Critique

On l’appelait Bennie Diamond : l’art de se tailler une destinée

14 janvier 2026
Par Thomas Louis
Michaël Dichter présente “On l'appelait Bennie Diamond”.
Michaël Dichter présente “On l'appelait Bennie Diamond”. ©Aurélie Lamachère

Un premier roman qui nous plonge dans le monde fascinant des diamantaires, à travers un personnage particulièrement marquant.

Il serait trop évident de dire qu’On l’appelait Bennie Diamond (Les Leonides) est un ouvrage cinématographique. Et pourtant. Écrit par Michaël Dichter – que l’on a notamment connu en salle en 2023 dans le film Les trois fantastiques qu’il a réalisé et scénarisé –, ce premier roman incarne l’exacte idée que l’on se fait d’un livre adaptable à l’écran. Et il y a plus d’une raison à cela.

Tout commence dans les années 1970, à Anvers. Celui qui s’appelle encore Bennie Goodman se promène dans le quartier des diamantaires, fasciné par ce que ce monde représente pour lui. Son grand-père, Yéhuda, a réussi à construire sa fortune dans ce domaine. Très vite, le thème de la transmission apparaît en filigrane. Un thème également incarné par le personnage du père, Moshé, qui imagine davantage son fils pratiquer sa religion à la synagogue.

« Bennie est destabilisé. Toute son enfance il est passé devant les vitrines étincelantes, nourri par l’idée de la beauté du diamant. Mais jamais il ne l’avait vu ainsi : avant l’éclat, avant la taille. »

Michaël Dichter

Le poids des traditions

Rien n’y fait. Au fil des pages, l’idée de se forger une place dans cet univers où la beauté et le pouvoir se côtoient grandit dans l’esprit de Bennie. Et, très vite, il veut en être. Appuyé par des allers-retours dans le temps (où apparaît régulièrement Yéhuda), le livre touche alors du doigt les codes du roman d’apprentissage. Peu à peu, Bennie deviendra Bennie Diamond.

Il s’approprie les codes des diamantaires, découvre les jeux de pouvoir, les bons termes, les humiliations assumées. Et il prend conscience qu’avec son grand-père, son itinéraire reste et restera une affaire de famille, avec ses silences et ses manquements.  

À partir de
21,90€
Voir sur Fnac.com

En effet, grâce à un subtil jeu narratif, l’auteur fait resurgir certaines scènes clés du passé, qui non seulement éclairent le parcours actuel de Bennie, mais permettent de faire apparaître un thème en kaléidoscope : l’héritage familial comme poids permanent lorsqu’on emprunte une voie occupée avant soi.

« Bennie s’aperçoit que chacun se bat à sa façon et que la manière dont on lutte forge ce que l’on devient. »

Michaël Dichter

Comme bon nombre de romans d’apprentissage, On l’appelait Bennie Diamond repose donc sur une figure très incarnée, en l’occurrence : Bennie Diamond, qui donne son titre au roman. Ce fils de retoucheur qui, peu à peu, veut s’imposer comme « un homme qui compte », est l’incarnation même des choix qu’il faut parfois faire pour se trouver une place et l’occuper comme on le désire. Et si le livre flirte parfois avec certains codes du roman noir, il ne dévie pas de cette colonne vertébrale en nous proposant une plongée fascinante dans l’univers des diamantaires.

« Il apprend vite, plus vite que la moyenne, ce qui ne passe pas inaperçu. Il comprend que tailler une pierre n’est pas qu’un savoir-faire, c’est une intuition, une manière de sentir la résistance du diamant sous ses doigts et de prévoir, avant même la première taille, comment il doit capter la lumière. »

Michaël Dichter

Un personnage passionnant

Construit en trois parties, ce premier roman est également un vrai bonheur de lecture, dans une perspective très concrète. Michaël Dichter y a inséré des dialogues prenants, qui rythment parfaitement le récit, mais également des scènes de négociations réjouissantes, parfois même addictives, qui donnent tout son sens à une phrase comme : « Il comprend que dans ce monde, le culot et la subtilité sont des armes aussi puissantes que l’expertise technique. » Petit à petit, donc, les ventes de Bennie Diamond s’enchaînent, on commence à lui confier des diamants non plus « bruts », mais des diamants que l’on appelle « taillés ». 

À grands coups d’observation, de refus, d’envie d’être reconnu, et, pour le lecteur, de retours vers le passé, Bennie deviendra Diamond. Un personnage passionnant, que Michaël Dichter dessine à travers un premier roman réussi aussi profond qu’imagé. Un récit intime sur le poids de l’héritage et des décisions, porté par l’écriture méticuleuse de son auteur.

On l’appelait Bennie Diamond, de Michaël Dichter, Les Léonides, 400 pages, 21,90 €, en librairie le 14 janvier 2026.

À lire aussi

 

Article rédigé par