
Ce mardi 4 mars, Arte diffuse un documentaire en deux parties qui interroge les inégalités économiques entre hommes et femmes dans nos sociétés et déconstruit le mythe d’une égalité acquise.
L’argent a-t-il un genre ? Le constat dressé par Les femmes riches ne courent pas les rues, le documentaire en deux volets de Véronique Préault, ne laisse guère de place au doute. Diffusé sur Arte le 4 mars et disponible en replay sur la plateforme arte.tv, cette série révèle les inégalités économiques entre hommes et femmes dans les sociétés développées, un sujet encore trop souvent éclipsé derrière les discours sur l’émancipation féminine.
Un état des lieux implacable
Le documentaire met en lumière des inégalités qui se forment dès l’enfance et perdurent tout au long de la vie. En France, les femmes gagnent en moyenne 15 % de moins que les hommes et représentent 76 % des retraités pauvres. L’écart de patrimoine, passé de 9 % à 16 % entre 1998 et 2015, résulte de mécanismes invisibles, notamment la façon dont les filles, dès leur jeunesse, reçoivent moins d’argent de poche et réclament moins de rallonges que leurs frères, ce qui se répercute plus tard dans leur trajectoire salariale.

Le premier volet examine les discriminations dans le monde du travail : pénalité de maternité, ségrégation professionnelle et obstacles à l’entrepreneuriat féminin. Il montre comment les femmes s’appauvrissent après la naissance d’un enfant, tandis que leurs conjoints voient leurs revenus augmenter. Le second volet explore la gestion des finances dans les couples hétérosexuels, où les hommes gardent majoritairement le contrôle des ressources, creusant ainsi les inégalités à long terme.
Véronique Préault va au-delà des chiffres en s’appuyant également sur des témoignages, des analyses d’économistes, des archives historiques. La série documentaire multiplie les supports visuels pour rendre son propos plus accessible, en détournant des références populaires. Une séquence de La belle au bois dormant illustre l’absence de modèles féminins liés à l’indépendance économique : Aurore reçoit beauté et grâce, mais jamais de richesse.
Un retour critique unanime
Les premiers retours de la presse sont sans appel : la série documentaire sait marquer les esprits. La Croix salue une enquête « limpide et percutante », « aussi précise que révoltante » selon les mots de L’Humanité. Les deux quotidiens mettent en avant la manière dont la série expose les effets insidieux de la « pénalité de maternité » (La Croix) et la dimension historique du documentaire, montrant comment les inégalités se sont construites et maintenues au fil des siècles (L’Humanité). « Dans la famille, l’homme reste le bourgeois et la femme, le prolétariat », complète le journal créé par Jean Jaurès.
De son côté, Le Monde souligne la pertinence du regard porté par Véronique Préault qui interroge frontalement le mythe de l’égalité des sexes. Le quotidien rappelle un chiffre frappant issu du documentaire : en 2025, les femmes ne gagneront en moyenne que deux tiers des revenus des hommes au cours de leur vie. « Une vieille histoire », ironise l’article, qui rappelle que jusqu’en 1965, les Françaises ne pouvaient pas ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de leur mari.
Une série « d’utilité publique »
Télérama, enfin, attribue au documentaire la mention « très bien » et loue sa capacité à remettre « les tirelires à l’heure ». Tout en soulignant son aspect « didactique », parfois trop appuyé, l’hebdomadaire insiste sur « l’utilité publique » de l’oeuvre et sur l’ampleur du travail réalisé pour déconstruire ces stéréotypes. Son second volet, qui s’intéresse aux finances des couples, est décrit comme « particulièrement édifiant » par sa mise en parallèle de différents systèmes à travers le monde, de la France à l’Islande en passant par les États-Unis.
Si l’on devait retenir une idée de ce documentaire, c’est sans doute celle formulée par Pedro Conceição, expert du Programme des Nations unies pour le développement : « Qui serait le meilleur dirigeant ? Qui serait le meilleur politique ? Si nous n’avions aucun biais, nous répondrions 50 % homme, 50 % femme. En réalité, 90 % des gens, hommes et femmes confondus, répondent : un homme. »