Près de 1000 ans après sa création, la célèbre broderie normande s’apprête à être exposée au British Museum. Un prêt historique, préparé au millimètre, mais aussi contesté en raison de la fragilité de l’œuvre.
Introduction
Elle n’avait jamais traversé la Manche. Dans la nuit du 9 au 10 juillet, la tapisserie de Bayeux a rejoint le British Museum, sous escorte policière, après plus de neuf heures de route. L’œuvre sera exposée dans la Sainsbury Exhibitions Gallery du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027. Les billets disponibles pour la fin de l’année sont déjà épuisés.
Longue de près de 70 mètres, la tapisserie est en réalité une broderie de laine sur lin, réalisée dans la seconde moitié du XIe siècle, probablement en Angleterre. En 58 scènes, elle retrace la conquête du royaume anglais par Guillaume le Conquérant jusqu’à la bataille d’Hastings, en 1066.
Pourquoi ce prêt historique ?
Annoncé par Emmanuel Macron en juillet 2025, le prêt accompagne la fermeture pour travaux du musée de Bayeux. Il répond aussi à une volonté de « revivifier la relation culturelle » franco-britannique, selon le président français. En échange, le British Museum prêtera à la France des pièces du trésor anglo-saxon de Sutton Hoo. Nicholas Cullinan, directeur du musée londonien, a salué « un moment unique, fruit d’un travail acharné, d’une planification minutieuse », rapporte Le Monde.
Retirée de sa vitrine en septembre dernier, l’œuvre a été installée sur un support articulé, puis pliée en accordéon dans un double caisson conçu sur mesure. Selon Le Monde, ce dispositif a réduit de 96 % les vibrations et maintenait une température de 20°C et un taux d’humidité de 50 %. Deux voyages à blanc avec une reproduction grandeur nature ont permis de tester le parcours.
À Londres, la broderie doit s’acclimater dans sa caisse avant d’être déployée centimètre par centimètre. « C’est elle qui nous dicte son rythme », explique à Franceinfo Lucie Delhomme, de l’entreprise Hizkia, qui a conçu l’écrin. Son installation à plat, sous vitrine, suit un protocole en 27 étapes, mobilisant près d’une centaine de personnes.
Pourquoi le voyage a-t-il fait polémique ?
La prouesse logistique n’a pas dissipé les réserves. Un examen mené en 2021 avait recensé près de 10 000 trous et une trentaine de déchirures non stabilisées. La même année, des expertes en restauration avaient alerté sur les « risques supplémentaires » liés à un trajet de plus d’une heure.
Didier Rykner, directeur de La Tribune de l’art, a lancé une pétition dénonçant un « crime patrimonial ». Plusieurs conservateurs, restaurateurs et spécialistes des textiles anciens ont également exprimé leurs craintes, tout comme le feu artiste britannique David Hockney. Officiellement, le transfert semble s’être déroulé sans incident apparent.