Entretien

Mamadou Sidibé : “Un prophète est un tournant dans ma vie”

01 mars 2026
Par Lucas Fillon
“Un prophète”, le 2 mars 2026 sur Canal+.
“Un prophète”, le 2 mars 2026 sur Canal+. ©Marco Sacco/Canal+

Dérivée du long-métrage de Jacques Audiard, la série Un prophète débarque sur Canal+ ce lundi 2 mars. Le rôle de Malik El Djebena, qui avait révélé Tahar Rahim, est ici endossé par Mamadou Sidibé, qui signe sa première prestation devant une caméra. Un jeune talent sur lequel il va falloir compter.

C’est l’une des séries les plus attendues de 2026. Présentée à la Mostra de Venise en 2025, Un prophète n’est ni un remake ni une suite, mais bien une réinvention du film de Jacques Audiard. Sorti en 2009 et lauréat du Grand prix du Festival de Cannes la même année, le long-métrage racontait comment Malik El Djebena (Tahar Rahim), détenu de 19 ans, tentait de survivre dans le milieu carcéral grâce à son intelligence, avant de trouver sa place dans les jeux de pouvoir qui s’y tiennent.

Succès public et critique, Un prophète avait été couronné, en 2010, de neuf César, dont ceux du meilleur acteur et du meilleur espoir masculin pour Tahar Rahim. Il fallait donc du cran pour s’attaquer à ce chef-d’œuvre. Le pari est-il réussi ? La réponse est oui. Les créateurs de la série, Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit (qui avaient coécrit le long-métrage), et le réalisateur Enrico Maria Artale en ont repris avec brio les fondamentaux, tout en proposant un nouveau récit, toujours centré autour de Malik. Un rôle très justement interprété par Mamadou Sidibé, qui livre une prestation habitée. Entretien avec un comédien prometteur.

Qu’est-ce qui vous a mené vers ce projet ?

J’ai démarré dans le sport, en tant que footballeur, et, en 2022, j’ai décidé de m’orienter vers le métier de comédien. Je me suis mis à rechercher des castings sur Internet. Trois semaines après le début de ces recherches, celui pour Un prophète s’est présenté à moi.

Aviez-vous vu le film de Jacques Audiard avant de vous lancer dans cette aventure ?

Non, je ne l’avais pas vu ; ma culture cinématographique n’était alors pas très développée. Je l’ai regardé au moment de l’audition et je l’ai adoré. Depuis la fin du tournage, je l’ai revu un nombre incalculable de fois. C’est une œuvre incroyable, du cinéma français comme on aime.

Dans la série, Malik arrive en tant que mule à Marseille. Il survit à l’effondrement de l’immeuble où il se trouvait et est envoyé en prison après que les autorités ont repéré qu’il transportait de la drogue. À part cela, on ne connaît rien de son histoire…

Le réalisateur Enrico Maria Artale tenait à ce que l’on ne sache pas vraiment d’où vient Malik et qu’il soit assez mutique. Pour le comprendre, je me suis imaginé sa back story et j’ai eu de nombreuses discussions avec Enrico. Malik est orphelin, et, au fur et à mesure des épisodes, on découvre que, depuis qu’il est petit, on l’utilise pour transporter de la drogue. Je me suis surtout focalisé sur ses traumatismes et ses peurs pour le cerner, pour saisir ce qu’il se passe dans sa tête.

Comment vous êtes-vous préparé pour ce rôle ?

J’ai collaboré avec une coach, qui m’a familiarisé avec les bases du jeu d’acteur. En parallèle, avec Enrico, nous avons travaillé sur la bioénergie, une manière d’appréhender l’interprétation avec le corps, de s’emparer de l’énergie qu’il contient et qui est rattachée à nos émotions. Cela nous a été utile pour trouver la posture du personnage quand il marche, quand il s’assoit… J’ai aussi pris des cours de shimaoré, car Malik est originaire de Mayotte [le shimaoré est l’une des langues parlées sur ce territoire, ndlr].

La préparation a duré trois à quatre mois. Je l’ai effectuée seul. Enrico souhaitait que je ne rencontre aucun autre membre de la distribution, pour que, au moment du tournage, je sois dans la même situation que Malik, qui ne connaît personne quand il arrive à Marseille. D’ailleurs, avant la série, je n’étais jamais allé dans cette ville. Et ça m’a servi, là aussi, d’apprendre, comme Malik, à l’apprivoiser. Marseille est une ville que j’ai adorée.

Mamadou Sidibé dans Un prophète.©Marco Sacco/Canal+

Ressentiez-vous une forme de pression en reprenant le rôle de Malik ?

Je ne suis pas une personne qui se met la pression. Toutefois, je me devais d’être rigoureux, sérieux, de respecter le projet. Je me suis investi à fond. Et j’ai été bien entouré. Toute l’équipe m’a mis en confiance.

La performance de Tahar Rahim a-t-elle été une influence ?

Non, car je ne voulais surtout pas être dans l’imitation. Il fallait que je propose une incarnation très personnelle. Je n’ai pas échangé avec Tahar durant la préparation et le tournage. Ce n’est que très récemment que je l’ai fait. En revanche, je me suis inspiré du jeu de Damson Idris dans la série Snowfall. Enrico me demandait beaucoup de m’exprimer avec le regard et de “montrer les choses sans les montrer”. Damson Idris le fait très bien. Avec lui, j’ai compris que la meilleure manière de jouer des sentiments, c’est de parler avec les yeux.

Moussa Maaskri et Mamadou Sidibé dans Un prophète.©Marco Sacco/Canal+

Comment la série, qui se déroule dans les années 2020, réinvente-t-elle le film de 2009 ?

Il y a toujours des points communs avec le film, comme les thèmes du pouvoir et de la survie. De toute façon, je crois que l’histoire d’Un prophète est intemporelle. Mais les créateurs ont tenu à apporter un nouveau récit, avec des personnages différents, et le tout a été adapté à la société contemporaine. C’est là que la série a su réinventer le long-métrage.

Malik rencontre Massoud Djebbari en prison, et il devient son serviteur, avant que le rapport de force, petit à petit, ne s’inverse. Massoud Djebbari est joué par Sami Bouajila. Qu’avez-vous appris de lui ?

La quête du vrai, de l’authenticité, pour laquelle il a une véritable passion. Sami a toujours le souci d’être au plus près de son personnage, une recherche qu’il mène en permanence avec le réalisateur, tout en pensant à la cohérence du scénario. Et c’est ce que j’aime le plus quand je joue : trouver la bonne réplique, le bon mouvement… Avec Sami, j’ai énormément appris sur ce terrain. J’admire aussi sa capacité à se concentrer rapidement, son professionnalisme. C’est un grand acteur, et, aujourd’hui, mon mentor dans le cinéma, mais aussi d’un point de vue humain.

Sami Bouajila et Mamadou Sidibé dans Un prophète.©Marco Sacco/Canal+

Comme le film, la série convoque le motif du fantôme…

Cette dimension mystique offre quelque chose de beau et de doux, du rêve dans la noirceur. C’est ce qui est fascinant avec Un prophète : c’est une série sombre, avec de la violence, mais, en même temps, elle est poétique et émouvante.

Quelle séquence a été la plus difficile à tourner ?

Celle, au début de la série, où Malik se retrouve seul dans sa cellule après avoir été agressé dans la cour de la prison. Je ne dirais pas qu’elle a été difficile, mais elle a été éprouvante. Dans cette séquence, Malik pleure, entend des paroles… On l’a tournée en deux prises de 15 minutes. Et après, pour en sortir, cela n’a pas été facile, car je portais toujours en moi ces émotions profondes et dures.

Mamadou Sidibé dans Un prophète.©Marco Sacco/Canal+

Que retenez-vous de cette première expérience de comédien ?

J’ai beaucoup appris sur moi, et c’est essentiel d’apprendre à se connaître pour jouer. Je sais maintenant ce que je veux faire. J’ai grandi durant le tournage et après. Je retiens beaucoup de positif. Un prophète est un tournant dans ma vie.

Y aura-t-il une saison 2 ?

Je ne sais pas, je l’espère !

Quelles sont vos envies pour la suite ?

Tout type de rôle est intéressant, mais mon grand rêve, ce serait un jour de jouer dans un biopic. Et il y a plein de cinéastes avec lesquels j’aimerais tourner, dont Denis Villeneuve, Jacques Audiard, ou encore Rebecca Zlotowski.

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