En quelques années, Frieren a redéfini les codes de la fantasy au Japon. La deuxième saison de son adaptation animée arrive en France le 16 janvier ; l’occasion de décrypter ce phénomène.
À compter du 16 janvier prochain, la plateforme Crunchyroll diffusera en France la saison 2 de Frieren: Beyond Journey’s End, adaptation de l’un des mangas d’heroic fantasy les plus populaires de ces 20 dernières années. Pourtant, rien ne laissait présager que ce simple road trip mélancolique d’une magicienne étourdie remporte une telle adhésion et s’écoule à plus de 30 millions d’exemplaires en à peine cinq ans.
Quelle est l’intrigue de Frieren ?
Scénarisé par Kanehito Yamada et dessiné par Tsukasa Abe depuis 2020, Sōsō no Frieren (littéralement : « Frieren la fossoyeuse ») a en effet de quoi surprendre. Œuvre d’un duo alors quasiment inconnu, le manga s’éloigne assez radicalement des canons de la fantasy japonaise de son époque. Ici, pas de grande quête épique menée tambour battant par une troupe d’aventuriers inexpérimentés : cette dernière a déjà eu lieu.
L’intrigue se déroule des décennies après qu’un certain Himmel a vaincu le roi des démons qui menaçait d’envahir le monde. Dans les compagnons de ce héros de légende, on compte une certaine Frieren, magicienne elfe tête en l’air et taiseuse, à la longévité extraordinaire. Longtemps après cette victoire, l’elfe constate que les acteurs et les témoins de cette saga spectaculaire sont en train de mourir de vieillesse et que cette épopée risque de tomber dans l’oubli.
Elle décide donc de prendre quelques années de son interminable vie pour refaire le chemin parcouru à l’époque, du sud au nord du continent, et redécouvrir ce monde supposément apaisé par leur triomphe. En chemin, elle adopte deux jeunes apprentis humains, qui la suivront dans son périple.

Avec son mélange de tranche de vie, de souvenirs mélancoliques et de moments plus intenses, Frieren a séduit un très large public en peu de temps. L’œuvre multiplie les réflexions très abouties sur la transmission mémorielle, le rapport au temps qui passe et l’évolution des sociétés sur le temps long. Son succès s’explique également par son casting particulièrement attachant, que les lecteurs suivent sur de nombreuses années et dont la dynamique de groupe change énormément avec l’avancée de l’intrigue.
Une adaptation animée particulièrement réussie
Vu le carton international de la série (traduite en une trentaine de langues), son adaptation animée ne s’est pas fait attendre. C’est le jeune réalisateur Keiichiro Saito (Bocchi The Rock!, Sonny Boy) qui signe en 2022 la spectaculaire adaptation du manga pour le compte du studio Madhouse. Longue de 28 épisodes, cette dernière a conquis un large public en adaptant avec brio les huit premiers tomes du manga.

Dès lors, Frieren est considéré comme l’une des œuvres de fantasy japonaise les plus ambitieuses de son époque – au point d’être régulièrement cité comme l’un des mangas de fantasy les plus réussis de tous les temps, aux côtés de Berserk, Basara ou encore Claymore. L’une des raisons majeures de cette adaptation, outre ses qualités esthétiques, est sa capacité à saisir la manière dont la BD japonaise se pose en trait d’union entre la fantasy classique (Dragon Quest, Les chroniques de la guerre de Lodoss…), dont elle reprend une partie des codes et de l’esthétique, et dont elle l’articule avec des courants de la fantasy plus récents. On pense en particulier à des œuvres du courant de la fantasy Slow Life, centrée sur des enjeux plus quotidiens et introspectifs.

L’anime Frieren: Beyond Journey’s End se concluait par ailleurs sur un moment clé du récit, alors que l’elfe et ses compagnons arrivaient dans le nord du continent, encore largement en proie aux affres des conflits avec les survivants de l’armée démoniaque. Un moment de l’aventure plus sombre, plus dangereux, dans des territoires plus sauvages et périlleux pour le trio. L’adaptation de cette suite a été confiée à Tomoya Kitagawa, assistant-réalisateur talentueux ayant déjà œuvré sur la première saison.
Un manga qui continue de réserver des surprises
Si les lecteurs du manga attendent cette seconde saison avec impatience, c’est qu’ils savent parfaitement à quel point les volumes restant à adapter sont forts en arcs scénaristiques intenses. Le chapitre des Terres d’or, le long flashback révélant des pans entiers de la jeunesse de l’héroïne ou encore l’arrivée dans le très menaçant royaume nordique sont autant de moments qui ont confirmé la capacité de Kanehito Yamada à maintenir une grande tension dramatique dans son manga. Loin de s’essouffler, Frieren est une œuvre en réinvention perpétuelle.

Sans se départir de leur côté contemplatif et onirique, les chapitres les plus récents de Frieren laissent aussi la place à des combats spectaculaires et à des séquences d’action mémorables, que les fans se réjouissent de retrouver à l’écran. Cependant, il est possible que la diffusion de ce qui est devenu l’un des récits de fantasy les plus suivis au monde doive ralentir un peu la cadence : seule une dizaine de semaines de diffusion ont été annoncées pour cette deuxième saison, qui pourrait donc être nettement plus courte que la première.

La faute à des délais de production qui se rallongent de manière générale dans l’animation japonaise, qui fait face à une forte hausse du nombre de séries en chantier et à une pénurie chronique de main-d’œuvre. On ne se fait néanmoins pas trop de souci pour la licence Frieren : selon l’Oricon (le classement des ventes de manga au Japon), la BD s’est écoulée à près de 5 millions d’exemplaires rien que l’année dernière dans l’archipel, boostée par la diffusion télévisée de la série. Et ce, malgré les deux longues pauses prises par les auteurs pour des raisons de santé. On se doute donc que, sauf énorme surprise, une troisième salve est d’ores et déjà en chantier.