépassaient souvent les 60, les mangas des années 2010 et 2020 sont beaucoup plus courts. Bien qu’elle soit l’un des plus grands succès de l’histoire du Shonen Jump, la série Demon Slayer s’est arrêtée au bout de 23 tomes, 20 pour The Promised Neverland, et le 26e et dernier volume de Dr Stone vient de sortir au Japon.

De même, My Hero Academia et Black Clover, les deux séries les plus longues de cette nouvelle génération (respectivement 33 et 32 tomes), sont entrées dans leur arc final. Leur fin est proche. La tendance est identique chez les jeunes succès tels que Mashle ou Undead Unluck : les auteurs ont d’ores et déjà annoncé que leurs œuvres ne seront pas des séries-fleuves. Un mot de l’auteur dans le 12e tome de Mashle indique que ce titre entre lui aussi dans son arc final. Ce qui implique une nécessité constante de trouver de nouveaux talents et les prochains best-sellers.

Le constat inquiétant d’un turn-over constant

Parmi les nombreuses nouvelles œuvres qui arrivent à peu près tous les deux mois dans le Weekly Shonen Jump, peu parviennent à éviter une annulation rapide. En général, si une nouveauté n’a pas convaincu le lectorat, elle s’arrête entre son deuxième et son cinquième volume. Ces titres courts, qui ne restent pas longtemps dans le magazine, se multiplient. À l’heure actuelle, sept séries ont moins de 50 chapitres, et cinq en ont entre 50 et 100 (un volume relié contient en moyenne huit à dix chapitres). Sur un magazine qui compte 20 mangas en cours de publication au total, c’est un résultat inédit et la conséquence des grandes difficultés rencontrées par la Shūeisha pour trouver de nouvelles perles. Durant l’année 2021, 11 œuvres ont connu une fin prématurée.

©Masashi Kishimoto/Shueisha Inc.

Même parmi les nouvelles tentatives d’auteurs confirmés, les résultats sont souvent catastrophiques. Samurai 8, Badass Cop & Dolphin et Build King… Les dernières œuvres des auteurs de Naruto, Beelzebub et Toriko, trois titres cultes du magazine, ont été des fours monumentaux et leur publication a rapidement été interrompue. Le magazine fonctionnait jusque-là grâce à la fidélité des lecteurs pour des séries longues. Si les gros hits s’arrêtent avant même que le lectorat puisse s’y habituer, il sera compliqué pour le Weekly Shonen Jump de perdurer.

La transition entre l’ancienne et la nouvelle génération de piliers du Shonen Jump se fait au prix de lourds sacrifices et le magazine ne tient actuellement que grâce à une poignée de titres. C’est pourquoi sa survie semble être un véritable challenge, digne des plus grands shonens. Désormais, c’est vers Manga+, la plateforme de prépublication en ligne de la Shūeisha, que tous les regards se tournent. Ses très bons scores pourraient faire du numérique l’avenir de la prépublication de mangas.

À lire aussi

À lire aussi

Article rédigé par
Nathanael Bentura
Nathanael Bentura
Journaliste