Un an après sa victoire dans le dossier Nuvia, Qualcomm repasse à l’offensive contre Arm devant la justice américaine. En jeu, le paiement de redevances qui se chiffre en milliards de dollars et qui pourrait avoir des implications bien au-delà des deux acteurs.
Introduction
Le feuilleton judiciaire entre Qualcomm et ARM est reparti pour un tour. Un nouveau procès s’est ouvert le 5 octobre 2026 à Wilmington, dans le Delaware, devant la juge fédérale Maryellen Noreika. Les débats sont prévus sur cinq jours. Mais cette fois, les rôles sont inversés. Après avoir passé fin 2024 sur le banc des accusés dans l’affaire Nuvia, c’est Qualcomm qui attaque, sur la base d’un recours déposé en avril 2024.
Des outils retenus et une fuite qui aurait coûté cher
Le fabricant de puces reproche deux choses à ARM. D’abord, d’avoir retenu des outils de test de puces qui lui étaient dus en vertu du contrat liant les deux entreprises. Ensuite, d’avoir organisé en 2024 la fuite dans la presse d’une lettre menaçant de résilier sa licence d’architecture. Selon Qualcomm, cette divulgation a fait fondre d’environ 170 millions de dollars la valeur d’un accord potentiel avec Meta.
Mais l’enjeu financier réel du procès est ailleurs. Qualcomm estime que ces manquements l’autorisent, contractuellement, à suspendre le versement de ses redevances à ARM pendant cinq ans. Une somme qui pourrait atteindre plusieurs milliards de dollars. « Le retard coûte cher », a résumé Karen Dunn, l’avocate de Qualcomm, à l’ouverture des débats.
Rien n’est acquis pour autant. La juge Noreika examine si cette clause de suspension est juridiquement applicable. Si elle ne l’est pas, Qualcomm devrait se contenter de dommages et intérêts nettement plus modestes.

ARM conteste le moindre préjudice
Sans surprise, ARM rejette totalement la lecture de son adversaire. Sur le dossier Meta, le concepteur de puces attribue la révision des conditions commerciales à un virage stratégique du groupe de Mark Zuckerberg, qui a privilégié les lunettes connectées dopées à l’IA au détriment des casques de réalité virtuelle. Les pertes avancées par Qualcomm relèveraient donc de la pure spéculation. « Ils n’ont subi aucun préjudice, pas le moindre », a martelé Gregg LoCascio, qui défend ARM.
L’entreprise britannique renvoie aussi la balle sur le terrain de la confidentialité. Elle accuse Qualcomm d’hypocrisie, affirmant que le groupe de San Diego a lui-même laissé filtrer des informations non publiques sur des enquêtes antitrust la visant.
Une hausse de 1 800 % en toile de fond
En parallèle du procès devant jury, un second volet, jugé par la cour seule, se penche sur la question de savoir si ARM a négocié de bonne foi avec Qualcomm l’accès à la prochaine version de sa technologie. Qualcomm affirme qu’ARM lui a réclamé une augmentation de 1 800 % de ses redevances entre la version 9 et la version 10 de son architecture. Signalons qu’un accord signé en 2013 plafonnait ces redevances à 1,88 dollar par puce dès lors que celle-ci embarque au moins cinq cœurs de processeur. Un seuil dérisoire aujourd’hui, certaines puces pour centres de données alignant désormais 288 cœurs. Cristiano Amon, le PDG de Qualcomm, est venu témoigner sur ce volet dès la première journée, balayant les arguments adverses d’un « je ne vois pas les choses ainsi ».
Ce nouveau procès s’inscrit dans un contentieux au long cours. Après le rachat de Nuvia par Qualcomm en 2021 pour environ 1,4 milliard de dollars, ARM avait résilié la licence de la jeune pousse dès 2022 et exigé la destruction des technologies développées sous ce contrat. En décembre 2024, un jury avait estimé qu’ARM n’avait pas démontré de violation de la licence de Nuvia, et que les processeurs issus de cette acquisition étaient couverts par la propre licence d’architecture de Qualcomm. La juge Noreika a rendu un jugement définitif en faveur de Nuvia en septembre 2025, rejetant les dernières demandes d’ARM, qui a fait appel devant la Cour d’appel du troisième circuit. Quelle que soit l’issue des débats de Wilmington, les deux entreprises resteront liées un bon moment, leur accord de licence d’architecture courant jusqu’en 2033.